Il y a plusieurs manières de s’habiller. En fait, deux : la bonne, et la mauvaise. La bonne, c’est de porter des fringues qui nous vont bien. La mauvaise, c’est de tellement vouloir ressembler à quelqu’un d’autre qu’on finit par faire n’importe quoi de la chaussette au chapeau. Les années 2010 ont réinventé l’absurdité vestimentaire, en nous balançant du jean Skinny à tour de bras, du t-shirt col en v moulant à faire défriser les torses poilus des plus masculins de nos congénères. Dans les années 80, les gays étaient à l’avant-garde de la mode, et personne ne les comprenait. 30 ans plus tard, tout le monde s’habille comme eux, et la confusion règne : on n’accepte pas qu’ils soient plus forts que les autres en matière de fringues ? C’est ça ? C’est de la discrimination, encore ! Il n’y a pas besoin de remonter très loin dans le temps pour être à 1000 lieues de ce qu’on voit aujourd’hui sur le dos des jeunes. USA, début des années 2000. Dans le « Neighborhood », le T-shirt se porte en XXXL, jusqu’à ce que la manche courte dépasse le pli du coude. On trouvait tous ça génial, avant de se raisonner la vingtaine passée et de commencer à porter des vraies fringues. En s’autorisant un baggy le dimanche pour mater le foot su Canal + avec les potes autour d’une pizza, à la limite. Aujourd’hui, la débraille et le foutraque, c’est fini. On se prend pour une gravure de mode à 16 ans, avec une coupe de cheveux en plumeau, des cuisses de poulet de batterie, et des bras plus petits que ma sœur. On enfile du 34 (taille française), on se rêve avant-centre ou trader, on drague des filles qui pourraient nous casser la gueule dans un octogone de free-fight. Et pourtant, on est au cœur de la nébuleuse, mieux que les autres, parce qu’on a du style. Et ce qui a changé, c’est que ce style…on fait tout pour le garder. Moi qui porte des salopettes à fleurs depuis ma plus tendre enfance, j’avoue que j’ai du mal à comprendre la corrélation entre les tatouages maori et les actes de naissance dans le Loir-et-Cher, entre les chaussures « bateau » et les soirées au pub, ou entre les cascades capillaires et la testostérone. Je dois avoir un problème de tolérance, mais je crois qu’on m’ a suffisamment stigmatisé parce que je suis gros et frisé. Alors c’est mon tour.

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