Olivier Causse est un démolisseur. C’est classe, comme métier, non ? Patron de la casse Chez Benni depuis 2009, il a d’abord passé beaucoup de temps à réparer des voitures avant de se venger en les détruisant. Mais attention, le broyage d’une vieille bagnole dans une presse des années 70 (« indestructible, y a pas d’électronique », c’est le patron qui le dit!), ce n’est pas un acte simple et définitif. Dans une casse, on récupère, on désosse, on revend, on envoie des tonnes de métal à la fonderie, des pièces en reconditionnement, des matériaux en recyclage. C’est très encadré, et c’est grâce à ça qu’en France, 95% d’une voiture ne finit pas enterré dans une décharge. Un métier qui a beaucoup changé, et qui laisse ouverte une fenêtre sympa sur un passé pas si lointain, où l’on pouvait bricoler soi-même sa bagnole, quand on y comprenait quelque chose ou qu’on voulait s’y mettre pour faire des économies. D’ailleurs, est-ce que c’est vraiment le passé, ça ? Olivier Causse nous fournit des pistes de réflexion !

La Casse « Chez Benni » existe depuis le nuit des temps !

Depuis 50 ans, à peu près. Moi je l’ai rachetée en 2009.

Les voitures modernes, on peut encore mettre le nez dedans ? Une casse automobile, ça sert encore à quelque chose, en 2016 ?

Pour commencer, il faut toujours brancher un PC sur le moteur pour faire un diagnostic et déterminer la cause de la panne. Mais pour réparer, on peu récupérer des pièces d’occasion. Pour les monter, ensuite, il faut faire un peu de mécanique.

Mais le mécano de 2016, il a dû beaucoup changer, par rapport à celui des années 80…

Pas tellement, en fait. Une fois que la panne est déterminée avec le diagnostic, on sait ce qu’il faut changer. C’est juste un élément, un boîtier, n’importe quoi, ça peut être facile à remplacer. On peut aller faire ce diagnostic, puis venir ici pour trouver la bonne pièce, un calculateur, un potentiomètre de pédale, une gâche de serrure. Il faut passer chez un professionnel pour savoir d’où ça vient, mais après, on peut trouver dans une casse.

Les pièces, vous les récupérer comment ?

Elles viennent de véhicules qui sortent de concessions, des particuliers, des véhicules de l’état mis en destruction. Quand on les récupère, on les met sur une zone de dépollution, ensuite ils sont détruits instantanément, ou alors ils sont conservés en « banque de pièces » sur le parc. Et suivant la demande et le stock, on répartit les véhicules. On en récupère 120/130 tous les mois, il faut trier. Il y a toujours quelque chose à récupérer sur un véhicule, même accidenté.

Un de vos collaborateurs nous a dit au téléphone que les pièces les plus recherchées, c’étaient celles des voitures très récentes. Pourtant, elles sont plus compliquées à changer, non ?

Avec un diagnostic, non, mais effectivement ce sont ces pièces-là que les gens recherchent le plus.Tout se vend, mais on constate des tendances. On vend beaucoup de Renault parce que ce n’est pas très fiable sur certains produits, plus que Peugeot ou Citroën. Il y a des choses qui reviennent toujours, les trains arrières sur les 206 et 306, c’est toujours la même chose qui casse. On change jamais un moteur de lève-vitre chez Peugeot, mais chez Renault on en vend plein. On finit par avoir l’habitude. Les voitures solides, entre 10 et 15 ans, celles qu’on récupère, il y a déjà beaucoup d’électronique dedans. Il y a des voitures qui ne plaisent pas, difficiles à revendre, auxquelles les propriétaires ne sont pas très attachés, celles-là finissent à la casse. D’autres, comme les vieilles Mercedes, sont toujours remises en circulation. Une C5 ou une Xantia, en général, ça finit à la casse, même si ce sont de très bonnes voitures.

Ici, vous ne produisez pas de déchets « définitifs », quand vous ne vendez pas une pièce, elle finit comment ?

