Et c’est pas François qui va nous empêcher de l’écrire sans lui. Car ce n’est pas du bilan de notre président que nous allons parler, mais de notre bilan à nous, les locaux, les gens du cru. En suivant pour vous, et avec vous, l’actualité de notre lieu de vie depuis déjà un an et demi, on s’est dit qu’on avait accumulé tellement de choses qu’on devait, une fois par an au moins, faire un peu le point sur tout ce qui s’est passé depuis la dernière fois. Alors on a plongé nos yeux et nos cervelles dans les archives du journal, qui en a déjà quelques-unes, pour vous en ressortir les faits les plus marquants, mois par mois, comme un journal de bord de la vie locale, mais écrit par d’autres que ceux qui le font d’habitude, et qui le font très bien. Mais c’est pas une raison pour ne pas essayer aussi. Alors prenez le temps de lire ce numéro spécial de fin d’année, au petit déjeuner, café-croissant, et embarquez-le chez vous si vous l’avez trouvé dans l’un de nos 200 points de distribution. Vous le relirez peut-être dans un an en vous demandant si tout ce qu’il y a dedans, c’est si vieux que ça. Et vous allez voir qu’avec tout ce qui jalonne nos vies, le temps passe vite, très vite.
Janvier

On commençait très mal l’année, en France. Le 7 janvier, une petite semaine après un réveillon de la Saint-Sylvestre sûrement bien arrosé et festif à souhait, la fureur et la connerie humaine mélangées dans un mix fanatico-dément frappait le journal Charlie Hebdo, ainsi qu’un magasin Hyper Kasher, en plein Paris. Médusée, la France s’est mise en colère, s’est indignée, et s’est retranchée derrière des valeurs nobles qui n’avaient plus été brandies depuis longtemps : la fraternité, le partage, la solidarité, la compassion, et l’orgueil. Ici, c’est à Saint-Raphaël que nous nous sommes réunis, pour commémorer et communier en l’honneur de la liberté d’expression et des victimes. On était 9 000 à défiler sur le bord de mer, et c’était dingue, parce que c’était solennel, profond, d’une grande introspection, et très bariolé.

Ce qu’on avait écrit à l’époque : «c’était exactement comme prévu, à ceci près qu’il y avait un tiers de la population dehors. Et ça, par contre, c’était puissant.»

Février

Un mois très important pour nous, puisqu’il a marqué le début de notre version hebdomadaire, ainsi que la fin (pour l’instant) de notre format magazine. Bah Alors ? le mag, c’étaient 40 pages de folie douce, d’information différente, de culture underground, d’artistes locaux, de professionnels qui gagnent à être plus connus, et de rencontres extrêmement particulières. En février, nous avons réalisé un entretien fleuve avec une dame absolument géniale, Chantal Borne, la grande patronne de la plus grosse entreprise de toute la Cavem, L’hôpital Bonnet. De là à dire qu’elle est unanimement appréciée par ses «administrés», il y a un pas que nous ne franchirons pas, parcxe que c’est pas notre guerre. Mais à nous, elle en a appris de belles, et elle a été d’une gentillesse, d’une finesse et d’une disponibilité rares, pour de jeunes journalistes qui voulaient simplement faire connaître «la personne qui gère l’hôpital.» Et la patronne est une femme, et pas n’importe laquelle. C’était la dernière «Big Interview» avant de passer au «Big Topic», dont le premier sera consacré à la fermeture du centre social de Villeneuve, notre première couverture de l’hebdo, et un sujet épineux s’il en est.

Ce qu’elle nous avait raconté à l’époque : «On ne travaille pas sereinement, entre les contraintes budgétaires, les textes réglementaires, et le rideau qui ne ferme jamais. Ici c’est 24/24, et on doit toujours faire mieux que la fois d’avant.» Sacrée femme.
Mars

Les élections départementales, ça vous parle ? Oui, voilà, ce truc dont tout le monde se moquait, qui était censé mettre à la tête du département des gens qui ne savaient pas encore exactement quelles allaient être les compétences qui leur seraient attribuées, mais qui étaient convaincues d’être les plus indiquées pour occuper ces fonctions de gouvernance. Comme on n’y comprenait pas grand-chose, on a voulu se documenter et vous sortir un guide des élections départementales «pour les nuls», histoire de mettre un bulletin dans l’urne et s’inspirant d’autre chose que de la sensibilité politique ou du copinage avec un élu local. On ne sait pas si on a réussi à éveiller vos instincts primaires de républicains, mais nous, on s’est bien amusés à réaliser ce sujet politique, sans faire de politique.

