Elle s’appelle Saloie Benatich, elle a 23 ans, et dans moins de six mois, elle sera une éducatrice spécialisée diplômée, après trois ans d’études. En ce moment, elle donne un sérieux coup de main aux Amis de Paola, une association bien connue basée à Fréjus, qui donne toutes ses tripes pour venir en aide aux gens les plus démunis du territoire, ceux qui ont tout perdu, ou presque. Dans le cadre de sa mission, elle a eu une idée de génie : allier l’énergie des élèves d’une classe de Cm2, et la formidable détermination d’une association en pleine période d’intense travail sur le terrain. Besoin de produits d’hygiène ? De nourriture ? De vêtements chauds pour passer un hiver jamais tendre ? Il fallait bien une synergie philanthrope et motivée pour combler quelques premières nécessités. Professionnels, bénévoles, associatifs, c’est à plusieurs qu’on combat le mieux la misère.

Saloie vous êtes actuellement en plein dans les études, mais vous participez aussi activement à la mission des Amis de Paola. Quel est votre rôle au sein de l’association ?

Je travaille en ce moment avec des personnes qui sont sans domicile fixe, avec Les Amis de Paola. Cette association fonctionne beaucoup avec les dons, alimentaires, de produits d’hygiène.

Comment vous est venue l’idée de collaborer avec une classe de Cm2 ?

Ma petite nièce est une élève de la classe de Gilles Priarone à l’école de la Bouverie, qui participe au projet éco-école. Comme elle m’a expliqué que dans ce cadre, les enfants étaient sensibilisés aux sujets de la solidarité, de l’entraide, j’ai fait le lien entre les deux. J’ai trouvé ça intéressant que des enfants aussi jeunes soient sensibilisés à ces questions-là, et les rencontrer m’a beaucoup apporté. D’autant plus que la récolte de dons a été bonne.

Comment ça se passe, pour vous, confrontée au quotidien avec ce public si particulier ?

Et bien mon rôle aux Amis de Paola, c’est de les aider à se réinsérer, à retrouver un logement, du travail, les accompagner dans un moment de grande difficulté. Il faut aussi répondre à leurs besoins primaires, manger, boire, se vêtir, se laver, mais à terme, l’idée c’est de les aider à se réinsérer.

Vous les avez trouvés comment, les enfants ? Conscients de l’existence de ce monde-là ?

J’ai été très surprise. L’instituteur m’a proposé de venir faire une intervention. J’ai préparé un petit diaporama, qui montrait dans les grandes lignes tout ce qu’on fait avec l’association, les maraudes le soir, la composition du centre d’accueil, l’équipe, la manière dont on travaille…et j’ai été très étonnée parce que j’ai vu des élèves très calmes, qui m’ont posé beaucoup de questions, ça a duré plus longtemps que prévu, je ne m’attendais pas du tout à avoir un retour comme ça. Et c’étaient vraiment des questions pertinentes ! Ils avaient pour beaucoup cette image mauvaise du sdf qui ne veut pas travailler, qui ne se lave pas, et je pense qu’ils vont garder une image plus fidèle à la réalité, ils ont pris conscience de ce que c’était vraiment de vivre dans cette difficulté-là.

Qu’est-ce que vous avez récolté, comme produits ?

En ce moment c’est l’accueil d’hiver, on a plus d’une centaine de personnes qui viennent chaque jour au centre, on a beaucoup de travail. Et on manquait de produits d’hygiène. D’ailleurs c’est un sujet sur lequel on travaille avec eux, on leur parle de propreté, on leur rappelle que c’est important, que même s’ils sont dans la rue, il faut garder une image digne et positive. Les personnes que l’on accueille ont eu un parcours très difficile, prendre soin d’eux n’est plus une priorité, leur image est très détériorée. Et pourtant, il faut reconstruire ces personnes, et on commence par l’hygiène et l’alimentation, avant de se pencher sur les problématiques des addictions quand il y en a. Tout commence par là. Cette récolte répondait vraiment aux besoins du moment.

Les enfants ont fait ça avec les supermarchés locaux ?

Ils ont commencé la récolte à l’école, avec ce que leurs familles pouvaient donner, nourriture, vêtements et produits. Puis ils sont partis à la rencontre de différentes enseignes du coin qui se sont proposées d’effectuer des dons. Et c’était super parce que ces enseignes, ce ne sont pas les mêmes que celles qui travaillent avec les Amis de Paola d’habitude. Cette opération nous a permis de tisser de nouveaux liens.

Et vous, qui travaillez depuis un an maintenant avec les Amis de Paola, vous la vivez comment, cette confrontation quotidienne avec des personnes dans une grande détresse ?

C’était la première fois. Je n’ai pas été choquée, mais j’avoue qu’en tant que jeune femme, j’appréhendais cette mission. Comment rentrer en contact, comment discuter, je me posais beaucoup de questions. Mais j’ai très vite été entourée par des professionnels qui ont beaucoup d’expérience. Et j’ai vécu avec eux beaucoup de petits moments du quotidien, le petit déjeuner, les repas, les cafés, j’ai commencé à échanger. J’ai réussi à créer le contact, mais il a fallu beaucoup observer.

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