Vendre sa région plutôt que les produits de sa région

Notre région avait sûrement besoin de ça. En tous cas, depuis que nous nous sommes dotés de cette agence de développement, l’Estérel Côte d’Azur, on a l’impression que ça va mieux. Que notre tourisme est mieux encadré. Que nos professionnels ont des interlocuteurs. Que tout le monde essaie un peu mieux, et un peu plus de tirer dans le même sens. C’est parce que le directeur de cette agence, Régis Courvoisier, est un homme passionné par son métier, très affable, et très à l’aise quand il s’agit de causer tourisme, nouvelles technologies et statistiques. Et ça, c’est tout simplement parce qu’il connaît son sujet sur le bout des doigts. Alors quand il s’agit de comprendre à quoi sert un salon comme ce « Voyage en multimédia », autant poser les questions à la bonne personne personne. Et comme en plus il l’a en partie organisé, on est plutôt bien tombé, avec ce qu’on appelle dans le jargon, un bon client. En jeux, chiffres, tendances, évolution, marché, concurrence, solutions, perspectives, tout y passe, en tous cas nous, on a fait de notre mieux !

Régis, ce salon sur le e-tourisme, quels sont ses enjeux ?

C’est de faire un tour d’horizon des grandes tendances et des solutions qui impactent l’économie du tourisme, pour essayer de moins subir, mais plutôt de profiter des bouleversements dans ce secteur d’activités. On se prend une révolution tous les deux ans, c’est très consommateur de nouvelles technologies. On a eu le web, les réseaux sociaux, maintenant c’est l’économie collaborative, certains opérateurs n’existaient même pas l’an dernier; ce sont déjà des géants. C’est un domaine, qui se transforme, et pour tous les professionnels, sur les questions du remplissage, de l’exploitation du territoire, il faut pouvoir faire le plein de nouvelles idées et de rencontres.

L’an dernier, un « grand témoin » (grand responsable dans le groupe hôtelier Accor) nous avait dit »avoir un très beau territoire ne suffit plus ». C’est toujours vrai ?

Absolument. Le tourisme est sûrement le secteur d’activité le plus concurrentiel, c’est très agressif. On ne peut pas se battre avec les mêmes arguments que d’autres. Par exemple, on n’aura jamais les mêmes tarifs qu’en Espagne, ici, sur la Côte d’Azur. Par contre, on peut renouveler l’offre pour rester compétitif. Le soleil, c’est super mais ça ne suffit, plus. On est gâtés par la nature, mais on se rend compte que ceux qui se bougent le plus sont basés dans des territoires où il faut se battre pour montrer la qualité de ce que l’on propose. Ici, c’est moins important de se battre pour faire venir les gens, mais ça change.

Est-ce que le tourisme va bien, chez nous ?

Globalement, par rapport à d’autres destinations, on s’en sort bien, grâce au patrimoine naturel exceptionnel surtout. Mais nos décrochages de fréquentation est dû à des problèmes de fond. Il y a beaucoup de phénomènes, mais je pense que nous, ici, on est très dépendants du marché franco-français, qui est celui qui s’est le plus rétracté en matière de consommation de loisirs. On a 80 % de clients français pendant les vacances scolaires. On subit beaucoup plus cette baisse que nos voisins des Alpes-Maritimes, chez eux il y a plus d’étrangers, notamment les Chinois qui viennent chez eux pour le shopping, comme les Russes. Nous, on ne les a pas encore. Mais si on s’intéresse un peu à ces clientèles on aura beaucoup de choses à développer. Je trouve que ce marché, il faut le renouveler. Il ya des choses qui nous échappent, l’offre non-marchande, la partie locative, mais ce que l’on maîtrise, certains concepts un peu vieillissants, on peut réagir.

Est-ce que le tourisme « Côte d’Azur » coûte plus cher qu’ailleurs ?

