Cédric Roynel est barbier. Oui, en 2016, à Port-Fréjus. Parce que la barbe est en plein revival, parce que l’homme moderne n’est plus ce monstre pileux désemparé devant un tout petit choix de cosmétiques. Il nous fallait, à nous aussi, retrouver les marques masculines des temps passés, pour le plaisir, pour nous affirmer, pour rester en phase avec une hasardeuse dichotomie entre hommes et femmes, que les rouages actuels tendent à vouloir voir disparaître. Hommes et femmes, pas d’accord avec l’unisexualité physique ? Soyez rétros, mettez une barbe dans votre vie, à condition de l’entretenir un minimum (en plus, on passe la demi-heure la plus reposante de l’année, testée et approuvée par votre serviteur).

Cédric, tu es barbier de profession ?

En fait je suis coiffeur, et j’ai appris le métier de barbier tout seul, je suis autodidacte. Je l’ai appris par passion, de la pilosité masculine ! En fait ça remonte au tout début de mla carrière de coiffeur.

Tout ça provient de l’univers dans lequel tu baignes ?

Oui, le rock n’roll, le vintage, la musique, les tatouages, c’est une manière de vivre. Je suis devenu coiffeur sans vraiment avoir le choix ! Ma mère ne voulait pas que je fasse des études, il fallait que je fasse quelque chose de mes mains. Je voulais être psychologue, finalement c’est assez proche !

Barbier, c’est un vieux métier ?

Il y a une formation, mais moi j’ai appris tout seul, je me suis entraîné sur moi, sur des copains. Quand on est passionné, ça va vite, c’est comme la musique, sauf que là c’est visuel. Je m’y suis mis très vite !

Et donc, dans ce salon, on mélange les genres, avec de la coiffure traditionnelle, et donc un coin spécial pour les barbus.

Et bien à la base Sandra et moi on s’est associés pour monter un salon où pouvaient se mélanger les styles, le traditionnel et le vintage. On voulait qu’une mamie et un biker puissent s’asseoir l’une à côté de l’autre ! On a réussi ça parce que les gens nous connaissaient, ils nous ont suivis, elle et moi. Pour eux, tout ça c’est un peu du théâtre, tout ça, entre la musique, l’ambiance, la dégaine des gens ! Les rencontres, c’est rigolo, le dialogue se fait très facilement, ils ont un esprit très ouvert. Même déstabilisés, ils échangent, ils veulent comprendre pourquoi les autres sont différents, c’est très intéressant !

D’ailleurs tu dois rencontrer des gens singuliers, non ?

C’est très enrichissant. Tu peux aussi bien raser un avocat qu’un musicien ou un biker. Je sors beaucoup, je rencontre beaucoup de monde, et les clients d’ici ont souvent un look atypique.

Ce look qui ressort un peu. Tu le vis bien ? Le côté borderline ne te manque pas ?

Non, c’est une renaissance. Il y a dix ans quand je travaillais on me demandait de couvrir mes bras, d’enlever mes piercings, de parler d’une certaine manière, j’ai jamais pu, je finissais toujours par m’en aller. C’est démocratisé et c’est très bien. Les pays anglo-saxons ont toujours vécu comme ça et c’est très bien, surtout quand on t’a montré du doigt, qu’on t’a refusé l’entrée dans certains endroits à cause de ton délit de sale gueule. On revit.

Est-ce que les Français prennent soin de leur barbe ?

Mais tout à fait ! L’homme passe de plus en plus de temps dans sa salle de bains, parfois plus que les femmes ! J’ai des clients avec des barbes spectaculaires, ils viennent me voir tous les 15 jours, encore plus souvent que pour leurs cheveux. C’est beaucoup d’entretien, il y a de plus en plus de produits, du shampoing, des huiles, de la cire pour la moustache…j’aime pas dire ce mot-là mais on a aujourd’hui plein de cosmétiques pour homme. C’est grâce à des barbiers hollandais, de Rotterdam, qui ont ramené cette culture en Europe. C’est en train de prendre beaucoup d’ampleur, je dois avoir 300 ou 400 amis barbiers sur Facebook, alors que ça ne fait que 3 ans que je me suis lancé vraiment, c’est génial ! On échange beaucoup. En Hollande, tu as de vrais barbershops, des bancs d’attente en bois, des alcools forts pour patienter, des panneaux « interdits aux femmes », ce genre d’endroit ce serait mon rêve. Un petit bar, un tatoueur, peut-être une scène, mais j’ai le temps, je suis encore jeune, 40 ans !

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