Harley Davidson est l’une des plus importantes entités du milieu de la motocyclette (phrase d’accroche de plus de 60 ans). Tantôt conduite par Johnny Hallyday ou par le Rebelle, glorifié par Brigitte Bardot, la Spécialiste des Choppers, motos à la fourche plus longue et aux pots d’échappement les plus bruyants, Harley Davidson a su s’imposer comme leader du marché de la moto. Nous sommes allés à la rencontre de Benjamin Azoulay, grand manitou de la Harley, grand designer, et accessoirement membre d’une équipe de passionnés qui gèrent une concession Harley Davidson à Roquebrune, Prestige Motorcycles. Alors, la Harley, une moto à bricoler soi-même ?

Benjamin, Ici, on est dans une concession qui fait aussi de la customisation, c’est ça ?

L’intitulé exacte est « Prestige Motorcycles ». On a une partie customisation qui se nomme « PMF custom » et c’est moi qui m’en occupe. On crée des motos complètes, allant du guidon au cadre, une moto « à la carte » !

Elle a changé, la Harley de 2016 ? Parce que s’il y a bien une moto qui se bricole, c’est celle-là !

Elle n’a pas beaucoup changé sauf au niveau électronique. Désormais, nous sommes dans un système d’injection. Il y a aussi l’ABS (anti-blocage des roues). Bricoler une injection, par exemple, est plus compliqué. En revanche, transformer une moto, en changeant la peinture, les jantes, voire le guidon, est d’avantage plus simple. Beaucoup de nos clients le font eux même.

 la motivation principale des possesseurs d’Harleys, c’est d’avoir une moto sur laquelle on peut tout faire ?

Effectivement, ce qu’ils recherchent c’est avoir une moto qui soit reflet de leur personnalité. Le but c’est de concevoir la moto comme on le veut. Par exemple pour la peinture, nous avons dans notre équipe des designers qui pourront faire exactement ce que la personne désire. Le choix du guidon est libre également, tout dépend de la personne, si elle préfère avoir les bras levés ou plus bas.

Et si on veut la réparer, la Harley est elle plus facile a réparé qu’une moto japonaise, par exemple ?

Oui, la Harley possède un système mécanique qui est relativement simple. Ce système se nomme le système à rattrapage hydraulique. La différence c’est qu’on n’aura pas un rattrapage de soupape comme l’on peut en trouver dans un moteur 4 cylindres par exemple. Donc, en effet, c’est plus ou moins facile, même si evidement, il faut avoir de très bonnes connaissances !

Justement, est-ce que les clients ont un minimum de compétences ?

Malheureusement, plus trop. Il y a 10 ans de ça, on avait vraiment de la clientèle qui bricolait leurs motos par eux-mêmes, mais maintenant ça s’est un peu perdu. Tout simplement parce que la clientele a changé. Parfois, pour une simple pression des pneus, ils viennent nous voir pour qu’on leur fasse. En revanche, on a gardé encore une clientèle un peu plus « roots », des gens qui, généralement, parviennent à faire leurs propres réparations.

Une fois qu’on a notre première Harley, on finit par vouloir en changer, ou « la » changer. On évolue à ce niveau-là ? On en apprend ? C’est justement ça qui est intéressant ?

Totalement, on évolue et on s’intéresse d’avantage à la conception de la moto. La partie intéressante c’est que tu as ta propre moto. Le but c’est d’être l’unique possesseur de ta moto. Quand on se retrouve dans une concentration Harley, on constate que les Harleys, pour la plupart, sont toutes différentes les unes des autres. Les gens ont envie de s’investir dans leur moto. Ils sont vraiment passionnés par cet univers.

Quand on possède une Harley, va-t-on au garage ? On imagine rarement un garagiste lambda réparer une Harley.

Non, bien souvent ils veulent avoir affaire à des concessionnaires, par expérience. Par exemple, mes mécaniciens partent tous les 6 mois en stage à Paris, au siège social d’Harley Davidson France. Le but c’est d’avoir une équipe qui connaît vraiment son sujet. Et on possède des outils propres à l’univers d’Harley Davidson afin de pouvoir diagnostiquer les métaux, faire les révisions. Ici, par exemple, on trouve un grand atelier mécanique.

Donc on n’est pas uniquement dans la « customisation » ?

Non, à la base, c’est uniquement de la révision. La réparation intervient uniquement quand il y a un accident ou une casse. Nous pouvons également faire des préparations, mais c’est pas la première chose que l’on fera ici. En ce qui concerne la customisation, malheureusement, vues les législations qui sortent régulièrement, ça devient compliqué de customiser une moto.

Parlons-en de ces législations, tiens !

Si on prend le texte de loi, même un guidon, tu n’as pas le droit de le changer. La moto est sortie aux normes française, comme les modèles que l’on propose ici. Logiquement, on doit la garder dans sa conformité d’origine. C’est pour cela qu’on s’amuse à la modifier esthétiquement avec la peinture par exemple, les guidons aussi. Mais tout ce qui est freinage, fourche, ou même le cadre, on n’y touche plus. Après chacun prendra le risque qu’il veut, mais en tant que concessionnaire, je fais très attention.

Une Harley, c’est différent des autres motos, puisqu’on peut les conserver plus longtemps, est-ce un critère de fiabilité ?

Tout à fait ! Sauf que les tendances ont changé, depuis quelques années maintenant on est dans une société de consommation, il est vrai que ça évolue et les gens ont tendance à changer d’Harley tous les deux trois ans. La marque sort énormément de nouvelles motos, qui sont très belles d’origine, comme si elles avaient déjà été customisées. Les gens ont envie de changer constamment de véhicule, c’est un peu le même syndrome que la voiture.

Harley Davidson s’est même mis à fabriquer des modèles qui roulent vite !

Il s’agit du V-Rod, sorti en 2002. Un modèle pas si populaire. Justement, on rentre dans un style plus européen voire japonais. Et ça sort de ce que le puriste Harley préfère. On peut facilement la comparer à un V-Max (de Yamaha) ou un Diavel (Ducatti)

Il est plus compliqué à bricoler ?

Un peu. Mais ce modèle oblige à rester dans l’esprit Roadster (moto de route, course) , on ne peut pas faire du Chopper (classique Harley, fourche longue ). Même pour la réparation, la moto est plus compliquée. Le système étant différent des autres Harleys. On peut toujours l’ouvrir chez soi et la bricoler, mais il faut avoir de bonne notions

Et justement, on les apprends où les notions ?

Pour ma part, j’ai appris dans les livres ou en visionnant des DVD. J’allais souvent chez les concessionnaires pour voir comment cela fonctionne, j’ai appris sur le tas. En règle générale, quand on est passionné et motivé, on a tout de suite l’envie.

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