Bricoman, Carrefour Contact. Deux enseignes qui n’ont rien à voir, c’est ce que vous vous dites ? Pourtant, Ange-Philippe et Mina, qui dirigent chacun un magasin (lui pour le bricolage à Fréjus, elle pour le supermarché au Muy), ont des préoccupations communes, et posent les mêmes constats. La grande distribution est un vrai métier, et pas une voix de garage dans laquelle on s’engage quand on n’a plus envie de rien faire, ou quand on est découragé. Mettre en avant certaines valeurs, éviter le clivage patron/employés, voilà quelques petites recettes simples pour lisser un peu une image pas toujours très flatteuse pour un secteur d’activité qui recrute en masse. Entretien croisé.

Mina, vous êtes là pour recruter ?

Absolument, j’ai besoin de rencontrer des gens susceptibles de faire l’affaire pour une saison.

Et vous, Ange-Philippe ?

Pareil, rencontrer, recruter, mais aussi rencontrer les autres entreprises, de Carrefour, de Kiabi, onéchange beaucoup dans ces moments-là.

Bricolage ou alimentation générale, on est dans la grande distribution. Ces magasins emploient beaucoup de gens. C’est difficile de trouver du personnel fiable ?

A-P : C’est difficile, oui. On confond souvent l’envie de travailler, et la formation. Il faut apprendre un métier pour bien le faire, il faut connaître les produits, et apprendre à établir un relationnel avec les clients et les collaborateurs. Vendre, ce n’est pas qu’un acte, c’est toute une logique. Un métier, en somme !

D’autant plus chez vous, où les articles sont spécifiques !

Oui, parce qu’on cherche des gens qui ont cette spécificité, une aspérité technique, et qui souhaitent rester dans l’activité pour se former, et connaître de mieux en mieux l’ensemble des univers du magasin. On préfère toujours garder nos collaborateurs longtemps, ils deviennent des atouts avec l’expérience.

Pour vous Mina c’est encore différent. Il y a encore beaucoup de chômeurs qui se disent « l’alimentaire, ce sera le dernier recours ». Comment on fait pour invalider cette idée ?

Malheureusement c’est souvent comme ça, surtout pour les postes d’hôtesses de caisse. Mais c’est un vrai métier, il faut être compétent ! C’est la personne que voit le client en dernier, il faut savoir être attentive, faire plusieurs choses à la fois, ces postes sont sujets à évolution. J’étais hôtesse de caisse à 20 ans, aujourd’hui je suis patronne, c’est surtout une affaire de motivation.

Vos employés sont difficiles à tirer vers le haut ?

Les jeunes sont trop pressés.

A-P : Ils veulent tout rapidement, le salaire, le poste, conserver leur vie. Il faut apprendre à faire les choses, et à communiquer avec ses collègues, ses patrons.

M : Il ne faut surtout pas opposer patrons et employés, il faut travailler main dans la main, c’est comme ça qu’on avance. Le problème, c’est que ce clivage est trop important. La génération d’aujourd’hui a du mal avec les responsabilités.

Et d’ailleurs, on a l’impression que ce sont deux clans qui s’opposent

M : On le vit tous les jours.

A-P : Ce n’est pas un débat de hiérarchie, c’est un débat de mission. Un directeur n’est pas plus intelligent, il a juste une mission différente, c’est ça qui doit peser dans la balance. Hélas, on n’a pas toujours de bons exemples autour de nous, peu importe à quelle place on se trouve. La grande distribution est malheureusement emprisonnée dans des clichés.

M : A nous de montrer un panel de choses qui vont changer la vision du grand public sur nos métiers.

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