Si vous étiez devant votre écran de télévision le 17 octobre dernier, vous ne pouvez pas avoir oublié ce qui s’est passé. Le cyclone noir a balayé le rugby français, 62-13, 49 points de plus, 49 points de trop, inscrits trop facilement par une équipe néo-zélandaise x² crans au-dessus / manque d’ambition offensive d’un XV de France dépassé dans tous les compartiments du jeu. Un zéro pointé pour le pauvre Philippe Saint-André, qui n’aura de toute sa mandature, et contrairement à quasiment tous ses prédécesseurs, absolument rien gagné. La faute à un projet de jeu loupé, à un manque de chance, à un héritage fragile laissé par Lièvremeont, à une génération en bois, ou peut-être tout ça à la fois. Le problème du rugby, c’est que ce n’est pas comme le foot : on n’a jamais deux ou 4 ans pour remonter une équipe et la remettre en selle pour la prochaine grande compétition. En Europe, on a le tournoi des VI nations. Et ça, c’est tous les ans. Et tous les ans, il faut le gagner, en tous cas, ne pas être ridicule.

Battre l’Italie et l’Angleterre

La première parce que c’est une obligation, la seconde parce que c’est une question, bizarre d’ailleurs, d’honneur. Car si l’affrontement contre les Italiens est, normalement (mais de moins en moins) une simple formalité, celui contre les Anglais est une autre paire de manches. L’Italie, c’est une équipe un peu bizarre, qui a quitté la scène internationale à deux reprises. La première fois, tout le monde se doute de la raison : après un test match en 1937, dans un climat déjà particulier (Mussolini au pouvoir), il a fallu attendre 1952 pour revoir la France et l’Italie s’affronter. Et pendant 15 ans de test matches sans enjeu (mais jamais amicaux, c’est un sport de combat collectif où on ne se fait jamais le moindre cadeau), la France a toujours battu, parfois laminé son adversaire transalpin. Et puis en 1967, c’est le blackout, et l’Italie se retrouve dans un genre de seconde division du rugby européen, à se disputer le Championnat européen des nations, où sont réparties les autres équipes d’europe, car oui, on joue au rugby en Pologne, en Allemagne, au Portugal ou en Moldavie, parfaitement. Et si la Squadra ramasse grave contre les grandes équipes (101 -0 contre les Sudafs en 1997, 101-3 contre les Blacks), l’Italie domine cette division 2 si bien qu’elle est invitée à rejoindre le tournoi en 2000. Pour y prendre des valises, en tous cas au début (80-23 contre l’Angleterre). Mais elle a fini par battre un gros…nous, en  2011, à Rome, d’un petit point. Une honte pour le rugby français, à l’époque.

Un Top 14 qui ressemble à la Premier League de foot

Le championnat de top 14 est, selon les spécialistes, le plus fort du monde. Encore qu’il faudrait que les clubs les plus puissants d’Europe (Toulon, Toulouse, et Clermont, en gros) affrontent parfois les franchises de Super Rugby, où jouent les meilleurs joueurs du monde « en forme », les mêmes qui viendront jouer dans notre championnat quand ils auront 33 ans. Quoi qu’il en soit, c’est en Top 14 qu’on trouve les plus gros budgets, les plus gros salaires (sinon, que seraient venus faire Jonny Wilkinson, Sonny Bill Williams, Byron Kelleher ou Dan Carter en France ?), et aussi les matchs les plus rugueux. Mais c’est aussi en France qu’on trouve le moins de JIFF, ou « Joueurs Issus de la Filière Formation », comprenez par là, les joueurs du cru. Une opposition entre le RCT et le Racing 92, en 2016, c’est plus de 20 joueurs étrangers sur le pré au coup d’envoi, pour moins de 10 Français. Comme en Premier League, où un club comme Chelsea, sur les 25 joueurs en contrat pro qui ne sont pas prêtés à un autre club, ne compte que…5 Anglais. Et quelle est la particularité de l’équipe anglaise de football ? Elle n’a rien gagné depuis 50 ans.

Alors, avec une compétition de haut rang tous les ans, peu de temps pour reconstruire, peu de place pour les joueurs formés sur notre sol, comment faire pour rebâtir une équipe nationale capable de broyer de l’Anglais, de l’Irlandais ou du Gallois ? Grande question. ERt pour l’hémisphère sud, on verra ça encore plus tard.

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