Ce qu’on écrivait à l’époque : «Rarement des enjeux politiques locaux auront été aussi exacerbés par ceux qui briguent des mandats. Parce qu’il faut à tout prix intéresser la population à ces enjeux. Et c’est là que ça devient compliqué, parce que la population, elle veut parfois juste aller au marché aller acheter ses oignons tranquille.» E pas se faire inonder de tracts par des cohortes de militants, pour une élection dont personne n’a encore, à ce jour, saisi l’urgence.

Avril

Qu’est-ce qui nous a pris ? Pourquoi avons-nous utilisé ce titre que la moitié de nos lecteurs ont mal compris ? Le Colisée allait ouvrir ses portes, et nous avions titré «La plus belle boîte du monde ?», avec un «?» censé poser question, et pas affirmer une certitude. C’est le député-maire de Saint-Raphaël, Georges Ginesta, qui avait lancé cette formule à nos amis de Var-Matin. On en a fait un titre, et c’est un doux euphémisme que de dire que quelques mois plus tard, on nous a allègrement moqué. Car lorsque Franky Salice était le directeur de comm’ de l’établissement, et qu’il était à l’aube d’une ouverture qui s’annonçait fracassante, rien ne laissait augurer du désastre qui allait noyer le gros vaisseau bleu sous le plus incroyable flot de critiques constaté depuis, allez… Raymond Domenech à Knysna. Il y avait de l’argent, de l’ambition, du soutien public, et plein d’idées, on y a cru, un peu. On a vite compris, et surtout, on a constaté les dégâts, les employés pas payés, les prestataires pas payés, jusqu’au drame dont vous avez tous entendu parler, et qu’il conviendra de ne plus évoquer dans ces pages pour laisser la famille tranquille.

Les trompettes qu’on nous avait racontées à l’époque : «Chaque poste clé a été confié à une pointure dans son domaine, nous avons déjà une très belle équipe de base». «Au départ, on avait sérieusement songé à U2 pour l’inauguration».
Mai

En mai, nous avons eu une sorte de révélation : «on est jeunes et on entreprend, mais il y a des gens encore plus jeunes que nous, et qui font des choses encore plus surprenantes que…patrons de presse, c’est étrange mais c’est pourtant le terme exact. Alors nous sommes allés à la rencontre de jeunes, très jeunes entrepreneurs, qui se sont lancés dans une vie active pleine de rebondissements en évitant soigneusement tous les aléas d’études hésitantes ou de galères professionnelles avec des patrons pénibles. Les patrons, c’étaient eux. Jordan l’ostéopathe, Ludwig l’avocat, Eve la commerçante, Sébastien l’agriculteur. Moyenne d’âge, même pas 25 ans, des gens épatants. Mai c’était aussi l’occasion de vivre un festival de Cannes de folie à travers les yeux et les oreilles d’un malade de cinéma, notre ami Laurent Le Touzo, parti en pélerinage dans la Mecque du strass et des paillettes le temps d’une quinzaine riche en surprises, en cinéma asiatique et en révélations de fonds de couloir. On avait aussi interviewé Alain Boniface, le «monsieur cinéma» du Lido, programmateur et homme à tout faire, qui à l’époque nous avait fait délirer avec ses réponses sans aucun détour.

