Ce matin, un lapin a tué un chasseur. Et moi, j’ai mangé une chaise en osier, parce que j’avais mal aux dents à force de les serrer pour oublier que j’avais la haine. J’ai tellement soif de paix dans le monde que je suis prêt à tuer pour ça. Ce qui fait de moi un être aux élans singuliers, ambivalent. Bref, ça ne va pas, je crois. J’aimerais beaucoup qu’on me laisse tranquille, mais de plus en plus, j’ai aussi très envie qu’on laisse tranquille la personne qui se trouve juste à côté de moi. Pas parce que je l’aime, pas parce que je la connais, pas parce que j’ai peur d’être éclaboussé. Non, j’ai juste envie qu’on la laisse tranquille pour elle, pour qu’elle soit paisible et qu’elle ait envie de répandre le bien sur le monde. J’ai toujours détesté le courant hippie, mais je dois bien admettre que sur certains points, ils n’avaient pas tout faux. C’est dur, très dur d’être heureux, et tout seul, à mon avis, c’est pas possible. Alors il va falloir s’y mettre.

Assez de problèmes

On nous a tout fait, à nous. Tout, à part la guerre. On nous a expliqué que le sexe, c’était compliqué, qu’il allait falloir s’emballer le biniou dans une poche à douille (neuve, attention) pour éviter de laisser proliférer la mort intérieure. On nous a confrontés à une nouvelle forme d’esclavage, en nous envoyant travailler comme des cinglés, pour gagner misère et n’avoir jamais de quoi s’acheter un toit pour vivre. Le peu qu’on a on le dépense en produits de dernière nécessité, pour combler des besoins qui n’existaient pas la semaine dernière. On nous manipule sans arrêt, parce qu’on a besoin de ne pas avoir besoin de nous. Ce qui compte, c’est notre nombre, pas nos âmes. Au cas par cas, on a beaucoup trop de ramifications avec le monde. Moi, quand je suis pas content, je pète la gueule à quelqu’un, je pars me détendre dans un salon de massage à Pattaya, j’avale une pilule illégale. Parce que je suis comme les autres : essayer de créer un monde meilleur, jusqu’ici, j’avais démissionné. Je laissais faire les autres, sans me faire d’illusions, et sans me poser beaucoup de questions. Mais depuis que j’ai compris qu’il y en avaient qui étaient beaucoup plus enragés que moi, j’ai capté que j’avais pris pas mal de retard, en étant fainéant. On va s’occuper du monde, maintenant. Et à mon avis, je vais pas être tout seul. On va tirer sur personne, hein, juste se préoccuper un peu plus. C’est rien, pourtant c’est tout.

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