Il est mon pygmalion, ma muse, mon être mythologique. Celui sur lequel toute ma carrière se dessine en filigrane. Je l’aime de haine, il me hait d’amour. On se parle souvent mais on ne discute jamais. Lui, c’est Patrick Balkany. Un mec irréprochable, quand on l’écoute. Pourtant elle était bien à lui, cette maison au Maroc, payée par des capitaux bizarres, optimisés en loose-d par un organisme dont on ne sait pratiquement rien. Bref, elle était à lui, mais pas à lui, mais à lui quand même, tant que c’était pas écrit sur les papiers, ça va. Moi, cette semaine, j’ai bossé sur un documentaire de dingue, qui parlait de ça, des gens qui ont des millions, voire des milliards, mais qui payent moins d’impôts que mon voisin carreleur. Tout ça parce qu’ils ont les moyens de payer un type, qui paye un type, qui paye un autre type pour alléger leur facture fiscale en plaçant un pognon inquantifiable dans un pays insondable, où les banquiers pratiquent le théâtre de mime, et où les flics n’ont ni bras, ni jambes, ni fauteuil roulant électrique pour avancer. Panama, cette semaine c’est par là-bas qu’on a pointé le radar à salopards pleins d’oseille qui s’engraissent au mépris de la qualité de nos services publics. Je les déteste, si vous saviez à quel point. Je pourrais en tabasser un sans aucun état d’âme. Alors qu’eux, de leur côté, ne font même plus exprès d’être des arnaqueurs en col blanc. C’est à peu près légal, c’est un peu borderline mais pas assez pour être dangereux, c’est toléré en X mais pas en Y, mais toléré en X, bilan : ça passe, ça glisse, comme Alice. Alors on le fait, on suit les conseils de celui qui va gagner de l’argent en arrangeant les transactions, et on se fait installer une boîte aux lettres aux Îles Cayman en moins de quinze jours, comme ça, pour faire des économies. Pour mettre à gauche tellement de fric qu’on ne sait plus combien on en a. Pour ne jamais trouver le temps de le dépenser. Parce qu’en dehors de quelques rappeurs, de quelques sportifs et de l’ancien patron de Virgin Richard Branson, ils sont rares, les bourgeois créatifs. Vous savez, à la campagne, il y a des vieux propriétaires terriens qui s’inquiètent de savoir s’ils vont pouvoir manger à la fin du mois alors qu’ils ont 250 000 euros sur leur compte courant, des actions, des Sicav, un PEL, et même un livret d’épargne populaire depuis des lustres. Vous avez travaillé dans une banque ? Si vous l’aviez fait, vous sauriez de quoi je parle. Et pas dans un bureau, là-haut, dans un building à la Défense. Non, ici, dans le terroir, au guichet, comme un con.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire