Ici, on a la chance d’avoir à notre disposition un immense espace dédié aux musiciens, de tous les niveaux et de toutes les sphères. Le grand magasin Rhpasody (dont nous avons déjà fait un portrait il y a presque deux ans déjà – émotion) est un lieu génial pour tous les artistes du coin. Parce qu’il est beau, fourni, mais surtout, parce qu’il est animé par des gens qui ont vraiment la passion de leur métier. Quand on a su qu’on allait réaliser un dossier sur le retour en force du Vintage, on ne pouvait pas passer à côté de l’expertise d’un fan absolu des années 90, Ludovic Delaunay. Vendeur, chineur, mais avant tout musicien, c’est avec savoir et passion qu’il nous explique pourquoi les vieilles caisses, les pelles d’antan et les pédales qui couinent quand on appuie dessus, c’est le Saint-Graal pour les connaisseurs.

Ici on vend des instruments de musique. Mais pourquoi, par exemple, une Gibson, c’est toujours mieux quand c’est une 58, une 67, ou une Jimmy Page des 70’s ? Pourtant Gibson fait de très bonnes guitares en 2016 !

Il y a des séries, ces modèles-là ont servi à l’époque à enregistrer des albums cultes, ils ont contribué à l’épanouissement de certains artistes. Les mecs d’aujourd’hui veulent retrouver ce grain de son, ce toucher de manche, qui correspondent au summum de l’instrument tel qu’on le connaît, même aujourd’hui.

Et en 60 ans, il ne s’est rien passé ?

Et ben…non. Le rock ou le blues de maintenant, ils sont faits grosso-modo avec le même matériel qu’avant. La musique a évolué, mais les puristes vont toujours chercher l’instrument des années 50 ou 60. Moi par exemple, j’ai acheté une Gretsch de 68, une batterie incroyable en me disant « c’est génial, c’est le top, ça va être génial », mais ça ne me correspondait pas. Donc aussitôt achetée, aussitôt remise en état et revendue à un mec qui lui, par contre, était vraiment dans cette optique. Après c’est la mode, le matos vintage est en vogue et ça n’est pas près de s’apaiser. Le matos haut de gamme est aujourd’hui très bon, dans des prix assez chers, mais ça fonctionne très bien. Mais la quête du son ultime, le « c’était mieux avant », c’est très présent en ce moment.

Mais tous les fabricants s’y mettent, quand on regarde un ampli de la marque Orange, on est en présence d’un objet moderne, mais typé 70’s, au moins dans la dégaine.

On est dans cette quête de l’image d’avant, Orange c’est dans cette optique-là. Par contre on voit bien en l’ouvrant que c’est fabriqué en partie en Chine, c’est un peu pourri, souvent. Il y a d’autres  amplis, branchés intégralement à la main, tu le sens rien qu’au niveau du prix, mais ces amplis correspondent à une certaine catégorie de personnes, qui peuvent se le permettre mais aussi qui cherchent ce son du passé. Il y en a partout, les gens cherchent ces trucs : quand tu fais du grunge il te faut telle guitare avec telles pédales pour avoir tel type de son, pour le heavy-metal c’est pareil, et ces styles-là sont emblématiques d’une époque et d’un certain type de matériel. Il y a des modèles particuliers, par exemple les amplis JCM 800 de chez Marshall, celui qu’utilise Slash de Guns N’Roses. Malgré les évolutions avec la JCM 900 dans les 90’s, et la JCM 2000 depuis l’an 2000, on ne retrouve pas ce grain particulier. C’est comme les batteries Ludwig des années 70, elles étaient faites d’une telle manière qu’elles ont un grain particulier…et qui ne sera peut-être pas adapté à un musicien qui joue des choses modernes.

Prenons un exemple précis, les batteries. Il semblerait que par le passé, les parties métalliques tenaient bien moins la route que de nos jours, puisqu’elles sont usinées en grande série avec des moyens modernes. C’est vrai ?

Disons qu’à l’époque, tu n’avais pas le choix : soit c’était de la bonne camelote, soit t’avais rien. Tu n’avais pas de production chinoise, de recherche pour optimiser à tout prix les coûts de production. Restons sur les Guns, tiens. Quand Yamaha a sorti la RockTour (la batterie de Matt Sorum, qui a joué dans des stades pleins de 91 à 95), c’était hyper basique au niveau des attaches, de la conception, mais c’était le top du top, indestructible. Il n’y avait pas d’entrée de gamme, l’entrée de gamme de l’époque c’est du milieu de gamme d’aujourd’hui. Dire que c’était moyen, dans les marques connues qui ont prospéré, non. Certaines marques ont commencé à essayer de tirer les prix vers le bas, et là tu as eu des rotules branlantes, des choses comme ça, parce qu’il fallait vendre du matos. Les Chinois, à l’époque, étaient très mauvais.

C’est un peu comme les voitures, finalement. Une Ford Fiesta de 2015 est aussi grosse qu’une Focus de 2003, parce qu’entre temps, Ford a lancé la Ka, plus petite que leur ancienne petite voiture.

