2016, 40 ans de César depuis 1976, et le cinéma français continue de s’auto-célébrer en milieu confiné. Quelle cérémonie bizarre, quand même. Réputée pour récompenser, à l’instar de Cannes, le cinéma « chiant », la séance 2016 aura été une nouvelle fois fidèle à la réputation de l’événement. Du drame, de la tragédie et encore du film social au pathos retourné dans tous les sens. En décernant des prix aux deux longs-métrages les plus déprimants de la décennie, c’est tout une nation du cinéma qui se voit coller l’étiquette de pays du film dépressif. Mais si vous n’avez pas les résultats en tête et que vous ne voyez pas, là comme ça, de quels films il s’agit, c’est que vous ne les avez d’une part pas vus, et que d’autre part, les films césarisés, ne sont pas forcément faits pour vous. Attention, ils sont magnifiques, brillants, sublimés par des comédiens portés par la grâce, mais diable…ils sont ultra-déprimants.

Dépression de vieux et horreur quotidienne de jeunes

Deux acteurs auront marqué cette édition 2016 : un vieux loup qui était nominé pour le César du meilleur acteur pour la 6e fois (Vincent Lindon), et un jeune qui commence très fort (Rod Paradot), avec un rôle hallucinant dans un film d’une gravité sans nom. Vincent Lindon, 56 ans, avait vraiment la tête de l’emploi pour incarner le héros de « La loi du marché », film générationnel (si, si) sur le chômage des seniors et la réinsertion très compliquée d’un homme qui voit sa vie se déliter au fur et à mesure de la dégradation de ses droits à Pôle Emploi. Une horreur absolue, portée par un acteur chevronné et pourtant à l’apogée de son art, avec la mine défaite comme jamais. Une performance de très haut vol (et ça, les César sont capables de le récompenser, heureusement), dans un film qui a, excusez du peu, convoyé le désespoir chez tous les cinéphiles fragiles en 2016. Mais qui dénonce avec une justesse quasi documentaire une maladie sociale nouvelle, et qui gagne du terrain.

En face, nous avons Rod Paradot, meilleur espoir masculin dans « La tête Haute », le film événement d’Emmanuelle Bercot. Il y tient le rôle principal, celui de Malony, un jeune marginalisé à la naissance par une mère complètement cinglée, et perdue, ou les deux (incarnée par la très césarisable Sara Forestier). Il navigue d’institutions en placements, de 6 à 20 ans, avec pour l’encadrer deux grands comédiens français revenus pour l’occasion tenir des rôles à la mesure de leur talent parfois gâché, Catherine Deneuve (la juge) et Benoît Magimel (récompensé aussi, l’éducateur). Il s’agit là aussi d’un film d’une intensité dramatique absolue, glauque, triste, dur, mais puissant.

Les autres films récompensés ? « Fatima », « Mustang », deux films un peu moins déprimants, mais qui le sont quand même (Turquie, prison, rêve de liberté bafoué, etc). On s’amuse un peu mais on pleure beaucoup. Reste le carton « Marguerite », où l’on rit à peu près autant qu’on pleure et c’est déjà pas mal, et le documentaire « Demain », qui même s’il a été réalisé par la très singulière Mélanie Laurent (en collaboration avec Cyril Dion, l’activiste essayiste poète du « positif »), essaye de pourvoyer un peu d’espoir.

En gros, on sait faire rire ou pleurer, mais on ne sait pas vraiment divertir avec légèreté autrement qu’avec des comédies ridicules. Est-ce que le cinéma français est malade ? Non, il a toujours été comme ça. Et d’ailleurs, quand il récompense un film étranger, en l’occurrence « Birdman », il essaye de trouver une oeuvre qui lui ressemble un peu. Avec un peu plus d’ambition, quand même.

 

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