Il mesure à peine (sic) 1m93, avec les godasses. Une horrible paire fluo de pompes Under Armour, avec des chevillères longues comme des jours sans pain. Il a un père, Dell, qui jouait bien, même très bien, dans les années 90. Le genre de mec capable de planter du panier à 3 points comme on jette un aquatube au fond de la cuvette. Sans réfléchir, si bien qu’en fin de carrière il avait enquillé presque 10 000 points pour les Hornets, et que devant tous les Zo Mourning et les Larry Johnson du monde, c’est lui le meilleur scoreur de l’équipe préférée des petits français de 1994 (juste parce que le logo était cool, tout le monde s’en foutait, des résultats des Hornets). Et bien Dell Curry, à côté de son fils Steph, c’est du pipi de chat. Parce qu’il n’a jamais  été que le MVP des remplaçants (6th man of the year en 1994), alors que son rejeton , né en 1988, a déjà été MVP. Et champion NBA. Et en ce moment, il est le franchise player d’une escouade des Golden State Wrriors en train de faire trempbler le record hallucinant des mythiques Bulls de Michael Jordan. Alors on va se détendre sur le cas de ce « mec normal », qui ne prend visiblement ni créatine, ni stéroïdes. Ou alors il le fait mal !

Sport d’adresse

Ceux qui ont grandi avec les rivalités entre Shaquille O’Neal et le reste de la planète n’ont peut-être jamais connu le basket-ball, ce sport d’adresse qu’on aimait bien dans les années 80, à l’époque du showtime de Magic Johnson et de ses potes James Worthy l’aérien, Et Abdul-Jabbar le grand escogriffe doué de ses mains. Entre 92 et 2010, en enfonce des portes, on marche sur la tronche de types de 2.08, parce qu’on fait 2.15 et 145 kilos de masse sèche. Brutal, le mec. Trop. On ne sait lutter contre les mastodontes (Olajuwon, Ewing, Duncan, puis plus tard Ben Wallace ou Dwight Howard) qu’avec un truc qui se joue autant avec le cerveau qu’avec les mains, le jeu en triangle. Une stratégie difficile à comprendre si on n’a jamais potassé un carnet de jeu à l’américaine. Jordan, puis Kobe, ont gagné 11 titres à eux deux avec ce truc-là, créé par le dinosaure Tex Winter, l’éminence grise de Phil Jackson et son dos bloqué. Il y a pourtant tellement d’autres moyens de jouer au basket. Vite, par exemple, en attaquant plus qu’on ne défend, mais en défendant quand même, vous voyez le genre ? Sans avoir dans l’effectif un alien de 2.06 et 113 kilos de talent pour tout faire tout seul. Curry, c’est pas l’anti-Lebron, c’est juste le basket autrement. Le basket qu’on pourrait tous, nous les mecs normaux, pratiquer. Si on avait cette vista que seule une puissance surnaturelle peut conférer à un être humain.

Le côté lumineux de la Force

Steph Curry baigne dans un collectif de rêve. Une symbiose parfaite entre un secteur intérieur toujours surprenant de talent (Bogut et Speights), un ailier fort de génie, qui maîtriserait un Dennis Rodman sous amphètes tellement il a de l’énergie (Draymond Green),  un poste 3 qui défend comme un dingue (Harrison Barnes) ou qui sait encore être clutch (Iguodala), et un acolyte capable de coller 37 points en un quart-temps (Klay Thompson). Même Mihael n’avait pas fait mieux. Et là-dedans se balade le joueur le plus talentueux avec un ballon depuis, allez…Jason Williams, le fantasque meneur des Kings période Webber-Divac, qui envoyait des passes laser millimétrées à travers toutes les défenses de NBA. Mais qui n’a jamais rien gagné, lui.

Le basket joué par un mec physiquement normal, c’est rare. Le basket offensif qui gagne, c’est encore plus rare. Mais quand la poésie se mêle au génie, et que l’adresse et la dextérité suspendent le temps, alors ce n’est plus du basket, c’est de l’art. Et si seulement c’était pas que sur Bein Sports, on pourrait tous en profiter. Mais franchement…on vit un grand moment de l’histoire de ce sport, alors, ça les vaut.

 

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