Ce qu’on nous a raconté à l’époque : «Au marché du film il y a des supers affaires, et tu peux être tranquille pendant cinq ans…ou couler ta boîte ! Aujourd’hui, pour qu’un film français marche, il faut qu’il soit chez Drucker le dimanche.»
Juin

Un mois très particulier pour nous, ce mois de juin, puisque c’était la première fois que nous avions dans l’équipe non pas un, mais deux stagiaires ! Aurélie Pini et Quentin Ortega, deux jeunes gens venus tout droit d’une école où l’on forme des gens qui savent travailler ! Sauf que là, ils n’étaient plus à l’EDJ, et on leur a proposé tout de suite de s’investir et d’écrire des articles publiés sur des sujets divers. On a misé sur de la conso, parce que l’été arrivait à grands pas, et qu’on crevait déjà de chaud (Quentin s’en souvient, il s’est tapé la distrib’ à Port-Fréjus !) Quoi qu’il en soit, on se demandait non plus à deux, mais à quatre, si le bio allait sauver le monde, ou encore si les nouveaux objets comme le vélo électrique ou la cigarette électronique, allaient devenir des choses indispensables. Manifestement, on risque d’en entendre parler encore un peu, et on ferait bien de manger un peu plus sainement !

Ce qu’on écrivait à l’époque : «Vivre bio, c’est un peu le flower power des années 2000, la drogue en moins, la santé en plus».

Juillet

Ah, voilà, l’été, le vrai. Caniculaire, d’ailleurs. Des sessions de distribution interminables, et bouillantes par le dessus. Et puis un programme de dingos, entre le journal à écrire, les événements à aller voir, et les sorties entre potes, parce que bon, c’est l’été. Le 2 juillet pas mal de choses ont changé, aussi, avec la naissances d’un certain Mr «I», fils du directeur de la publication, l’homme le plus débordé que vous ayez jamais vu. Nous, ce qui nous importait, c’était de savoir si on avait vraiment de quoi s’amuser dans le coin, et de le partager avec nos lecteurs. Alors on a tout essayé, et quand on ne pouvait pas, on a envoyé notre autre stagiaire, celui du mois de juillet, Alexandre Demesy, qui s’est lui aussi bien amusé à suivre avec nous l’actualité de son lieu de vie. Alors évidemment, comme il a fait du jet-ski et du fly-board au Mas d’Estel, et qu’il a vu Desire Less en concert, ça compense les longues heures passées à écrire des textes pas toujours passionnants à créer.

Ce qu’on faisait à l’époque : interviewer des patrons en tongs sur des plages privées, en buvant un coup.
Août

Alors croyez-nous bien : on s’en souviendra, du mois d’août ! Parce que pour la première fois, on nous a tapé sur la tête en nous disant «vous avez parlé de mon voisin, et pas de moi, alors que moi je fais aussi bien sinon mieux que lui». Il était question des glaciers de Port-Fréjus. Nous avons réfléchi un petit moment, en nous disant que cette «guerre des glaciers» était complètement absurde, puisque tous avaient l’air de bien marcher, chacun avec leurs arguments. Donc ce qu’on a fait c’est qu’après avoir décidé de les mettre tous les trois sur un pied d’égalité, nous sommes retournés les voir, un par un, pour leur demander de nous expliquer ce qu’ils avaient de meilleur, sans s’énerver sur le voisin. Un exercice de style croisé, à la fois pour nous, et pour eux. Mais une fois qu’on avait tous bien transpiré, on en a tiré un bon sujet dons nous restons encore aujourd’hui assez fiers ! Août c’était aussi le mois des feux d’artifice, avec une rencontre passionnante, celle d’un artificier estampillé «vieux de la vieille» qui nous a expliqué qu’effectivement, avant ère des PC, c’était tendu, comme métier !

Ce qu’on écrivait à l’époque : «Ils sont au même endroit, convoitent les mêmes clients, avec les mêmes produits qui se ressemblent comme deux montagnes enneigées auxquelles on aurait ajouté des couleurs fluo»
Septembre

