Vigneron. Un bon métier de mec, ça, non ? Pourtant, c’est bien à une jeune fille de 29 ans, héritière de traditions familiales sur 4 générations, qu’on a affaire quand on cherche le vigneron du Château Paquette, petit domaine viticole de 25 hectares, très apprécié dans la région de Fréjus. Claire Paquette n’avait pas prévu de passer ses journées les pieds dans la terre ou les fesses sur un tracteur, comme son père et comme ceux qui l’ont précédé. Mais c’est en pensant à son arrière grand-mère, et en végétant dans des études d’architecture, qu’elle a un jour eu la révélation. Le vin, c’est une belle aventure, et elle en sera, même si le monde agricole n’est pas un paradis parfait pour les dames !

Claire, pourquoi ce Château Paquette s’appelle aussi le domaine de Curebéasse ?

Et bien il s’appelait comme ça jusqu’à il y a 4 ans, à peu près. Curebéasse c’est le nom historique du domaine, qui correspond au nom du lieu-dit sur lequel on se trouve. Il y a quatre ans on a eu l’idée, rare, de changer le nom du domaine, mais on arrivait à un moment charnière. Curebéasse, à prononcer et à retenir c’est difficile, et puis on avait envie de changer un peu toute l’image.

Mais ce domaine a toujours appartenu à ta famille, par contre…

Depuis plus de 60 ans en tous cas, oui ! On a fêté les 60 ans de l’acquisition du domaine par la famille, justement en adoptant le nom de famille pour changer le nom du domaine. C’était symbolique, et je suis arrivée à ce moment-là, en plus !

Tout ça est une affaire de tradition. Tes arrière grands-parents ont acquis le domaine, et maintenant tu en es la vigneronne. Qu’est-ce que c’est que ce métier, finalement ?

C’est un métier très riche ! Ici on est sur une exploitation assez petite, donc vigneron c’est une mission qui touche à beaucoup de domaines. Disons que le métier de base c’est de s’occuper des vignes et du vin, mais ici, on touche à tout, dans les vignes, à la cave, avec les négociants, les clients.

Mais celle qui travaille la saveur du vin et qui détermine la nature du vin, c’est toi. C’est pas un métier masculin, ça, en général ?

De base, c’est un métier issu de l’agriculture, et ça, c’est vrai que c’est plutôt masculin, surtout que dans les vignes, on conduit des tracteurs, on taille, etc. Et d’après l’expérience que j’en ai eue avant d’être ici, dans mes stages ou lors de ma formation, j’étais beaucoup pus entourée d’hommes que de femmes, c’est certain ! Mais le métier se féminise un peu, surtout pour le travail en cave. Il y a de plus en plus de femmes œnologues, par exemple, mais c’est vrai qu’il n’y en a pas beaucoup.

Les femmes qui font ce métier-là sont souvent issues de familles de tradition viticole, ou agricole, tu penses ?

C’est souvent une affaire de transmission. Déjà, on ne choisit pas le métier de vigneron par hasard, homme ou femme, il faut avoir été imprégné d’une passion, un jour ou l’autre. La première personne qui s’est occupée du domaine, c’est mon arrière grand-mère. Quand avec son mari ils ont acheté le domaine, il est mort très rapidement et c’est donc elle qui a dû tout prendre en mains. Il faut imaginer l’époque, en plus, elle était pratiquement la seule à faire ce métier-là, les vignerons emmenaient tous leur raisin à la coopérative, c’était rustre comme milieu. Elle a dû lutter, s’imposer, prouver qu’elle était capable, plus que les générations d’après. Elle m’a beaucoup inspirée, j’ai eu beaucoup d’admiration pour elle parce que j’ai eu la chance de la connaître.

Et petite, tu t’es dit tout de suite que ce serait ton truc ?

Non, ce n’était pas si évident. J’ai commencé des études d’architecture, rien à voir ! Je n’y avais jamais songé, moi, au vignoble. Mais au bout de deux ans d’architecture, j’ai senti que quelque chose me manquait, c’est venu tardivement. J’étais pas heureuse, mais mon père lui a été très heureux quand il a su que j’avais la vocation ! Pourtant il a d’autres enfants, dont mon frère, mais je suis la seule à m’intéresser à tout ça !

Tu as un fils de 5 ans, tu penses que tu essaieras de l’orienter vers ton métier ?

Il faut avoir vraiment une passion très forte pour le faire, c’est beaucoup de contraintes et je ne veux rien lui imposer. C’est beaucoup de temps, d’engagement, d’investissement personnel, c’est un métier qui bouffe un peu l’énergie, sans passion c’est pas la peine.

Le fait d’être une femme te fait pratiquer ton métier différemment d’un homme ?

Je pense que oui. On n’est pas attentives aux même détails, même si globalement on fait le même métier, on s’occupe des vignes, on en fait du vin et on le vend. Mais dans les détails, la gestion des rapports avec les gens, c’est différent. Les gens sont attentifs d’une autre façon, on analyse les choses à notre manière, y compris au niveau du goût.

Là tu es derrière un bureau, mais tu passes aussi beaucoup de temps dans la terre ou sur un tracteur !

Oui, bien sûr ! Là on est début mars donc dans les vignes c’est assez calme, on commence les mises en bouteille. Pendant les vendanges je navigue entre les vignes et la cave pour gérer la vinification, ça c’est pas très sexy, on se met du jus de raisin partout. Et le reste du temps c’est du tracteur si besoin, on a une équipe d’ouvriers agricoles, mais si nécessaire je dois savoir un peu tout faire.

Justement, les ouvriers agricoles,c’est difficile de se faire entendre auprès d’eux, pour une jeune fille de 29 ans ?

Et bien ça dépend, l’équipe que j’ai ici je les connais, on se fait confiance, aucun problème. Mais par le passé, j’ai déjà été confrontée à un gros rejet de la femme dans le monde agricole, vraiment. En Corse, notamment, où j’ai rencontré des gens pour qui il était impensable qu’une femme puisse faire ça.

Ils t’ont refroidie ?

Pas du tout, je trouvais ça rigolo, je l’ai pris comme un challenge. Homme ou femme c’est pareil, tant qu’on sait ce qu’on fait et qu’on connaît notre métier. Peut-être qu’on doit prouver un peu plus que les autres !

Et les produits du château, ils sont à ton image ? Féminine ?

On essaye de garder notre ligne, nos logos, nos étiquettes, mais j’ai su je pense être plus attentive à tous ces détails, le visuel et l’image.

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