Avec le weekend dernier la tenue du 114e Paris-Roubaix, nous est venue une question, avant même que les spécialistes de RMC Sport ou de l’Equipe 21 ne s’en fassent l’écho pendant des heures et des heures de débat passionné : ça ferait pas plus de 20 ans qu’on ne l’a pas gagnée, cette course ? Et bien non, figurez-vous. Mais ça fera 20 ans l’année prochaine, depuis que l’actuel directeur sportif de la FDJ, Frédéric Guesdon, avait banané le peloton dans l’enfer du Nord. C’était en 1997, on n’était pas encore champions du monde, Jacques Chirac découvrait encore le rôle de président de la République, et Ian Ullrich allait massacrer le Tour de France orphelin de Miguel Indurain et de la seringue volante Bjarne Riis. Cette époque-là était rigolote, pour les amateurs de pédale : on voyait des hérons taillés comme des frites surgelées appuyer sur les pédales comme s’ils avaient des corps en uranium appauvri, on montait l’Alpe d’Huez à 23Km/h de moyenne, en 6 minutes de moins que 20 ans plus tard. On ne connaissait pas tous ces délires de bus fouillés, de cars de flics, de grève des coureurs qui ne sont « pas du bétail » (dixit Laurent Jalabert en 1998, juste après l’affaire Festina). Nous on rêvait tranquillement assis dans le canapé, en bermuda Waïkiki, devant les forçats chargés à mort de la route. Et déjà à cette époque, Richard Virenque, le plus nandroloné des coureurs français, peut-être le plus naïf aussi, mais sûrement le dernier à nous avoir donné un vrai grand frisson bleu, blanc, rouge, se chargeait moins bien que les autres. Parce que le cyclisme, depuis plus de 20 ans, est un sport où la France perd. Grave.

Le sprint, et un peu les grands tours, mais pas assez.

Le problème majeur du cyclisme, c’est le même que celui du basket : sans une génétique de furieux, impossible de briller. Et là, pas question de mesurer 2m13, mais plutôt de développer une puissance de bœuf avec un corps de limande séchée. Et pour ça, il n’y a pas 36 solutions : être né avec des capacités de dingue, et s’entraîner comme un tordu. C’est ce que font les professionnels français du cyclisme, avec des écuries puissantes comme la FDJ ou AG2R La mondiale, qui sont cette année les deux équipes françaises du circuit World tour. C’est moins que les années passées, puisqu’il y en avait encore 5 en 2009. Et c’est peut-être déjà pas mal, quand on sait de quoi sont capables les coureurs français : gagner des étapes, souffler une classique par miracle, et figurer honorablement sur un grand tour. Et c’est tout.

Heureusement, la formation en France a quelque peu évolué. Avec Arnaud Demare et Nacer Bouhanni, la France s’est dotée de deux sprinteurs dignes de ce nom, capables, comme le premier cité, de gagner Milan- San Remo, une course promise aux gros cuissots dont le dernier vainqueur français était Laurent Jalabert en 1995. C’était donc encore plus vieux que Paris-Roubaix. Sprinter, pour gagner des courses, c’est pas mal. Mais pour gagner des courses par étapes, c’est plus compliqué. Pour cela, il faut grimper, et c’est la spécialité de Thibaut Pinot, de Pierre Rolland ou de Warren Bargill. Mais pour l’instant, à part le miracle Pinot en 2014 et sa troisième place, on n’imagine pas un instant que la France pourra remporter un Tour de France (le dernier c’était Bernard Hinault en 1985, et son faux fils Sébastien, coureur lui aussi, est déjà à la retraite. Triste).

Alors, est-ce que sur les pentes française, Froome est trop fort ? Est-ce que sur les classiques des Flandres, les Hollandais et les Belges vont laisser une place à un baroudeur à la française ? Pas sûr. Et cette tragédie sportive du cyclisme qui brille mais ne gagne pas, à l’image du tennis, risque de passer la barre des 40 ans sans même qu’on s’en rende compte. Parce qu’on commence à s’en foutre, et ça, c’est grave.

 

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