Elle s’appelle Julie Casa. Son métier n’est pas courant, puisqu’elle est architecte-paysagiste. Avec sa société Atout Jardins, elle est créatrice d’espaces dans l’espace, mais ça elle va vous l’expliquer mieux que nous. En fait, cette rencontre, on l’a voulue parce qu’on s’est dit : « elle doit quand même souvent avoir affaire à des bonhommes tailleurs de haies, et on a dans l’idée que c’est pas simple ». Puis on a très vite compris que Julie Casa, c’est quelqu’un qu’on écoute. Si vous avez déjà visité le domaine du Castéou à Saint-Raphaël, et que vous avez trouvé que le jardin était beau, c’est grâce à elle. Des plantes, de l’architecture, de la créativité, de la sensibilité, et un plaidoyer sympathique pour les vertus féminines dans ce monde de mâles bornés, par une femme pas féministe, mais femme quand même, qui dit à des hommes où ils doivent planter des fleurs. Classe.

Ton métier, plasticienne paysagiste, explique-nous en quoi ça consiste.

Je gère des espaces, au départ c’était l’aménagement urbain, c’était l’objet de mes études. Ensuite j’ai fait de l’architecture. Aujourd’hui je vais du tout petit espace, ça commence à la terrasse, jusqu’au grand terrain, un jardin privé de plusieurs hectares, ou des aménagements extérieurs pour des immeubles, par exemple.

Ta matière première, c’est le végétal ?

Oui, mais pas seulement, en tous cas ma formation n’est pas orientée sur le végétal. Je m’y connais, à force, mais mon truc c’est de recréer différents espaces dans un espace unique, on crée des pièces d’extérieur, en fait. Un jardin doit devenir une somme de plusieurs autres pièces extérieures à la maison, tu vois le genre ? Je m’intègre à l’environnement existant, en plus j’aime la région où l’on vit !

Tu dois rencontrer des contraintes hallucinantes, parfois, à vouloir t’intégrer à ce qui est déjà là !

C’est le plus intéressant, les contraintes ! Parce que je me casse la tête pour m’adapter. C’est ce qui fait tout le sel de ces métiers liés à l’architecture, on a une idée au départ, et on est obligé de l’adapter.

Comment en es-tu arrivée à vouloir aménager des jardins ?

Ce n’était effectivement pas mon idée au départ, mais le parcours professionnel et le hasard ont fait que je suis tombée là-dedans, et j’y suis restée.

Tu es très attachée à la région, c’est une chance de vivre ici pour pratiquer ton métier ?

Tu rigoles ? Bien sûr que oui ! Ici il y a tout qui pousse, on a un choix illimité, on peut jouer avec les essences persistantes et caduques, créer des jardins qui bougent, on a des choses simples et belles, rustiques et décoratives, c’est formidable !

Tu mets les mains dans la terre ?

Disons que je ne vais pas bêcher, ce sont des prestataires qui le font. Je m’occupe du suivi du chantier et de la conception, les plans, les détails, mais pas de l’exécution.

Comment as-tu acquis les connaissances en botanique dont tu avais besoin ?

J’ai appris en travaillant avec un architecte paysagiste pendant dix ans, j’ai découvert une passion. Et je me suis rendue compte qu’être dehors, prendre en charge la recherche, l’étude, voir un jardin avant et après mon intervention…Le voir évoluer au fil des années, c’est très intéressant. Je réfléchis ces jardins en les imaginant 20 ans plus tard, et je vois évoluer mes créations, j’adore ça !

Tu briefes tes clients pour qu’ils assurent un bon entretien ?

Pas vraiment, les végétaux sont choisis pour qu’ils n’aient pas vraiment besoin de s’en occuper beaucoup. J’essaie de prévoir en fonction, par exemple si on plante un saule pleureur, je sais qu’il deviendra énorme donc on évite de planter des fleurs tout autour.

Est-ce que tu penses que tu fais un métier d’hommes ?

Non, pas du tout. Ou pas vraiment ! Disons que nous, les femmes, on y apporte une touche de sensibilité supplémentaire. On va parler de sensations, dans un jardin, on n’y voit pas que des aspects techniques. Par exemple, tu imagines un muret, tu t’assois dessus. Avec un feuillage qui passe au-dessus, le jeu avec le vent, le son, le parfum, tout ça les hommes le voient moins bien, ils sont plus terre-à-terre. Ils appréhendent tous les aspects pratiques et techniques très bien, mais nous on s’attache à des petits détails qui rajoutent souvent du charme aux espaces.

Tes clients sont sûrement sensibles à ta féminité, donc !

Souvent les appels qui proviennent de gens que je ne connais pas me le prouvent. On me dit « je vous ai choisie parce que vous êtes une femme, et j’ai besoin que ce soit une femme qui voie mon jardin ». Je travaille principalement avec des particuliers, des architectes et des promoteurs, et tous me disent la même chose.

Tu fais ce métier depuis combien de temps ?

25 ans, je crois !

Tu visites souvent tes créations ?

Hélas je ne fais pas toujours des choses dans le domaine public, donc il y en a beaucoup que je ne vois pas très souvent, sauf quand je suis en bon contact régulier avec les clients. Je vois surtout les erreurs que j’ai pu commettre, j’essaie de progresser. Je retrouve aussi de bonnes idées, un jardin évolue, il n’est pas figé.

Toi qui est une femme chef d’entreprise, est-ce que tu penses que la femme dans le monde professionnel a changé depuis l’an 2000 ?

Dans mon domaine, je n’ai pas été confrontée aux discriminations ou au sexisme. Même dans les études on était tous mélangés, donc il n’y avait pas de problèmes. Ce n’est pas que technique, ce que je fais, c’est aussi culturel. Mais à force de maturité, j’ai appris à être plus solide sur les chantiers. J’avoue que lorsque j’avais 25 ans et que je débarquais, ce n’était pas évident. J’ai plus d’aplomb, peut-être qu’en étant un homme j’aurais été plus vite écoutée et entendue. Mais c’est plus la jeunesse que le sexe, ça. Avec l’expérience, on t’écoute. Et puis…je trouve que nous, on va plus vite à l’essentiel. Les hommes tournent autour du pot pendant longtemps ! Et c’est pas moi qui le dit, enfin je ne suis pas la seule, je le vois lors de réunions. On comprend le problème très vite et on dit tout de suite « il faudrait faire comme ça ». Alors on prend quand même beaucoup de temps pour réfléchir, mais au bout du compte c’est souvent l’idée de départ qu’une femme avait émise qui est adoptée. Je crois que les hommes ont besoin de réfléchir plus longtemps !

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