Il était le député-maire de Fréjus, pendant plus de vingt ans, de 1977 à 1997. Il ne succédait pas à son père André, non. Mais à Léonce Héritier, un colonel à la retraite. Il était à l’époque, sans aucun doute, le plus connu des Fréjusiens (alors qu’il est né à Cannes, mais c’est un détail). Il est le frère d’un illustre comédien/chanteur disparu, Philippe Léotard, qui a donné son nom au théâtre romain. Et le 31 mars 1996, François Léotard, qui a été ministre de la culture, de la communication, de la défense sous Mitterand pendant la seconde cohabitation avec Balladur aux manettes, est devenu l’héritier, ni plus ni moins, de Valery Giscard d’Estaing, qui ne l’a jamais vraiment soutenu, préférant toujours son principal concurrent, Alain Madelin. François Léotard en 1996, c’est une élection interne, gagnée haut la main : il devient Président de l’une des trois forces politiques les plus importantes du pays à ce moment-là, l’Union pour la Démocratie Française, la droite « non-gaulliste ».

Au nez et à la barbe d’Alain Madelin

Si en 2016 on se plaint fréquemment du cumul des mandats de nos dirigeants politiques, on avait déjà la langue bien pendue sur le sujet en 1996. Et le maire de Fréjus, qui assurait aussi les fonctions de député, ajoutait à son emploi du temps tantôt un agenda de ministre (86-88, puis 93-95), de Conseiller général du Var (79-88), ainsi que des fonctions haut-placées dans son parti politique. Et c’est au nez et à la barbe de l’ultra-libéral Alain Madelin (la caricature préférée des Guignols, ceux qui s ‘en souviennent peuvent se régaler sur YouTube) que François Léotard prend la présidence de l’UDF le 31 mars 1996. Et c’est pourtant, déjà, la fin de sa vie politique. Parce que François Léotard, en 1996, sera jeté dans la fosse aux lions par une affaire vieille de deux ans, extrêmement ambiguë et controversée, l’assassinat de la députée UDF Yann Piat, dans la région de Toulon. Mis en cause par une source douteuse (mais qui a trouvé beaucoup d’écho quand même), Léotard et le nouveau maire de Marseille Jean-Claude Gaudin sont soupçonnés d’être les commanditaires. Et même si la suite des événements lavera l’honneur des deux hommes, les préjugés, les vraies/fausses casseroles et les jugements d’opinion ont la vie dure. Si Gaudin résistera contre vents et marées, François Léotard vivra de plus en plus mal les suspicions à son égard et préférera quitter la vie politique en 1997.

Une défaite électorale, des bouquins et une certaine sagesse

En 1998, il brigue pourtant un dernier mandat politique : celui de président de la région PACA. Il est alors en face de Jean-Marie Le Pen, et d’un autre candidat, moins connu, moins glamour, et surtout plus à gauche, Michel Vauzelles. C’est en refusant catégoriquement une alliance avec le FN que François Létoard perd et laisse le Parti Socialiste prendre en charge la région PACA. Il va alors lentement glisser vers une retraite de la vie politique, une vie qu’il ne regrettera jamais, comme il le dira dans un excellent article paru dans le Monde et signé Raphaëlle Bacqué. La journaliste n’hésite pas à baptiser François Léotard du titre honorifique de Rescapé du Pouvoir, et diffuse dans un texte très intéressant, laissant entrevoir la sagesse nouvelle d’un ancien loup politique, quelques mots bien sentis d’un bonhomme qui n’a plus envie de querelles.

Morceaux choisis :

« Je me souviens d’avoir dit un jour à Giscard : ‘Je ne sais pas vraiment si je souhaite devenir président. C’est une fonction tellement écrasante…’ Il m’a regardé d’un air éberlué »

« Les relations entre l’UDF et le RPR étaient exécrables et j’avais critiqué ‘les moines soldats du RPR’. Chirac me convoque aussitôt à Matignon : Ecoute, ne t’inquiète pas mais on va faire un communiqué réclamant que tu te taises ou que tu quittes le gouvernement. » Je réponds : « Si tu fais ça, c’est une crise gouvernementale et nous sommes neuf ministres à démissionner. » Le communiqué sort tout de même. Je réplique publiquement : « Non seulement je continuerai à parler, mais je resterai au gouvernement. Eh bien, Chirac m’a téléphoné aussitôt en me félicitant : ‘Bravo, tu as raison… Quel jeu de con… »

« Quand je vois que Chirac, qui, avec dix ans de plus que moi, a seulement eu un pépin de santé maintenant (e 2005, ndlr… Cette vie-là est tellement stressante. Je vois bien, maintenant, que je n’aurais pas pu…« 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site www.lemonde.fr

Resteront, pour la postérité, les livres. François Léotard est aujourd’hui un auteur qui partage sa plume entre les essais sur la politique (parce qu’il continue d’avoir des idées), et les romans, purs et durs. Un homme qui s’est vraiment retiré du barnum politique, sans jamais y faire de come-back, si ce n’est un petit soutien à Nicolas Sarkozy pour la présidentielle en 2007, couronné un an plus tard par un bouquin qui s’intitulera « Ça va mal finir ».

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire