Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y avait du monde au théâtre du Forum pour applaudir (et rien d’autre) le sénateur-maire de Fréjus lors de la traditionnelle cérémonie des vœux à la population. C’était comme l’année dernière, Manon Chemam qui chante (bien), un peu de spectacle (avec une chouette troupe de danseurs qui sortent de chez Cadan’s à Fréjus, et qui ont livré une belle prestation), puis un discours de David Rachline, une standing-ovation et une Marseillaise boudée par les pique-assiettes, mais suivie par les sympathisants et autres patriotes. Mais le plus important, n’est-ce pas ce qu’il a raconté ? Honnêtement, c’est pas sûr.

Politique générale et inimitiés politiques

Le sénateur-maire de Fréjus a ouvert son discours, bien entendu, sur un hommage sobre aux victimes des attentats de novembre, ce qui a plongé l’assistance dans le même genre d’ambiance que l’année dernière. Il a évoqué la barbarie, et sur ce point, difficile de le contredire. Il est ensuite revenu sur les dernières élections régionales, mettant en avant les bons résultats du Front National (qui a progressé dans les ratios, mais qui n’a pas remporté de région). Dire qu’on a gagné même quand on a perdu, c’est une discipline que tout homme politique moderne maîtrise sur le bout des doigts.

La partie la plus « funky » concernait l’inimitié, voire même les tensions profondes que la gouvernance de Fréjus entretient avec celle de Saint-Raphaël. Aujourd’hui plus que jamais le mariage entre les deux communes semble battre de l’aile, en tous cas on s’asticote volontiers, en critiquant, côté Fréjus, l’impérialisme et l’inaction du voisin raphaëlois. C’est de bonne guerre, et ça montre que le jeune David Rachline n’est pas intimidé par le monolithe Georges Ginesta. L’inverse est tout aussi vrai. Ces temps-ci, les maires de la Cavem si tirent dans les pattes, le saviez-vous ?

Et Fréjus ?

Chaque année le couplet sur la gestion de la précédente équipe, jugée désastreuse par le pouvoir en place, prend de moins en moins de place, et ça c’est plutôt bon signe. David Rachline évoque plutôt les actions et les choses à venir (pistes cyclables, travaux importants de voirie, réhabilitation de l’espace Caquot) que les problèmes à résoudre laissés par l’équipe d’Elie Brun. Il envisage plutôt qu’il ne critique, et ça c’est constructif. Il remet toutefois sur le tapis le déficit de la ville, abyssal, de 144 millions d’euros (qui donnent lieu à 15 millions d’euros de remboursement d’intérêts, chaque année).

Au rayon des gens qui ne sont pas « loupés » par le sénateur-maire, les artistes et artisans du circuit des métiers d’art (« futur-ex locataires du circuit des métiers d’art qui n’ont pas daigné consacrer quelques heures de leur temps à nos enfants »), et son opposition (« certains, qui jouent aujourd’hui les perdreaux de l’année au Conseil municipal, […] sont pleinement comptables et responsables des difficultés auxquelles nous avons à faire face »). Il évoque aussi le dossier très compliqué de la Mosquée, et profite des turpitudes judiciaires pour abriter l’équipe municipale derrière les décisions légales, qui traînent en longueur, pour justifier l’immobilisme du dossier. On en sait plus, mais pas vraiment.

Des vœux sans grande surprise, marqués par l’empreinte du Front National (à moins d’une addition rares de cécités, on dirait que les opposants ne viennent même pas par curiosité tant le succès populaire de la cérémonie est grand). Mais des vœux sans esprit maladroitement chevaleresque, avec assez peu d’électoralisme. Et beaucoup de morts de faim, qui ne viennent là que pour se jeter comme des dénutris sur le buffet, mais ça…c’est le jeu.

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