Un collectif s’est rapidement monté quand la nouvelle de la construction d’un pôle béton et enrobé au bout du bout du pôle BTP. Un groupe de riverains mécontents, qui s’estiment mal informés, trop peu considérés, et lésés dans cette affaire de gros sous, d’intérêts commerciaux et de gros parpaings. Quoi qu’il en soit, le processus de l’éco-pôle est lancé depuis peu (en ce qui concerne la construction), mais le combat des « anti » n’est pas terminé pour autant. Entre convocation d’experts, lecture attentive de tous les textes, méfiance, prudence et sincère inquiétude, ils n’ont pas l’intention de laisser les deux centrales rentrer en fonctionnement si facilement.

En traître ?

Madame Laporte, qui s’est installée dans le quartier de Caïs il y a moins de 5 ans,  n’aime pas l’idée d’avoir été prévenue au dernier moment : « on n’était pas pris au sérieux, d’après le commissaire enquêteur. On nous a dit qu’on opposait des arguments sentimentaux à des points techniques très précis. Nous, on n’a pas été informés, si ce n’est par le biais d’un affichage et du journal. On nous avait dit à l’époque, qu’ici il n’y aurait que les services techniques et une cantine, que ce serait un espace où l’on pourrait respirer. On a fait confiance à ceux qui nous dirigent. Pour interdire l’accès au chantier il y avait des grilles, avant. Ils les ont enlevées juste après l’enquête publique. » Pas une véritable embrouille, seulement un petit jeu supposé avec les documents, les dates et l’opinion publique, que sa comparse Marie-Jeanne, elle aussi résidente du quartier, semble avoir du mal à avaler : « Ne serait-ce qu’au niveau des camions, l’étude d’impact n’est pas recevable, on n’a pas un calcul représentatif. Selon nos calculs, il devrait y avoir un camion toutes les trois ou quatre minutes. Ce n’est pas une carrière, ici, c’est un lieu qui est censé alimenter l’activité locale du BTP. Il y aura deux usines, ça fait une sacrée surface ! C’était soi-disant une zone HQE (haute qualité environnementale, ndlr). Ma grand-mère a acheté dans le quartier en 1938 »

C’est un problème de projet qui gêne madame Laporte : « le projet, c’était pas ça ! Ici j’ai acheté en confiance, j’aurais pu être plus proche du centre mais j’ai préféré l’air de la campagne. cette zone BTP est un endroit vivable, pour l’instant, même s’il y a de la pollution. » Et si les études menées par les laboratoires mandatés par les futurs exploitants stipulent clairement qu’il n’y aura aucun problème de pollution compte tenu des seuils de tolérance, Marie-Jeanne garde le cap et ne voit pas pourquoi ces études feraient foi : « elles sont basées sur des chiffres de 2008, à l’époque il y avait 2000 habitants de moins dans une zone qui en compte plus de 4000 aujourd’hui. Ils disent qu’ils ont modélisé les vents, mais ils ont fait ça sur des critères météorologiques qui sont les bons à 6km d’ici. Toutes les photos sont prises au ras du sol, comme s’il n’y avait pas de relief. Mais c’est une petite vallée, il y a du vent, ça remonte vers chez nous, et vers les campings ». Le vent, un vrai sujet de discorde pour madame Laporte, qui elle aussi réagit vivement : « elle nous semble bien légère l’étude des vents. D’autant plus qu’on sait que la région Paca est polluée. Je ne connais pas les détails techniques parfaitement, mais ce que je sais , c’est que l’étude d’impact ne prend pas en compte la population de 2016 mais celle de 2008. Je sais aussi que les gens qui se sont installés ici l’ont fait en croyant en un autre projet, que les centrales vont dégager des HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques, réputés toxiques pour la santé et cancérigènes, ndlr), et que même si les gens qui vont ériger ces centrales sont sérieux, ils ont peut-être été illusionnés par cette étude ».

Contestation

« Les riverains sont inquiets. En vivant ici on espérait vivre sainement, mais aujourd’hui on doute. Et nous nous battrons, même si nous sommes le pot de terre contre le pot de fer », déclare madame Laporte. Pour mener la lutte, elle compte sur le temps, la persévérance, et l’accumulation d’arguments. Ce qu’elle regrette, en revanche, c’est le manque de dialogue : « on ne nous reçoit pas, on ne nous entend pas, on veut nous rassurer mais personne ne le fait. » La question qui se pose, en revanche, c’est comment construire une centrale béton et enrobé, réclamée et voulue par les industriels locaux, ailleurs que dans un pôle qui est dédié à ces activités ? « On met à l’exposition des vents des écoles, la maison de retraite Lachenau, le camp militaire », nous explique madame Laporte. « Les centrales existantes, aux alentours, ne tournent qu’à 30% d’après ce qu’on sait. » Et même si les centrales basées à Boulouris cohabitent avec le lycée Stanislas et les campings qui sont proches, Marie-Jeanne pose la question : « vous pensez que ça se passe bien ? »

Quels peuvent être les résultats de ce combat ? « D’autres collectifs comme le nôtre ont gagné, parce que les enquêtes publiques ont été menées sur de mauvaises bases, et l’arrêté d’exploitation a été retiré. On sait bien qu’il n’y a qu’à Caïs qu’on peut encore construire à Fréjus. On commence tout juste à se structurer, on pensait que ce projet se ferait ailleurs, dans les carrières comme à St-Raphaël. Je ne suis pas une spécialiste, je suis une simple riveraine, et je pense que m. le Préfet a pris une décision sur une étude d’impact basée sur des données faussées. Vous imaginez, cet été ? Le tourisme va en pâtir, les camions qui circuleront sur ces routes qui ne sont pas faites pour ça, en plus des odeurs et des feux… Pour nous, il n’est pas possible de cohabiter avec cette centrale. Il y a même des assurances qui proposent des clauses pour nous dédommager si on rencontre des difficultés à revendre à cause de l’installation ». Et même si les riverains ne sont pas les voisins d’une future centrale nucléaire, c’est tout de même inquiets et remontés qu’ils espèrent peser dans un processus qui jusqu’ici n’a, selon eux, pas encore suffisamment montré patte (très) blanche.

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