Dans les années 70, il était d’usage de croire que la petite lucarne tuerait le grand écran. C’était le Moyen Age, ou plus exactement l’économie de stock, concurrentielle plutôt que complémentaire. Evidemment, l’économie de flux a balayé toutes ces spéculations, mais il en est resté quelque chose dans les relations tumultueuses entre l’aîné embourgeoisé et le cadet mal élevé et bruyant. Une sorte de malédiction, ainsi, pèse sur les séries télévisées adaptées au cinéma, transformées à chaque fois en cauchemar esthétique, et en catastrophe industrielle. A chaque fois ? Non. Mission Impossible est l’exception qui confirme la règle et – surtout – l’explique. Si ces multiples adaptations se cassent la gueule, c’est, qui l’eût cru ? par excès de fidélité. En effet, le film hollywoodien génère ses propres codes, et si les conventions de la série originelle y contreviennent, ce sont celles-là qu’il faut sacrifier, sous peine de mort. Le coup de force, et finalement de génie, de la franchise ciné de Mission impossible a été acté dès le volume 1, en 1996, avec la mort de Jim Phelps (Jon Voight), stratège et point nodal de la série, doublement sacrifié, comme traître et comme mort. Le mistigri passe alors dans les mains de son homme-lige – point man – Ethan Hunt, et c’est deux fois tant mieux, d’abord parce qu’il s’agit de Tom Cruise, et ensuite parce que cela recentre l’ensemble sur le héros hollywoodien pur sucre : un homme d’action, physique et déterminé, qui donne plus de coups de poings qu’il n’a de lignes de dialogue : un James Bond sans « Martini, shaken, not stirred », un Jason Bourne moins polytraumatisé, voire (ce Saunier, peut juste pas s’empêcher d’en faire trop) un Steven Seagal moins bas de plafond – ce qui n’a rien d’un exploit. Bref, on est en terrain familier. C’est au reste moins choquant que dans le reboot de Star Trek, puisque le capitaine Kirk (Chris Pine) y est une tête brûlée, ce qui est une négation absolue du personnage original, mature et réfléchi. Enfin, last but not least, cette franchise a admis des réalisateurs de grande – Brian de Palma pour le 1 – ou de médiocre – John Woo pour le 2 – envergure ; ceux-ci sont autorisés à y déployer leur style visuel, spectaculaire et léché pour BDP, plein d’affèteries et de ralentis obtus pour Woo ; les producteurs en ont rien à foutre, tant que Tom Cruise occupe (et crève) l’écran. Les producteurs ? Wagner, et un certain Cruise, de son prénom Tom. La boucle est bouclée, rendez-vous en 2040 pour l’opus 10 avec un Ethan/Tom en déambulateur : il lui faudra une doublure pour couper sa viande, mais who cares ?

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