Vous avez déjà éprouvé ce que Roland Barthes, (encore lui) appelait le tumulte d’angoisse ? Ne pas avoir lu les Fragments d’un discours amoureux n’est absolument pas une tare culturelle. N’empêche qu’on y met des mots sur des états qui nous sont familiers. Et surtout, moi j’ai compris qu’on était tous, pauvres mortels sensibles aux courbes d’une femme ou, pour prendre le contre-pied, aux beaux pectoraux, égaux face au dilemme amoureux. On aimerait tout planifier, tout organiser, tout prévoir pour gouverner, et on ne peut rien faire, puisqu’on se déteste toujours, tôt ou tard, à développer un comportement que l’on s’était juré de laisser de côté. On essaie de se forcer à être conquérant et subtil, on est reclus et maladroit. On tente l’humour, on est blessant. On désire se racheter une conduite, on raconte ses millions d’aventures. En fait, on ne laisse jamais complètement leur chance aux trois produits qui sont sous notre nez : l’autre, soi-même, et l’addition des deux. On met toujours tout en oeuvre pour que ça foire, en espérant un coup de bol : une relative incompréhension qui nourrit la magie nécessaire à la réussite d’une histoire.

Mensonge vs contre-espionnage

L’amour rend parfois suspicieux. Parce qu’on se découvre une faiblesse, on essaie de se vacciner. Alors on opère peu ou prou comme le Polit Bureau des soviétiques, on éparpille des émissaires pour glaner des infos, même futiles, juste pour savoir ce qui se passe, ce qui se dit, ce qui s’évoque, même de manière très vaporeuse, quand on n’est pas là. En espérant que l’autre fasse la même chose de son côté. Et on découvre souvent que ce n’est pas le cas. C’est alors la défaite, il ou elle nous fait confiance alors qu’on se sent abandonné par toutes nos forces. La victoire est dans l’autre camp, et la guerre ne fait que commencer, à armes inégales. On fait tout pour planquer ces bassesses, on y parvient souvent. On déraille, on cogite, il ne se passe rien. L’autre nous aime en toute quiétude, on refuse de le croire. Alors on se bat contre soi-même, on essaie de donner le change, on se remet à séduire, d’abord un peu, après beaucoup, jamais les bonnes personnes, jusqu’au crash. Et c’est le suspicieux qui, le plus souvent, dans un délire assourdissant qui tornade dans son esprit défaillant, finit par endosser le rôle de méchant qu’il prête depuis toujours à celui ou celle qu’il déteste d’être trop génial, trop beau, trop cool, trop fait pour lui, et trop épanoui dans une relation saine. Il vaut mieux réfléchir avant, et ça consiste, souvent, à ne réfléchir à rien. Vivre, c’est cool.

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