Les Visiteurs : La révolution, est en fait un genre de Les Visiteurs 3,5. Le quatrième dans les faits, le troisième avec un semblant de scénario, en fait le second avec un peu d’intérêt, et il laisse, hélas, le seul premier film de 1993 détenir le statut de comédie hilarante, géniale et magnifique. La seule bonne nouvelle, c’est que le film ne pouvait pas être pire que « Just Visiting », la bouse infâme et indigne que le trio Poiré -Reno – Clavier avait exporté aux Etats-Unis, juste le temps de dépenser 35 millions d’Euros (pour 16 millions de recettes), histoire de faire peur à la Gaumont qui a vu de près le couperet de la guillotine (d’où « La Révolution », peut-être). Quoi qu’il en soit, les auteurs (et les acteurs) auraient dû laisser le premier opus là où il était, au panthéon des grands films comiques à la Française, sans essayer de lui donner une suite qui ne ferait jamais aussi bien. Surtout en inter-changeant Valérie Lemercier, extraordinaire dans le premier, avec Muriel Robin, nulle et totalement à contre-emploi dans le second. Et dans le même rôle, ce qui n’a aucun sens. Sauf que la vérité, c’est que l’intéressée n’a pas voulu tourner dans « la même chose en moins bien  » (Télérama). Et la suite lui avait donné raison, surtout que de son propre aveu, Muriel Robin a avoué s’être trouvée « à chier »(France Soir) et se « demande encore aujourd’hui pourquoi [elle a] fait ce film ». Bingo, on met le doigt sur la bonne question : pourquoi faire, un autre film ?

Le gendarme de St-Tropez, Massacre à la tronçonneuse, et même Terminator

Faire vivre des franchises à l’infini, c’est l’un des jeux favoris de l’industrie cinématographique. Quand la planche à billets tourne à plein régime sur un film qui fait date, les producteurs sont rarement rassasiés et pensent déjà à la suite. Et s’ils sont parfois de grands visionnaires en amenant sur le tapis des scénarios de suites à couper le souffle (Rocky II, Aliens, Terminator II, Retour vers le Futur II, etc), ils sont parfois les architectes d’un édifice qui ne tient pas debout, et qui ruine la réputation d’une saga qui n’avait jamais demandé à en devenir une. C’est avec ce faux potentiel chimérique en point de mire qu’ont été produits, pesons nos mots, quelques-uns de plus inimaginables nanards de l’histoire du cinéma.

Et parmi cet édifiant palmarès, comment ne pas citer les ineffables films qui ont suivi le très drôle et très réussi « Gendarme de St-Tropez »? Par quelle acrobatie intellectuelle Louis de Funès, Michel Galabru, Jean Lefèbvre et consorts se sont-ils retrouvés face à des extra-terrestres qui rouillent quand on les arrose ? Comment ont-ils fini par assister au mariage de Cruchot ? Et surtout, pourquoi…POURQUOI a-t-il fallu qu’ils soient poussés à la retraite par des gendarmettes, dans l’un des plus mauvais longs-métrages de toute la carrière du géant comique qu’était Louis de Funès ? C’est à se demander comment l’acteur le plus bankable des 70’s, qui adorait tout maîtriser, a accepté de s’embarquer dans un pareil rafiot. Et encore, sachez qu’on a échappé à « Le gendarme en Orbite », qui était l’idée de départ de Jean Girault et Jacques Vilfrid, les auteurs, qui ont finalement décidé de focaliser leur envie de continuer avec les extra-terrestres en adaptant « La soupe aux choux » de René Fallet. Le pied de nez de l’histoire, c’est que ce 6e Gendarme sera le dernier film de Louis de Funès (qui mourra trois mois après la sortie), mais aussi le dernier de Jean Girault, décédé pendant le tournage.

Les Américains aussi ont un don pour ruiner des idées lumineuses. Terminator n’avait absolument pas besoin d’un 3e volet ! D’ailleurs, qui se souvient de cet épisode tout pourri, sans Schwarzenegger, avec une fille dans le rôle du robot méchant, dont le seul pouvoir est d’être contorsionniste ? Nul, zéro, poubelle. Et encore, il ne s’agissait pas d’un remake, parce que pour ça, les Yankees sont définitivement les plus forts. Entre les adaptations douteuses de séries cultes, un peu fidèles au délire de départ (Miami Vice, The A-Team) ou complètement nazes et déviantes de l’oeuvre de base (21 Jump Street, Dukes of Hazzard), et les films faits, puis refaits, puis encore refaits (Spiderman, Massacre à la Tronçonneuse, Les Dix Commandements -deux versions de Cecil B. De Mille puis un semi-naufrage avec Christian Bale), ils sont pas mal non plus Outre-Atlantique. Et ils n’ont d’ailleurs pas peur de refaire des films encore et encore, sans jamais changer le scénario, et sans même imaginer l’histoire aller plus loin. C’est comme ça que les Body Snatchers ont eu droit à quatre films entre 56 et 2007 (on retiendra celui d’Abel Ferrara en 93), que Frankenstein ou Dracula ont eu droit à d’innombrables versions, et que même des films qui semblaient à l’abri d’une retouche ont tout de même donné lieu à des nouvelles versions, presque toujours en moins bien, comme « La planète des singes » (le Tim Burton est d’assez loin son film le moins réussi, d’ailleurs on s’en souvient à peine), « Fame » (en 2009, parfaitement), ou encore le catastrophique « Choc des Titans » de Louis Leterrier, en 2010. D’ailleurs, rappelez-moi de ne plus jamais aller voir un de ses films au cinéma, c’est encore pire qu’un Fabien Otoniente. Allez, peut-être pas, parce qu’avec celui-là, on en tient un bon, quand même.

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