Quand un comédien professionnel se lance dans la grande aventure de la programmation, il n’en est pas à son premier saut dans le vide. Ancien ingénieur en informatique devenu intermittent, François Krakowski met aujourd’hui une bonne part de son énergie dans sa compagnie de théâtre, Les Scènes d’Argens (basée à Puget), qu’il a montée avec sa compagne Myriam Grélard. Avec une belle programmation au Folie’s, restaurant de la Bouverie dont ils exploitent avec bon goût les superbes capacités en matière d’accueil de spectacle, les deux acolytes sont pleins d’espoirs, d’idées, de projets et de motivation. C’est avec un comédien heureux, et un programmateur qui fait feu de tous bois, que nous nus sommes entretenus.

François, vous êtes avec votre compagne Myriam  le principal instigateur de cette compagnie. Comment tout cela est-il arrivé ?

Et bien je suis comédien professionnel, intermittent. J’ai une compagnie dans le 06, la Comédie Nomade, mais j’habite à Puget et je voulais mettre en place une programmation ici. Je donne des cours et je dispose de la salle Roger Legrand, on a voulu jouer dedans. Les compagnies professionnelles locales ont beaucoup de mal à être programmées dans les salles municipales qui sont overbookées, et que les villes veulent des têtes d’affiche. Notre objectif, c’est d’aider les compagnies pros du coin. Et il y en a très peu dans la Cavem. On travaille d’ailleurs sur un projet avec Aggloscènes. On a simplement demandé : « les compagnies locales ne peuvent jamais jouer au Forum, qu’est-ce que vous nous proposez ? », et Guillaume Decart nous a entendus.

Et donc, ça a donné quoi ?

Et bien on a commencé une programmation avec une pièce « Juste un oubli », puis nous avons programmé notre pièce phare « Le Bonheur » d’Eric Assous, tout ça à Roger Legrand, jusqu’à ce que la mairie nous dise que ce n’était plus possible. Alors j’ai décidé de venir voir Franck, le patron du Folie’s, et de lui proposer une programmation chez lui, sous la forme de dîner-spectacle. On a commencé au mois de septembre, et pour ne pas faire prendre de risques aux autres troupes, on a calé des spectacles à nous : Mafia et sentiments, le Bonheur, et puis Fugueuses. Ensuite, on a programmé d’autres troupes, avec des spectacles venus de Nice, Le Bal des Couillons, une adaptation de Ma femme s’appelle Maurice, etc.

Et ça a pris ?

Tellement bien que nous avons rajouté une seconde soirée par mois, une dans la grande salle et une autre dans la petite, avec du One-Man Show, des petits spectacles interactifs, du café-théâtre, qu’on a sélectionnés. Dont un qui s’appelle Adrienne, et qu’on adore, signé Laurence Laouadi.

C’est complètement différent de jouer, et de se mettre à programmer.

Complètement ! C’est tout nouveau. Mais c’est super mais très compliqué ! Parce qu’on va voir les spectacles, en s’annonçant de moins en moins en tant que programmateur, parce que c’est difficile de dire non. Notre critère, c’est seulement la qualité. Il nous arrive de prendre des choses qui sont « pas notre truc », mais si on sait que c’est bon et que ça plaît, on prend. On se refuse à prendre les spectacles qui ne sont pas aboutis, pas encore mûrs. On ne se limite pas aux pros, si des amateurs font des choses irréprochables, c’est parfait.

Est-ce que la formule fonctionne ?

Plutôt bien, ce soir par exemple dans la petite salle on a 55 personnes. Tout ça a vite pris, les pièces du début on les avait beaucoup jouées dans la région, donc le bouche à oreille a bien fonctionné. Fugueuses de Pierre Palmade, avec Myriam Grélard et Danièle Pugnalle, a très bien marché, un carton. Je me suis occupé de la mise en scène, on la fait tourner un peu partout.

Vous trouvez le temps de courir le cachet et de vous occuper de tout ça ?

J’ai commencé l’intermittence il y a peu, avant j’étais ingénieur en informatique. Mais j’ai toujours joué et créé des troupes dans la région. J’ai eu envie de tout lâcher, et là il a fallu courir le cachet, je jouais dix pièces en même temps à Nice. Avec Myriam on a eu envie de créer quelque chose ensemble, et là on a réussi à mieux vendre nos dates. Je bricole un peu en donnant des cours, et c’est vrai que par-dessus tout ça, programmer des pièces prend beaucoup de temps, alors quand je fais l’acteur, je privilégie les projets qui me plaisent.

C’est important, Avignon, pour des programmateurs comme vous ?

Oui, mais c’est difficile de faire le bon choix de salle. Il a fallu écrire à toutes les salles d’Avignon, et le Chapeau Rouge nous a répondu. On les a vus, ils adorent le bon théâtre, le courant est tout de suite passé.

Vous pensez quoi du paysage théâtral local ? Il n’y avait rien il n’y a pas si longtemps.

La grande majorité des compagnies locales sont amateures, et je viens de ce monde-là, qui est parfaitement à sa place. C’est vrai que pour une troupe professionnelle c’est un peu plus compliqué de trouver sa place, entre les salles qui veulent de la tête d’affiche et les endroits inadaptés. Alors on se déplace un peu, pour jouer, mais on adore ça. On a participé au début des nuits Off, avant même qu’elles s’appellent comme ça, et moi je les fais tous les ans. Cette année on participe aussi aux rencontres théâtrales de St-Raphaël, avec une pièce que l’on jouera à Félix Martin. Je vais pousser mes élèves à participer à tous ces événements.

Vous avez des projets pour l’avenir proche, en plus de tout ce que vous faites déjà ?

Bien sûr, deux pièces de gros calibre, que l’on va proposer au Forum, et bien sûr ailleurs. On fait notre petit bonhomme de chemin, ma compagne Myriam se lance elle aussi dans le grand bain de l’intermittence. J’espère que nos projets vont être couronnés de succès, on a acquis les droits et on a déjà les dates pour une belles pièce, Irrésistible de Fabrice Roger-Lacan le 16 septembre à l’Espace Victor Hugo, et on a vraiment envie de faire une belle salle ce jour-là, parce que ce serait l’occasion de prouver chez nous qu’on est capables, même en étant des locaux. Et une autre, mais les droits sont en négociation, par superstition je n’en parle pas, mais ce serait vraiment génial.

 

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