Si elle n’est pas en magasin, elles vont en recyclage dans des bacs, comme le démarreur, certains types de cardans, les crémaillères, elles sont reconditionnées. Le reste passent dans la presse ici, puis on les revend à un broyeur, en l’occurrence Derichebourg, et c’est trié en sortie de broyage sur un tapis, alu, ferraille, etc. Le dernier maillon de la chaîne, c’est la fonderie, ici on démolit. Nos cubes partent pour être triés, une fois qu’on a vidé les fluides, liquides de frein, de refroidissement, de clim, huiles, tout ça c’est fait ici. Tout ce qui est utilisable mais qui n’est pas vendu retourne à l’usine chez les accessoiristes, et ils reconditionnent tout en neuf, en refaisant l’intérieur si la coque est intacte, par exemple. S’il y a trop d boulot, ça part en destruction.

Vous faisiez quoi, avant de démolir ?

Je réparais ! Mais comme les voitures devenaient plus compliquées à réparer, j’ai trouvé ça plus simple de les démolir. Une pane électronique, aujourd’hui, on peut y passer un quart d’heure comme deux hjours, mais on ne peut pas facturer deux jours de boulot à un client. C’est un gros problème. Le métier a complètement changé, en 20 ans. Avant on voyait une voiture arriver, on l’ouvrait, on voyait rapidement ce qu’il fallait changer. Mais depuis les modèles Hdi, etc, il faut sans cesse se remettre en question, faire des stages, à chaque fois qu’il y a une nouveauté c’est très compliqué.

Est-ce que la vente de pièces sur Internet, c’est un problème pour vous ?

Non, parce que sur Internet on trouve des pièces défectueuses, ou qui ne sont pas les bonnes, il ya un problème. Les gens sont loin, pour les recours c’est compliqué. Ici j’ai un service humaion, on a une garantie de trois mois, on essaie toujours de trouver une solution à un problème. Souvent les gens ne sont pas trop sûrs d’eux, alors on regarde la voiture avec eux, on leur dit « c’est ça qu’il faut changer plutôt que ça », on les conseille. On a souvent des pièces vendues sur Internet, que les gens nous amènent pour qu’on leur installe, quand on accepte on se rend parfois compte qu’un phare ne rentre pas, ou on a peur de le casser, et ils finissent par en prendre un chez nous.

Les voitures vous les récupérez sur quel périmètre ?

Entre Brignoles et Nice, parce que des endroits comme celui-là, il y en a de moins en moins, à cause des normes.

Parlons-en, des normes ! Elles sont si nombreuses que ça ?

Quand j’ai acheté, il y avait un agrément, mais ce n’était pas très compliqué. Maintenant la DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, ndlr) se déplace pour contrôler qu’on respecte tout, pollution, bruit. Il a fallu que je prenne un bureau d’études pour étudier tous les textes de loi, c’est du chinois, si on n’ pas de juriste on ne peut pas s’en sortir. On doit revaloriser au maximum les véhicules, trouver un débouché pour chaque produit, on arrive à 95% de recyclage sur un véhicule. Une grosse partie de ce recyclage est faite ici.

C’est un vieux métier, mais qui a de l’avenir !

On est des recycleurs !

Ici vous ne travaillez qu’avec des mécaniciens ?

Oui parce que c’est important qu’ils connaissent les voitures. Par exemple un triangle de Laguna, il va sur une Mégane, ça si on n’est pas mécano on n’en sait rien. Il faut savoir que telle pièce on peut la monter même sur une japonaise, aujourd’hui tout le monde travaille ensemble, on a des moteurs PSA dans des voitures du monde entier. Si on n’est pas du métier on ne peut pas le deviner. Et puis on a des gens qui roulent dans des véhicules rares, de collection, parce que ça a pris pas mal de côte. Une 205 GTi ça ne se met plus à la casse, une DS Cabriolet ça ne valait rien, avant. Ces choses-là aussi il faut les connaître.

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