Cela fait partie des idées reçues contre lesquelles il faut se battre. Il y a certes des produits premium qui sont plus chers qu’ailleurs. Mais chez nous, il n’y a pas que le côté paillettes, il y a beaucoup de choses. Ici, c’est la Côte, et on a des supers produits très insolites, des chambres d’hôte de caractère. Dans le pays de Fayence on peut dormir dans des yourtes, à Roquebrune on dort dans une bulle, il y a de beaux produits, appuyons-nous dessus. Il y a un « canal dominant » avec un produit standard que les gens connaissent, mais il y a plein de nouveaux produits qui gagnent à être connus et les nouvelles technologies servent à ça. Les bons domaines viticoles, les bons restaurateurs, des offres originales, notre rôle à nous c’est de mettre en réseau les bonnes offres qui rendent ce territoire attractif.

Comment vous faites pour lier les gens qui travaillent ici depuis toujours, souvent dans la tradition, et les nouvelles technologies ?

C’est un univers qui peut faire un peu peur, mais la vraie transformation dans les nouvelles technologies, c’est dans le management et l’acquisition de compétences. Les hôteliers, ils en sont vraiment conscients. C’est plus, difficile pour les petites structures, comme les guides accompagnateurs qui eux sont tous seuls. Mais nous, les offices de tourisme et les territoires, on a un rôle à jouer dans accompagnement. En plus l’hôtelier, la petite chambre d’hôte, ça ne se vend bien que s’il vend les prestations qui vont autour, les loisirs extérieurs, on ne vient pas en vacances que pour dormir. En fait, les établissements indépendants se vendent bien quand ils exposent l’offre qu’il y a autour. On est obligé de tous travailler comme ça. Nous les institutionnels on ne peut pas promouvoir une chose et les pros une autre
. Si on ne se comprend pas, on n’arrivera à rien. Nous les territoires, on a un gros travail à faire en matière de marketing.

Comment ?

En se posant une question simple. Qui sont nos clients ? Qui est la cible ? On ne pourra pas tous les avoir alors autant se mettre en commun avec les professionnels, hôtelliers, restaurateurs, prestataires, pour revendiquer une marque, une identité, pour être visibles sur le marchjé.Si on arrive à faire ça, on sera bons. Et là c’est pas du numérique, le numérique permettra juste de bien le véhiculer et c’est un vecteur formidable. Mais la base, c’est qui sont nos clients, et qu’est ce qu’on peut leur proposer pour les faire rêver ?

Il y a aussi de la concurrence entre les acteurs dans le territoire. Depuis toute à l’heure on parle de convergence et de mutualisation, on est obligés de partager le gâteau ?

C’est capital, sinon certains métiers vont disparaître. Ou alors de gros opérateurs privés vont récupérer des activités et les faire mieux, ou plutôt moins cher. Si on ne joue pas collectif, on n’arrive pas à poser. Et c’est valable sur le net, il faut être collectif pour faire de l’audience. C’est un impératif !

Et comment vous expliquez la différence entre le 06 et chez nous ? C’est à 20 km !

Oui mais l’offre est différente, complètement ! Nous on a une offre plutôt nature, avec de l’hôtellerie de plein air, chez eux il n’y a pas tout ça. Eux oils ont une super offre shopping, qui attire par exemple les clients asiatiques. Nous, on a de belles choses à travailler, pour attirer de nouvelles personnes. Ici, il y a un patrimoine historique très fort, chose que nos voisins ont moins. Notre but, c’est de se concentrer sur ce qu’on a à vendre de bon. Et si on le fait bien, on trouvera toujours notre place.

Vous faites partie des institutionnels, vous discutez souvent avec les « mêmes que vous » des départements voisins ?

Oh oui, les retours d’expérience font beaucoup de bien et font gagner du temps. C’est un peu ce qu’on fait ici, d’ailleurs. Ce genre d’ateliers, ce n’est pas qu’une histoire de conférences ou de vente, des boxes où on vous explique ce qu’il faut faire ou pas avec les nouvelles technologies pour ne pas se planter. Il y a des tendances, des choses qui marchent ou pas et on prend des risques. Pour nous organisateurs c’est pareil, on travaille beaucoup en amont et on voit comment ça se passe, les retombées. On apprend beaucoup sur nous-mêmes et sur notre territoire, autant le partager avec nos voisins.

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