« Quand on arrive à l´usine , la gaieté nous illumine. L´idée de faire nos huit heures nous remplit tous de bonheur. » Quand Gérard Rinaldi et ses copains chantaient ça en 1972, ils étaient sous Pompidou. C’était avant Giscard, vous vous rendez compte…La préhistoire, mes amis ! Avant les dinosaures de Vulcania, avant Marc et Sophie, avant Coluche, et avant une bonne moitié d’entre nous. Il y a 45 ans, les chansonniers moquaient gentiment les patrons avec une chanson rigolote, et un scopitone sympatoche qui allait bien avec. Aujourd’hui, les employeurs et les employés se livrent une guerre sans merci, un branle-bas de combat qui pourrait faire dire à Karl Marx « je vous avais prévenus ». Parce que les crises font toujours sortir ce que l’on a de plus vil en nous, nous avons tous, à notre niveau, et quand on n’a pas pris le temps d’y réfléchir, choisi de détester ceux qui ne sont pas dans le même camp que nous.

Alors dans le coin bleu, nous avons donc les salariés. Ceux qui ne gagnent pas assez alors qu’ils se tapent tout le boulot. Ceux qui n’ont pas d’augmentation de salaire quand la boîte gagne plus d’argent. Ceux qui sont soumis aux volontés du patron, de la hiérarchie, des actionnaires et du marché. Ceux qui craignent pour leur poste et qui ne désirent souvent qu’une seule chose : travailler dignement, pour vivre tranquille.

Dans le coin rouge nous avons les patrons. Ceux qui payent trop de taxes. Ceux qui prennent tous les risques pour essayer de gagner de l’argent en créant de l’emploi et des richesses. Ceux qui n’ont pas de filet de sécurité. Ceux qui sont soumis aux états d’âme de leurs salariés, aux pressions de leurs créanciers, aux relances de l’administration fiscale, à la loi de l’offre et de la demande. Ceux qui ne désirent qu’une chose : que leur entreprise tourne assez pour vivre, eux aussi, tranquille.

En 2016, lier les deux mondes a l’air très compliqué. Les syndicats ouvriers se plaignent du patronat comme jamais. Le Medef se torche avec le droit du travail et fait tout ce qu’il peut pour transformer la sécurité et l’assurance du salarié en un concept vintage. Chaque camp déteste l’autre avec une véhémence jamais égalée, et les médias passent leur temps à demander aux uns et aux autres de formuler des avis. C’est tellement pénible à écouter à la radio ou à regarder à la télé ! C’est cousu de fil blanc, les revendications patronales ou salariales, on les connaît par cœur. Chers journalistes…vous n’avez pas encore saisi que tant qu’on sera en crise, les discours des deux camps seront toujours les mêmes ? On vit ensemble dans un équilibre branlant, où l’on ne s’aime que pour collaborer, et où l’on se déteste pour continuer d’exister. C’est nul, de travailler.

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