Une centrale à béton une autre pour l’enrobé. Des solutions pour les entrepreneurs, des nuisances pour les riverains. Voilà l’équation, pour le moment trop simpliste, posée par le projet Eco-Pôle, qui va voir le jour au pôle BTP du Capitou d’ici moins d’un an. Chloé Le Van Gong est la Directrice Générale d’Eco-Pôle. Nous avions des questions, plein. Et c’est à elle, et pas une autre personne, qu’il convenait que nous les posions. Tout simplement parce que c’est elle qui a en charge tous les aspects environnementaux et technico-réglementaires, et parce qu’elle est issue d’un cursus (puis d’un parcours professionnel) où il était essentiellement question d’environnement. Pollution, valorisation, économies, législation, sont autant de termes qui font partie de l’ADN et du jargon quotidien de celle qui va bientôt devoir gérer une structure réclamée à corps et à cris par bon nombre d’entrepreneurs du bâtiment…et vivement rejetée par certains riverains qui entrevoient déjà un ciel nuageux et un air pollué. Pour désamorcer quelques velléités, lever le voile sur quelques doutes et laisser aux industriels une chance de présenter un projet qui a suscité pas mal de questions et de craintes, nous avons voulu en savoir plus. Comme les industriels, comme les riverains, comme tous ceux qui veulent savoir ce qui se passe au pôle BTP où, reconnaissons-le, personne ne va jamais, si ce n’est pour « faire du béton ».
Pour commencer, définissons bien ce qu’est cet Eco-Pôle : une centrale à béton, à enrobé, un centre de recyclage ? C’est bien son nom exact, éco-pôle ?
Et bien en ce qui concerne le nom, c’est la fusion entre éco pour écologie, économie, et pôle parce qu’on est au sein du pôle BTP. On l’a voulue comme une offre globale à l’intention de tous les artisans de la zone, notamment du pôle BTP, qui ont besoin d’un point de valorisation de tous leurs déchets inertes (pour être clairs, en Europe, est défini comme déchet inerte celui « qui ne subit aucune modification physique, chimique ou biologique importante, qui ne se décompose pas, ne brûle pas, ne produit aucune réaction physique ou chimique, n’est pas biodégradable et ne détériore pas les matières avec lesquelles il entre en contact d’une manière susceptible d’entraîner des atteintes à l’environnement ou à la santé humaine », ndlr). Les autres déchets, ici, sont gérés par Sofovar, qui, et c’est un pur hasard, s’appelle aussi Eco-Pôle. Les deux projets se sont définis quasiment en même temps, mais l’un est né avant l’autre. Il n’y a pas eu de concertation, mais ce n’est pas un problème, finalement c’est une offre globale, les artisans pourront utiliser les trois pôles, la revalorisation, le recyclage et les matériaux.

C’est une franchise, ou une entreprise créée de toutes pièces ?

C’est une création, qui est le fruit de l’association de plusieurs entrepreneurs de BTP à Fréjus. C’est purement local. Le concept de « pôle » est un endroit où toutes les entreprises du BTP sont rassemblées en un même lieu, afin d’éviter des transports inutiles, à l’extérieur des centre-villes, ce qui n’était pas le cas il y a trois ans. On surfe sur les idées d’économie, d’écologie, ça colle totalement avec notre projet. C’est une structure ad hoc, créée pour porter le projet Eco-Pôle, sous la forme d’une SAS.

Vous allez recycler, et fabriquer. Parlons de ce que vous allez fabriquer.

Et bien nous avons deux unités de fabrication. La première va faire du béton, notamment à partir des déchets de chantier recyclés qui nous seront ramenés par nos clients. La seconde fera de l’enrobé, là aussi en partie avec de l’enrobé recyclé. D’ailleurs, j’en profite pour préciser que l’enrobé n’est plus fait avec du goudron depuis les années 70, mais avec des gravillons et du bitume.

Pourquoi avait-on besoin d’une telle structure à Fréjus, selon vous ?

