Jérôme Réber a une réputation dans le milieu des journalistes : celle d’avoir un agenda blindé jusqu’à la moelle. Car en plus d’être le directeur du magasin Charlemagne rue Jean Jaurès à Fréjus, il est aussi spécialiste de cinéma, donc conférencier. Et puis il se passionne pour tout un tas de choses qui achèvent de remplir son emploi du temps ministériel. Heureusement, Bah Alors ? a su tenter sa chance au bon moment, alors le directeur nous a trouvé quelques minutes pour nous décrire ce qui se passe dans cette période pré-festive dans un magasin comme le sien, à taille humaine, mais qui tourne beaucoup. Entre poussée des murs, rétro-planning, idées cadeaux et pronostics, Bah Alors ? vous souhaite la bienvenue dans un monde où le principal, c’est de se faire plaisir, des deux côtés du comptoir.
Quand on est directeur d’un magasin comme celui-là, l’emploi du temps est encore plus fou que d’habitude ? Les éditeurs se battent pour remplir les étals ?
Un peu ! On fait les commandes trois mois à l’avance. Ce qu’on retrouve sur les étagères pour Noël, ça a été commandé cet été. C’est pour anticiper, planifier la mise en place, et préparer sereinement l’arrivée de toutes les références, en livre ou en papeterie.
Pour le livre, comment s’y prennent les éditeurs ? Ils essaient de déceler les « bonnes promesses » ?
C’est beaucoup de promesses, et beaucoup de résultats constatés. En matière de beaux-arts par exemple, les éditeurs travaillent sur des livres qui traitent d’expositions qui ont lieu en ce moment, et proposent des ouvrages sur des peintres, des photographes, des sculpteurs. C’est le beau livre d’art, celui qu’on offre typiquement en fin d’année. C’est le cadeau par excellence le beau cadeau, à mon humble avis, et ça devrait demeurer longtemps comme ça.
Parce que c’est irremplaçable par le dématérialisé ?
Il faut toucher. Le livre d’art, on le ressent, c’est palpable. L’image dématérialisée n’a pas le même grain, si je puis dire, ça n’a pas la même saveur. On est à l’époque du numérique et on fait des choses extraordinaires, mais c’est c’est important d’avoir le grain du papier. J’y accorde beaucoup de crédit, moi en tous cas !
Les clients avec qui tu es en contact doivent te faire des retours là-dessus.
Ils aiment les très grands formats. Les amateurs éclairés, les connaisseurs, ils adorent ça, quand c’est bien cadré sur une page unique. D’ailleurs quand les images sont cadrées sur deux pages, avec la reliure au milieu, les puristes, en générale, n’aiment pas. Ils préfèrent quand c’est pleine page, et il faut faire de très grands livres. Des éditeurs comme Taschen, TeNeues, font des coffrets en étui qui sont très chers, mais magnifiques.
On doit vous proposer des tonnes de très beaux produits, mais le magasin n’est pas extensible. Comment on choisit ?
Connaissance de l’éditeur, qualité de son travail, ou alors en fonction de la thématique proposée, ou de l’artiste qui est mis en avant. Après, je fonctionne aussi beaucoup au coup de cœur. Un sujet peu connu, si j’ai le feeling et que je le sens bien, je vais le prendre, et c’est à moi de tout faire pour le partager. La passion se transmet, surtout pour le livre d’art. Une expo, un film, on va les voir parce qu’on les aime, ou qu’on est curieux. Star Wars va bientôt sortir, ça va être de la folie.
D’ailleurs, Star Wars, les produits dérivés, on en parle ? C’est l’inondation, non ?
J’en ai, plein. Et ça se vend tout seul. Le pic de la communication, ça va être fou. C’est l’une des rares franchises au monde qui peut capter autant avec les produits dérivés.
Parlons des romans, qui eux aussi sortent à la pelle en fin d’année.
Là aussi, il faut faire des choix. Selon les mêmes critères, coup de cœur, l’envie de donner une chance, ou alors certitude que ça va se vendre. Ce qu’aiment faire les éditeurs à Noël, c’est du « relooking de jaquette ». Le bouquin est déjà sorti dans l’année, mais pour les fêtes, ils refont intégralement la couverture, avec un côté un peu « arty » qui plaît beaucoup. Souvent ça permet de donner une seconde chance à des livres qui n’ont pas toujours bien marché mais qui l’auraient mérité.
La papeterie, ça tourne beaucoup,, au niveau des produits ?
Beaucoup de choses fonctionnent, la carterie, la maroquinerie, les beaux-arts, tout ce qui a trait aux fêtes et à la création artistique…Pour le beau stylo et la maroquinerie, les gens ont envie de posséder un objet que les autres n’ont pas.Le beau stylo c’est un cadeau magnifique, avoir celui que personne d’autre n’aura, c’est une petite fierté. Il y a des vrais
collectionneurs, comme pour beaucoup d’autres domaines, ils scrutent tout, l’aspect général, la forme de la plume, l’épaisseur du trait, ils ont envie de dénicher le stylo qu’ils ne trouveront pas ailleurs. C’est souvent un petit rêve d’enfant, le trésor caché. On fait beaucoup de marques, les gammes de prix sont très variées. Ce genre de cadeau fait en général très plaisir.
Et comment tu fais pour faire du vide ?
Et bien tout ce qui ne tourne pas retourne chez les éditeurs. Ils récupèrent du stock, mais tous les libraires de France, entre temps, passent des commandes, donc les bouquins transitent. C’est le chassé-croisé permanent. L’un des enjeux majeurs, c’est la surproduction, c’est un vrai problème.
C’est quoi les gros succès de l’année ?
Houellebecq a très bien fonctionné. Philippe de Villiers a très bien marché en document. Le prix Goncourt, « Boussole » de Mathias Enard a très bien fonctionné, ça lui a donné une deuxième vie surtout que c’est un Goncourt plus que justifié. Et puis des auteurs qui n’avaient pas écrit depuis très longtemps comme Stephen King ou Jean-Christophe Grangé ont bien marché, d’autant que sur le plan de la qualité ils avaient traversé le désert, un peu. Mais leurs livres sortis cette année sont bien ficelés, de très bons polars. D’Ormesson, dans les grands classiques, rencontre un joli succès.
Ce sont ces livres-là, qui vont cartonner à Noël ?
Oui, le thriller et le polar sont des valeurs sûres, de même que les livres primés. Offrir un Goncourt ou un Inter-alliés c’est toujours bien. Et la littérature jeunesse devrait aussi bien marcher ! Les albums, les romans jeunesse, le manga, surtout, c’est l’un des secteurs du livre les plus en évolution. On voit des jeunes, et des moins jeunes, acheter des collections entières. Des séries comme One Piece, avec plus de 50 volumes, il faut de la place !
Et la déco ?
On y attache une importance fondamentale, cette semaine on s’y met. Il faut que la boutique reflète l’esprit de Noël. On ouvre aussi un peu plus, 6 jours sur 7, puis 7/7 pendant la dernière semaine avant le grand soir. On est tous là au service de nos clients, pour leur faire des propositions et leur donner des idées, on est prêts !

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