Parce qu’il n’a jamais été question de caresses, parce qu’il n’a jamais prétendu être un amateur du language soutenu, et surtout parce qu’il a toujours écrit avec ses poings les plus belles pages (en fait, pour l’instant, les dernières) de la boxe poids lourd, Mike Tyson restera un immortel du noble art, de ceux que les historiens du sport évoqueront avec un petit éraillement de voix dans les émissions d’ESPN Classic. Mais pour rendre hommage à pareil artiste, ne fallait-il pas au moins quelques alexandrins ? C’est pour toi oh grand Mike, que nous nous sommes creusés.

De ses muscles saillants forgés aux USA

il tira son profit en les pulvérisant,

cette horde de grands, ces immenses échalas

baraqués comme lui, desfois noirs desfois blancs.

 

D’un naturel haineux, ses pupilles étaient vides

quand il les tabassait d’un grand coup dans la gueule,

bien doté en cheveux, son manager perfide

l’avait fait remarquer, qu’il avait des grosses meules.

 

Mike Tyson a gagné, sa carrière balbutiante

n’a fait que recréer l’illusion d’un surhomme

qu’on avait enterrée, avec la grande descente

d’un Ali fatigué, à la vibrante pomme.

 

C’est sa vingtième année qui le fera passer

du statut de champion à celui de rageux ;

ceinturé par la gloire, il inflige des branlées

plus rapide qu’un lion, plus méchant qu’un chartreux.

 

Le chartreux est un chat, une bestiole à poil doux

qui s’achète une fortune et qui mange du whiskas,

qui chie dans une litière et qui sent vite le chou

quand il largue une caisse ou qu’il vit dans sa crasse.

 

Revenons à Tyson, animal des gymnases,

la violence incarnée à l’échelle d’un humain

qui massacre les autres, on oublie même leurs blazes

à ces types éphémères balayés comme des nains.

 

Jusqu’en 90, Mike écrase ses semblables

il en fait du pâté à la force des gants.

Mais il a quelques vices, sa vie n’est pas très stable

et se fait éclater par un boxeur médian.

 

Cus d’Amato s’en va, et le laisse comme un con

dans un monde trop petit où il a trop de fric,

Mike s’en prend aux gonzesses, et il y va à fond,

de la poudre et des putes, son rayon d’Amérique.

 

Il enchaîne les combats, même dans les tribunaux,

où une connasse en string le traîne comme un pouilleux.

Il se défend très mal, va derrière les barreaux,

perd la face et son titre, mais devient coléreux.

 

Il en bouffe une oreille, de ce pauvre Evander,

qui s’en frise la moustache, à gagner sans lutter

contre un Tyson en forme, au cerveau en chou fleur,

légende en négatif d’un noble art désœuvré.

 

Car sans lui c’est moins bien, les combats à Végas

à New york ou ailleurs, bien qu’y ait toujours un ring

du pognon à brasser , des bastons, des radasses,

des mafieux en costard et des gonzesses en string.

 

Les KO en un round deviennent une denrée rare,

on s’emmerde jusqu’aux juges, leurs décisions merdiques

auxquelles on comprend rien sauf le nom du tocard

qui a gagné son match sans jamais être mythique.

 

Alors on va lui dire « Mike essaye autre chose,

prends ta retraite sportive et lance toi dans un plan

qui n’aurait rien à voir, et vas-y, mets la dose

t’es pas mal populaire, alors raccroche les gants »

 

Alors il va leur dire », mais je sais rien faire d’autre,

c’est quand même pas ma faute si ma mère était pute,

que mon père était mac et que parmi les vôtres

j’ai du mal à parler, sauf de sexe et de lutte »

 

Et ben monte sur une scène, et raconte ton histoire,

on s’en rendra pas compte de ton cheveu sur la langue

et qu’est-ce t’en as à foutre de ces gens qui viennent voir,

leurs billets ils les payent, toi tu les harangues.

 

Si au mieux ça leur plait, ils en diront du bien

à leurs potes à leurs proches et même à leurs voisins,

va savoir c’est peut-être la plus belle des carrières

qui t’attend sur les planches après toutes tes galères.

 

« Ben on va essayer, je vais faire de mon mieux

raconter mes conneries, essayer de les faire rire,

dire du mal de mes femmes, qui mériteraient un pieux

dans le coeur et dans le cul, pour leur apprendre à vivre ».

 

Tyson s’est détendu, a écrit son spectacle,

il est monté sur scène et il a triomphé ;

le visage tatoué il balance des gros tacles

à tous ces gens pourris qui ont voulu le tuer.

 

C’est sa dernière victoire, et peut-être la plus belle,

il a gagné tout seul, affranchi des limites

qu’il avait autrefois, quand il portait un short,

ou qu’il dépassait trop pour ses histoires de bite.

 

Un bon ami m’a dit, « je sais pas si j’vais lire

Tyson c’est pas mon truc, fais plutôt un autre mec ».

Mais là j’étais lancé, alors j’ai fait revivre

le plus grand des poids lourds, aux crochets les plus secs.

 

Sous la forme d’un poème, format académique

Vingt-et-un beau quatrains, quarante-huit pieds chacun,

parce que sa boxe est belle, sèche comme un coup de trique,

assénée aux blaireaux qui ont souhaité sa fin.

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