Un beau sujet tout vert sur le golf, ça faisait longtemps qu’on en rêvait, et le Golf de l’Estérel a rendu ça possible. Une balade mémorable sur les 18 trous du parcours (plus les 9 de l’académie), et un entretien plus tard, c’était à moitié bouclé. Ne restait plus qu’à trouver quoi dire sur le golf de Valescure, parce que oui, il y a bien deux golfs complètement distincts, qui n’ont en commun que le statut de parcours de golf, mais qui n’ont ni les mêmes clients, ni les mêmes codes, ni le même fonctionnement. Pourtant ils sont exactement au même endroit ! Septembre, c’est aussi le mois où le proverbe «mieux vaut ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier» a pris chez nous tout son sens, puisque pour la première fois, un client aussi énorme que récalcitrant (et déloyal, n’ayons pas peur des mots) nous a mis dans le pétrin. C’est donc une parution réduite qui vous a été proposée, car nous ne voulions pas faire moins, ni moins bien, ni plus cher. Parce que nous, on a des valeurs. Ah, et n a aussi assisté à un truc de fou, un vrai, au Lac Perrin à Roquebrune, avec un certain Igorrr, avec trois R.

Ce qu’on écrivait à l’époque : «Sans l’image, le son doit être super flippant, surtout après un épisode de Joséphine Ange Gardien, ou quelque chose dans le genre.»
Octobre

Ce fut le mois le plus dur de notre courte histoire. Un mois d’interrogations, un mois qui a vu notre troisième associé quitter le navre pour s’occuper de grosses affaires, un mois qui nous a plongé dans un lourd questionnement : continuera ou pas ? En ayant la pénible tâche de devoir récupérer de l’argent en courant dans tous les sens, on a failli se décourager. Mis on a misé sur autre chose, pour relever la tête : vous. Et pas avec un financement participatif, non. Juste en retournant mouiller la chemise pour écrire de bons sujets, en expliquant aux annonceurs à quel point ce journal était génial et pourquoi il avait une raison d’être. Et on a réussi à le remettre debout, avec un premier sujet sur le théâtre du Forum, ce grand bâtiment qui a la réputation d’être toujours rempli à raz-bord par les mêmes gens, alors que «Madame, il reste des places», comme le mentionnent les panneaux 4 par 3 qu’on voit un peu partout !

Ce qu’on écrivait à l’époque : «On a attendu d’être opérationnels et fiers du produit proposé pour repartir du bon pied. Vous n’avez pas fini d’entendre parler de nous, et ça ne fait que (re)commencer». Et on salue toutes celles et ceux qui nous ont dit à quel point on leur avait manqué, vous avez été nombreux, chaleureux, amicaux, on vous remercie. Tous.
Novembre

Dernier mois de l’année pour nous, puisque nous allons prendre quelques vacances pour attendre tranquillement le père Noël. On fait ça parce que vous aussi, vous mettez les préoccupations de côté en attendant les fêtes, alors on va se retrouver en janvier. Mais avant de déambuler comme des dingues dans tous les marchés de Noël du coin, autant savoir ce qu’on va nous proposer ! Et cette année, les municipalités ont mis les petits plats dans les grands. Saint-Raph’ a tout changé, Fréjus a fait la révolution en confiant tout ça à MGS Event (on leur souhaite bonne chance), Puget nous chauffe avec un Téléthon dont eux seuls ont le secret avant de passer sur Noël, et Roquebrune fait tellement de choses qu’ils ont même édité un programme. Il y aura même un concours de soupes ! Ils sont fous, là-bas (d’ailleurs j’y habite, ndlr). En novembre nous avons aussi réalisé un sujet sur les établissements qui sont ouverts toute l’année, par opposition aux bars de l’été. Nous avons rencontré Mathieu Fauvel, l’excellent directeur de l’école de musique Jacques Melzer (une de nos meilleures interviews), et nous avons essayé de vous donner envie d’acheter local en allant voir par nous-mêmes ce que les commerçants du coin avaient à nous proposer pour Noël. Bref, on a bien bossé, on espère que ça vous a plu, et on a déjà hâte de vous retrouver en janvier pour de nouvelles aventures.

Ce qu’on va faire pendant les vacances : travailler un peu, élever des enfants, manger n’importe quoi, continuer à aller à la salle au moins pour l’un d’entre nous, préparer le retour des stagiaires, et recharger les batteries à grands coups de nuits interminables, de PS4, de séries débiles et de vinyles des Who, de Noir Désir et d’Alice Cooper. On se la fait à l’ancienne !

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