Toutes les centrales d’enrobés dans notre secteur appartiennent à des grands groupes. Ces centrales sont situées dans le quartier de Boulouris. Il nous a paru judicieux de proposer à des entreprises indépendantes, souvent des PME, une unité de production au bord de l’autoroute détenue par des entrepreneurs locaux étant au fait des difficultés que rencontrent les sociétés indépendantes face aux grands groupes comme les garanties financières, etc. De plus, stratégiquement parlant, l’intégralité ou la grande majorité des produits bitumeux ne sont pas consommés sur Fréjus Saint Raphaël mais aux alentours. De fait, nos unités de production permettent de limiter les nuisances de transports en centre-ville de Saint-Raphaël et de Fréjus. A ce jour, des camions traversent les routes passant devant des écoles, les hôpitaux le tout en surchargeant la circulation déjà difficile de nos deux villes pour s’approvisionner alors que la consommation se fait dans les Alpes-Maritimes ou dans l’ouest du Var. Sans oublier que la grande majorité, 90 %, des entreprises BTP du bassin Fréjus / Saint-Raphaël sont situées au pôle BTP, au pôle d’Excellence, au pôle Production et au pôle du Capitou. Pour le béton, les difficultés de nos PME et de nos artisans concernant l’accès à des en-cours est aussi problématique, car les centrales appartiennent à des grands groupes nationaux ou internationaux ayant pour garantie des organismes bancaires limitant ces en-cours. C’est pourquoi de nombreuses centrales autonomes de chantier sont mises en place autour des bâtiments à construire, souvent en centre-ville, générant de nombreuses nuisances.

Qu’en est-il de l’unité de recyclage ?

Conformément au Grenelle de l’environnement, la directive européenne, 75 % des matériaux inertes doivent être recyclés. Il nous paraissait donc judicieux de mettre à disposition des PME locales une unité de recyclage permettant à terme de tenir ces objectifs. Sachant qu’à ce jour seul la Catalane à Draguignan et la carrière des Grands Caous à Boulouris sont capables de recevoir des décharges de classe 3 (matériaux inertes, ndlr). De plus cette unité de recyclage nous permettra aux travers de contrôle qualité, d’utiliser une partie de ces matériaux au sein des unités enrobage et béton.

Et les nuisances alors ?
Notre dossier d’autorisation a débuté il y a plus de quatre ans avec toujours en ligne de mire l’aspect écologique de nos installations. Peu d’unités de production sont complètements fermées, peu d’unités de production sont proches d’axes routiers importants, peu d’unités de production sont au sein des entreprises qui l’utilisent. De plus notre dossier a eu un avis unanime des services de l’État, ARS (Agence Régionale de la Santé, ndlr) compris. De nombreuses études quant aux nuisances possibles ont été effectuées : modélisation des émissions, des vents, des poussières, du bruit etc. Toutes ces valeurs sont bien en deçà des seuils réglementaires alors même que nous avions placé nos études dans le cas le plus critiques, comme si les unités fonctionnaient 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ce qui n’est évidemment pas le cas. De plus, nous avons proposé une participation active des riverains au travers d’un comité de surveillance alors que la loi ne nous y contraignait pas.
Vous comprenez les quelques inquiétudes ?
A ce jour, deux centrales d’enrobés et une centrale de béton sont proches du camping Douce Quiétude et du camping Caravaning de l’Estérel. Aussi, le nombre d’habitants autour de ces centrales est bien plus important qu’autour de notre site. Les centrales, au milieu de Natura 2000, une zone protégée, ne sont pas couvertes. Toutefois elles n’ont eu à ce jour et à notre connaissance aucun problème avec les riverains. Notre région ne vit que du tourisme et du BTP, les zone du Capitou et de Caïs doivent être l’exemple de cette cohabitation. De nombreux campings se sont installés il y a plusieurs années, le pôle BTP décidé il y a une dizaine d’années est une obligation afin d’assurer l’avenir de notre économie et de nos enfants. Concernant les riverains, il faut bien imaginer qu’au moindre souci d’exploitation, leur droit de contrôle sera préservé et que notre autorisation n’a de légitimité que si elle respecte les contraintes d’une exploitation en permanence contrôlée par tous les services de l’Etat.

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