Antoine Cucurullo, dit Nano, est au marché République depuis 50 ans. Véridique, une véritable institution. Il l’a connu ouvert, il l’a connu sous la pluie, il a connu les criéées. Il a connu ceux qui sont partis depuis longtemps. Aujourd’hui il cohabite avec toutes et tous, et de son propre aveu ça se passe plutôt bien. Malgré une pointe de nostalgie bien légitime, et un impressionant espadon qui fait peur aux gosses sur son étal !

Antoine, il a beaucoup changé, ce marché, depuis 50 ans ?

Oui, il était couvert, avant. C’est plus une halle qu’un marché. Les gens aiment bien parce que ça fait propre, mais l’ambiance n’est plus la même.

Elle correspond peut-être à un nouveau type de clientèle ?

Il faut reconnaître que le pouvoir d’achat a beaucoup baissé. 50 ans en arrière, on vendait un kilo de sardines 5 francs, maintenant c’est 7 euros. Mais c’est pareil pour tout, les légumes, la viande, c’est la même chose.

Vous avez vu des gens de plus en plus jeunes venir travailler autour de vous, ça se passe bien ? La cohabitation ?

Et bien oui, je trouve. Il reste quand même pas mal d’anciens, la bouchère Madame Lacroux est là depuis 50 ans, Babette aux légumes c’est pareil. Mais les jeunes s’adaptent plus vite que nous. Rien que l’euro ça nous avait bouleversés ! Dans l’ensemble ça nous avait fait beaucoup de mal, l’euro a été une catastrophe. Peut-être que ça arrangeait les grandes surfaces, mais pas nous. Parce qu’on reste un marché, même si on n’a pas d’étals en bois, etc.

Est-ce qu’un marché couvert comme aujourd’hui, ce n’est pas aller dans le sens de l’histoire ?

Vous savez, ici on a une clientèle de gens âgés. Ils n’ont pas l’habitude, pourtant ils en ont beaucoup, des habitudes. Leur fermer ce marché et en faire une halle, certes ça attire un peu plus les jeunes, mais ça perd nos anciens. C’est pas une ville de jeunes. Et en plus, il y aura bientôt deux marchés, alors qu’un seul aurait suffi, on aurait pu drainer tout le monde ici. En bas, ils vont créer des boutiques, ce ne sera pas du tout comme à Marseille, ou au cours Saleya à Nice, comme quand j’allais à la criée, à l’époque, il y avait une ambiance. Le marché de la plaine, c’est quelque chose, qu’il neige ou qu’il vente on s’en moquait, on était ensembles, on se faisait des merguez, et voilà. Mais bon, on peut quand même trouver de bons produits ici, là j’ai le premier espadon de l’année, et je pense que je ne le vendrai pas à un restaurateur, parce que ça, c’est trop compliqué, ils veulent les poissons taillés, et ils payent en deux mois, je préfère le vendre à un client qui passe !

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire