Le paradoxe est savoureux : alors que le championnat anglais est considéré, depuis l’invention concomitante de la roue à aubes et du ballon rond, comme le lieu où l’impact physique est le plus intense, continuité stupéfiante qui va de la reine Victoria à Kate Middleton, les deux touchers de balle les plus soyeux du football international y déroulent leurs arpèges et y épanouissent leurs trilles : comme de juste, il s’agit de deux poids plumes. David Silva, déjà croqué dans Bah alors ? mène le bal, dirige l’orchestre, compose la musique et donne le ton à Manchster City, qui reste à ce jour le favori du championnat. Mais son rival de toujours en élégance l’est aussi, en cette saison 2015-2016, devenu en efficacité : les gunners d’Arsenal mènent la vie dure aux citizens, sous la baguette inspirée et virtuose de leur propre maestro Mesut Ozil.
D’origine turque – comme son nom l’indique -, mais de nationalité allemande – comme son nom ne l’indique pas -, ce Hobbit exophtalmique avait déjà, à Noël, atteint le total extravagant de 16 passes décisives en championnat, à quatre longueurs seulement du record de Thierry Henry sur une saison entière (en 2002-2003). Cette année, Arsenal carbure, mais (c’est parce que) Ozil marche sur leau. The right man in the right place, en somme.
Ce juste lieu eût pu, eût dû être le Real Madrid, où Mesut a joué trois saisons. Oui, mais zut. Pour son malheur (et le nôtre), cette période aura correspondu au principat tyranique et déréglé de José Mourinho, ce qui n’empêchera pas le joueur d’être décisif dans la conquête de la Liga en 2012. Qu’eût-il donné sous la tutelle généreuse et offensive d’un Ancelotti, a fortiori d’un Zidane (son idole de jeunesse, sauf que lui c’est moins ridicule que pour les autres) ? Sans doute ne le saurons-nous jamais.
Mais Ozil, jeune encore, a déjà un beau palmarès : prodigieux lors du Championnat d’Europe espoirs en 2009, gagné par la Mannschaft, il a gagné la liga avec le Real, donc, puis la Cup en 2014 et 2015 avec Arsenal, et last but not least, of course, la Coupe du Monde au Brésil. Il se trouve à l’orée de deux immenses défis : les gunners défient l’impressionnant Barca en ligue des champions en février, et bien sûr il y aura ensuite l’Euro en France, pour lequel l’Allemagne se partage les faveurs du pronostic avec l’Espagne, devant les outsiders que sont la France, l’Angleterre et la Belgique. L’année de la consécration pour Ozil ? On se calme. Après tout, il n’aura que 29 ans au mondial en Russie. Peut-être le plus beau reste-t-il à venir.

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