Il n’y avait pas ce besoin-là, les petites citadines pour se garer partout, maintenant, si. Les batteries, c’est pas compliqué, t’avais pas le choix : il n’y avait pas d’alternatives, tu voulais une belle batterie, il fallait y mettre le prix, pour les guitares, pareil. Dans les années 80 et 90, c’était comme ça. Mais quand tu les cherches sur le marché de l’occasion aujourd’hui, tu t’aperçois que ça se revend très bien, et cher. C’est comme une Harley, en fait, qui coûtait 80 000 francs, et qui 15 ans plus tard se revend 12 000 euros. Il a fallu tirer les prix vers le bas pour répondre à une demande des gens, si tu regardes bien ça marche avec à peu près tout. Quand tu voulais un jean, t’avais pas 50 solutions, tu prenais un Levi’s ou un Lee Cooper et tu le payais 500 balles. Maintenant tu vas chez Kiabi et t’as un jean pour 10 euros. Et ça se fait au détriment de l’image générale. Il y a des marques comme les batteries DW qui ont fait le choix de ne pas faire de low-cost, et qui ont tenté un modèle moins cher fait en Asie cette année, le résultat c’est que tout le monde s’est rué sur ces modèles moins bons, et que le marché des batteries DW faites aux USA s’est effondré.

Alors qu’en parallèle, les gens continuent de chercher des DW des années 80 et 90 !

Quelqu’un qui veut faire des trucs spécifiques, s’il sait qu’avec ces batteries-là il aura le son qu’il faut, oui ! Même si aujourd’hui les marques font des produits qui marchent très bien. Les gens plus rock n’roll, ils s’orientent souvent, depuis peu, vers des modèles des années 90, qui sont devenues vintage récemment, alors que moi je m’en rappelle c’était il y a très peu de temps, finalement.

Quand on est un revendeur passionné, on passe du temps à chiner sur le marché de l’occasion, pour voir où en est le marché ?

Il y a de la demande, chez nous, en Vintage. Mais le problème, c’est que c’est assez souvent surcoté. Tu t’en fais tout un film et quand tu l’as dans les mains, tu te dis « quelle trapanelle, ce truc ! » Et pourtant les vendeurs en veulent une fortune. Tu as aussi des choses qui valent vraiment ce qu’on en demande, comme les Gretsch Roundbadge, parce que les concepteurs avaient utilisé tel produit pour les batteries, produit qui fait « que ». Il y a eu des petites révolutions, et ces révolutions font que les côtes sont élevées. Et à côté de ça, il y a des batteries Gretsch des années 50 ou 70 qui ne valent rien, pareil pour Ludwig, pareil pour tous les autres instruments de grandes marques et de toutes les époques. Mais les gens en veulent quand même une fortune, parce que le terme Vintage est accolé à ces marques et à ces périodes.

Et ça, c’est un piège dans lequel les gens tombent souvent ?

Oui ! Par exemple, les batteries Meazzi, une marque italienne, qui se vendent 1200 euros sur le net alors qu’honnêtement ça vaut 500 balles et encore, je suis gentil. Les vieilles Gibson, les vieilles Fender c’est surcoté, souvent. Sauf certaines séries, bien sûr.

Et si ça vient des Etats-Unis, on croit tout de suite que c’est mieux, aussi.

Et bien si ça vient vraiment des US, que c’est d’époque, oui. Et c’est le cas, parce que si tu trouves sur Ebay un instrument fabriqué là-bas, vendu là-bas, il sera authentique. Les produits américains qu’on trouvait en France, c’était plutôt ce qu’on appelle le « stock 2 », avec des petits défauts, ou les modèles moins bons. Aux Etats-Unis il y a un marché très pointu, avec des côtes, des numéros de série, des choses très recherchées, il y a de vrais critères pour établir « l’homologation » Vintage, si tu veux. Moi je regarde tout ça, parce que ça me plaît, et quand on me ramène un instrument ici en me disant « c’est génial, c’est vintage, c’est d’époque ça vaut tant », je dis parfois « attends, ça date de telle année, la marque venait d’être rachetée, c’est fait avec du bois de merde, ça vaut pas grand chose ». C’est certes vintage, mais c’est comme une R5. Certes, c’est vieux, mais tu ne te régales pas à la conduire, alors qu’une Opel Manta ou une Alpine, là…t’as du cachet !

Est-ce que les concepteurs ont cédé à cette mode du vintage, avec des modèles modernes ?

Complètement, c’est le regain ! Ici tu demandes à Dorian (spécialiste des guitares et de la sono, ndlr) une pédale d’effet, il va te sortir des tas de trucs faits avec des composants qui datent d’il y a 40 ans, par un type qui a retrouvé ça au fond d’une cave. Sonor a fait une série Vintage, Istanbul a créé des cymbales qui s’appellent les Nostalgia, Meinl fait des cymbales mal finies comme à l’époque. Soit t’as du moderne, soit du Vintage, et beaucoup d’artistes ont fait le choix du vieux matos, ou du matos moderne mais avec une coloration à l’ancienne. Récemment j’ai fait une scène en première partie de Raphaël, son batteur pourrait jouer avec une batterie moderne, mais il a une vieille. Pourtant c’est moins solide, moins pratique, mais ça lui correspond. J’ai vécu ça, avec ma vieille Gretsch, il fallait plus de temps pour la monter, pour la chauffer, pour la faire sonner. Le vintage c’est super quand tu ne te déplaces pas trop, tu l’as chez toi, tu fais de beaux enregistrements de temps en temps, un clip sympa, mais pour tourner…le budget peut vite gonfler, parce que quand tu le déplaces beaucoup, tu sens que le matériel a 10, 20, ou même 50 ans.

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