J’ai un gros problème, ce weekend. J’essaie de rassembler les sensibilités autour d’un événement légèrement bas du front, et d’en faire une sorte de conciliabule de la tolérance. Pour cela, il nous faut un truc fédérateur et pas compliqué : un Barça Réal fera bien l’affaire. Pour la tolérance, il nous faut un sujet bien épineux : la religion et le régionalisme. Enfin, pour couronner le tout, un groupe de gens intelligents, mais différents, et si possible un peu véhéments. J’ai appelé mon partenaire de squash Yoni, le juif le plus grand que vous ayez jamais vu. 2 mères et quelques de générosité, de blagues pourries et de cuisine «presque» kasher à faire trembler Cyrille Lignac. Il m’a demandé si Omar était de la partie, il aime bien le narguer en lui préparant les meilleurs jambon-beurres de la terre parce que lui, Yoni, la religion, c’est juste pour aller aux bar-mtzvahs de ses neveux. Omar est un peu plus à cheval sur certains détails, disons qu’il évite surtout de manger du porc par respect pour sa mère, il arrête pas de dire «elle m’a tenu éloigné de vos cochons pendant 19 ans, je vais pas vous les manger maintenant». Par contre c’est lui qui prend les bières, on cherche plus à comprendre depuis bien longtemps. Donc il va se nourrir d’un bon vieux kébab de chez Karki, et si j’ai faim, je vais lui demander de m’en ramener un,
sans tomate sauce samouraï, une hérésie, mais je m’en fous.
C’est mes meilleurs copains, parce que quand on était petits, on jouait tous les trois dans la même équipe de foot. On avait les mêmes potes, le même maillot, et les mêmes ennemis, qu’on appelait juste «les connards d’en face». Aujourd’hui rien n’a changé, sauf qu’on a trente ans. Ce soir il n’en manquera qu’un, c’est «le nazi». C’est juste un surnom qu’on lui donnait quand on était petits, hélas pour lui on l’a gardé depuis, mais on ne s’en sert que les soirs de match. Harald c’était notre goal, c’était aussi notre caution «Made in Germany» dans l’équipe, à 12 ans il faisait déjà peur aux autres gamins de la région, sur tous les demi-terrains du département. Un genre d’Oliver Kahn avec une mère bretonne et un père 100% bavarois. Ce soir il ne sera pas là parce qu’il est à l’hôpital, au chevet de sa femme. Rien de grave, il va seulement être papa. Mais comme sa gonzesse est béninoise, c’est compliqué pour le prénom. Déjà, s’appeler Wokabi Bismarck, c’est chelou. Nous on s’est concertés, et si c’est un garçon, on a voté pour Edson Arantes. Et si c’est une fille, on a songé à Gong Li. Et si ça se finit vite, on lui garde un kébab. Wok’, on t’embrasse.

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