Ici, on bosse dans un journal. Alors, comme on n’est pas nombreux (aujourd’hui on est quatre parce qu’on a deux stagiaires extraordinaires, mais d’habitude on n’est que deux), on a quand même beaucoup de choses à écrire chaque semaine. Et des conneries avec l’orthographe, on en fait. On oublie des lettres, on galère avec des mots bizarres, on fait des fautes d’inattention, et quand on a l’imprimeur qui s’impatiente, on relit un peu vite nos articles et on les balance. Parce qu’ici, on n’est pas des tocards, on n’hésite pas. Si c’est pas parfait, c’est qu’on n’est pas parfaits. Mais on essaye de bien faire, quand même !

Alors voilà, aujourd’hui, il y a 2400 mots qui ne s’écrivent plus pareil. C’est beaucoup, 2400. Surtout quand on sait que :

-Un Français tout ce qu’il y a de plus moyen utilise environ 5000 mots

-Un lycéen se sert d’un nombre de mots qui oscille entre 800 et 1600 alors qu’il en connaît 3200, à la louche

-L’essentiel de ce qu’on se dit tous les jours se fait avec 600 mots

-Les Français, d’après un truc très sérieux qui s’appelle le Baromètre Voltaire, ne maîtrisent même pas la moitié des règles orthographiques et grammaticales.

Donc, pour résumer, on réforme un truc que la plupart des gens ne connaissent pas bien, pour en faire un salmigondis que ceux qui maîtrisaient plutôt bien leur sujet vont devoir apprendre de nouveau pour être à la page. Alors qu’au lieu de se prendre le chou à réfléchir (pléonasme, je garde) sur le sujet, on aurait peut-être pu imaginer un moyen de mieux apprendre la version 1 à ceux qui ne comprendront pas mieux la version 2. Puisqu’on a le droit d’utiliser les anciennes versions de mille-pattes, de week-end, d’hôpital et de réglementaire, on va continuer de les utiliser chez Bah Alors, rien que pour rester un caillou dans la chaussure de ces imbéciles qui réfléchissent à notre place dans l’espoir qu’on dise, plus tard « ah oui, lui, il a été ministre, il a réformé un truc ». Censé faciliter quoi ? L’écriture ? La lecture ? C’est pour moderniser la langue ? Démocratiser une forme de culture ? Pétez plutôt dans un cornet à piston, ça vous fera du bien. Inutile, inefficace, stupide, incongru, un beau bordel adverbo-nomino-verbo-articulaire fondu dans la forge de la vacuité étatique, encore un. Nul, zéro. Poubelle. En plus, c’est même pas obligatoire. Alors on s’en fout, comme prévu ! Et on se fout encore plus de savoir si c’est la gauche ou la droite qui a eu l’idée !

 

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