Mais c’est où, ce domaine de Château de Cabran ? Quand notre cher directeur de la publication a voulu m’emmener là-bas, moi qui n’aime pas le vin de surcroît, j’ai cru à un canular tellement la route est jolie. Je ne savais même pas que Puget recelait d’un tel capital paysager, un peu lunaire, un peu l’Amazonie, et sur place, après quatre ou cinq bornes dans le désert provençal, un endroit magique, vallonné, avec des vignes à perte de vue. C’est là, Château de Cabran, avec une jeune fille souriante et passionnée répondant au nom de Mélody Carrère, assistante du boss, pour nous parler d’un breuvage qui se mérite, mais qui semble-t-il, se taille une sacrée réputation dans le milieu des amateurs depuis plus de 30 ans. Allez, levez votre verre, je laisse ma part, profitez !

Mélody, tu peux nous raconter l’histoire de cet endroit ?

Le propriétaire est en fait l’un des enfants de la famille qui a racheté le domaine il y a déjà longtemps. Ici il y a 42 hectares dont 14 de vignes, pour donner un ordre d’idée avec un domaine assez proche, le Clos des Roses c’est dix hectares dont un peu plus de 5 de vignes. Ici il y a toujours eu des vignes, c’est une très vieille propriété. En 1979 Madame Christiane de Saint-Seine a décidé de quitter son ancien métier de professeur et de passer à l’exploitation viticole à 100% donc elle a tout arraché. Certaines parcelles cultivées datent de cette époque. Son frère Jean-Louis a repris la gérance jusqu’en juillet 2013. Il y a depuis les enfants de Christiane et de Jean-Louis qui sont en co-gérance, mais le gérant présent, c’est Renaud de Saint-Seine, et il travaille avec moi, son assistante, et Guillaume, qui fait le vin. On gère tout ça à trois.

Comment on gère tout ça à trois ?

C’est difficile ! Il y a deux chantiers qui prennent énormément de temps dans l’année, c’est la taille et l’ébourgeonnage. Pour s’en occuper on fait appel à un prestataire, qui fait la moitié, l’autre on la fait nous. C’est un ancien employé de Cabran, il a été ici pendant 16 ans, et c’est comme si on avait un autre employé pendant deux mois. Pour les vendanges, on fait appel à un autre confrère, qui vient avec ses machines, parce qu’on fait les vendanges mécaniquement. Mais ça nous prend quand même un temps fou, on y passe nos nuits ! Et on fait appel à quelques vendangeurs aussi, une petite équipe de 7 ou 8 personnes.

Ce mode de fonctionnement, c’est répandu ou c’est vraiment propre à Cabran ?

Rien qu’en y pensant une seconde j’en vois déjà 3 ou 4 !

C’est un monde concurrentiel, le vin local ?

Pas mal, oui, il y a déjà 8 ou 9 domaines à Puget, avec ce qui se passe juste à côté ça rajoute encore beaucoup de concurrence. Mais on essaye toujours de se démarquer, chaque domaine a ses particularités, et essaie de les exploiter au mieux, de les mettre en valeur.

Quelles sont celles du vin qui est produit ici ?

Le terroir est très atypique, il donne un vin très fin, pas d’acidité, pour faire des choses raffinées. C’est abordable, entre 6.50 et 12.80, on fait aussi un peu de vin de table. Et puis au domaine il y a beaucoup de chaleur humaine, les clients sont pour beaucoup des habitués, moi je suis tout le temps sur les lieux, il y a des liens qui se créent. On n’est pas en bord de route, très excentrés, le panorama est ici très particulier.

C’est vrai que vous êtes les seuls à être au bout de la Lieutenante !

Effectivement ! On a besoin de se signaler, il y a moins de passage, mais on a besoin de cette terre, de ce terroir, et pour les clients c’est pareil. Pour eux c’est très différent de la démarche d’aller chez un caviste. Et ils sont en recherche de ça, d’ailleurs 80% de nos ventes se font ici. Nous avons beaucoup de particuliers qui viennent et qui désirent ramener chez eux un goût qu’ils ont connu chez nous, pour retrouver ce terroir-là.

C’est difficile de se faire connaître, quand même, en étant là, si loin ?

On mise sur la pérennité de l’entreprise, qui existe commercialement depuis 1984, et puis on organise beaucoup d’événements, on se bat, on fait des buffets, des manifestations pour les enfants, on met des groupes de jazz, ça fait trois ans qu’on mise là-dessus, ça fonctionne.

Et ces 28 hectares en garrigue, ils vont devenir quoi ? Il y a des projets ?

Il y a moyen d’agrandir un peu, peut-être 4 hectares, pour faire plus de vin, mais cette quantité va créer des frais, il faudrait agrandir un peu la cave, mais ce n’est pas exclu. Pas pour l’instant, on met déjà beaucoup d’énergie à entretenir correctement les 14 hectares qu’on a déjà, c’est une ligne de conduite qu’il faut suivre pour continuer de produire du vin de qualité.

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