Derrière l’organisation de ce salon inaugural, on retrouve une dame qui n’en est pas à son galop d’essai en la matière. Sophie Healy, c’est la salon du mariage, c’est des palais gourmands, c’est des salons du bien-être, et c’est même la promotion du savoir-faire à la française par-delà l’Atlantique, aux Etats-Unis. Mais un salon « Made in France », elle ne l’avait jamais fait. Organisé rapidement, elle n’y a pas mis tout ce qu’elle voulait, mais elle n’y a surtout pas accueilli ce qu’elle ne voulait pas. Alors, comment ça marche, l’organisation d’une chose pareille ? Et pourquoi a-t-elle voulu se lancer là-dedans ? Et le made in France est-il vraiment un critère apprécié, recherché, plébiscité par les consommateurs ? Plein de questions qu’on voulait lui poser, et qu’on lui a soumis devant un café français, et un Coca bien américain, mais probablement fabriqué à Signes, dans le Var.

Qu’est-ce qui vous a pris, Sophie, d’organiser ça ?

Voilà une question intelligente ! Ça faisait quatre ans que je voulais organiser ce salon made in France, et je vais vous dire pourquoi ! J’ai organisé un salon à l’époque, où j’avais invité deux exposants qui avaient apporté des portails en fer forgé. J’en avais un qui descendait de l’arrière pays, avec un portail énorme, superbe, qui valait quand même un certain prix, et juste à côté, j’en avais un autre, avec un autre portail en fer forgé. Le sien était très beau aussi, mais 5 fois moins cher. Le premier pète un câble, il vient me voir, me demande d’où vient son concurrent qui casse les prix, etc. Je vais voir le second, qui m’explique qu’il fait fabriquer ses produits en Tunisie. Je ne dis pas que le forgeron tunisien était moins bon, mais je voyais bien que la qualité n’était pas la même et je me suis mis en tête de défendre le savoir-faire français. Je ferai un salon made in France ! Il n’est pas comme je voudrais qu’il soit vraiment, très diversifié, j’aurais voulu amener les tapisseries d’Aubusson, la porcelaine de Limoge, les mouchoirs de Cholet, un potier ou un ébéniste qui travaillent sur place, des démos, des choses comme ça…

On s’attend à ça, d’ailleurs, quand on vient.

Oui, mais je n’ai pas eu le temps. Il faut prendre sa voiture, ça ne se passe pas au téléphone, ça. Ces vieux métiers, il faut rencontrer les artisans, gagner leur confiance. Ilo y en a beaucoup qui sont découragés.

La bonne nouvelle c’est que certains métiers actuels font aussi la part belle à la fabrication ou au savoir-faire français.

Voilà. Les voitures, par exemple, comme la nouvelle Méhari électrique, c’est fait en France, je leur ai dit, à tous les concessionnaires, je ne veux que des voitures faites en France, les autres, laissez-les dans vos garages. Il y a bien évidemment beaucoup de gastronomie, mais pas trop, parce que ce n’est pas l’objet du salon. Je ne voulais pas faire d’ombre à ces salons-là. On trouve pas mal de petite industrie, couvreurs de piscines, stores. Ils se différencient de ce qui se fait en Chine.

Une vraie différence ?

J’en reviens à ces portails. Ils ont failli se battre ! Je suis allé voir le ferronnier français pour le raisonner, « reconnaissez que cet artisant tunisien fait le même métier que vous ! », il m’a répondu « madame, les soudures qu’il y a sur ce portail vont tenir 5 ans, les miennes sont garanties à vie. Là-bas ils font ds soudures légères pour économiser les coûts de transport. » Donc ça ne vient même pas de l’artisan, mais c’est une histoire d’argent.

Est-ce que le problème de la production française, ce n’est pas qu’on peine de plus en plus à voir la différence ?

J’en suis certaine, qu’on voit la différence. Passez devant une résidence avec du gazon synthétique ou des haies qui vienent de chine, elles deviennent bleues. Rien qu’au toucher, un gazon synthétique fabriqué par des français, on le reconnaît. Et je m’en sers beaucoup, sur mes salons, de gazon synthétique qui vient de Chine. C’est trsite, on se fait copier, on se fait piller, en moins bien, notre savoir-faire s’en va.

Vus qui vivez aussi aux USA, ils ont le même problème, là-bas, avec les produits chinois ?

Pareil, ils sont envahis. Les Américains ne sont pas comme nous, ils prennent des mesures. Ils n’y a que 30% de voitures étrangères, là-bas, c’est une loi. Mais sur le textile, par exemple, China Town à Los Angeles, c’est de la folie. J’ai amené des photos de robes de mariées à 70 dollars là-bas, pour les montrer à mes exposantes du salon du mariage, ici. La même robe en France, en apparence, 1000 euros. Et celle à 1000 euros vient aussi de Chine ! Alors il y a des différences, on colle les perles au lieu de les coudre. Moi je les défends ces petites, elles passent des nuits en,tières à coudre, il faut sauver ça.

C’est pas peine perdue ?

Je fais le salon du mariage depuis 15 ans, et toutes celles que j’ai connues sont toujours en business, c’est bon signe. D’ailleurs j’ai envie de les promouvoir aux US, je m’y suis mise.

Est-ce que le consommateur français a envie de consommer patriote ?

On s’y remet. Je le constate quand je vais au supermarché. Ces porcs qui viennent de Roumanie ou d’on ne sait où, alors que nos bretons crèvent de cette concurrence. Tous ces produits qui viennent d’Espagne, traités en pesticides, qui cassent les prix…Je vis de plus en plus de monde qui regarde ça attentivement et qui retournent vers les produits français. Ils ne le font pas pour tout, mais quand même, c’est notable. On est au pays des citrons, et on trouve des citrons d’Argentine. Même au marché, à Cannes, de l’ail de Chine, une honte, non ?

C’est difficile de trouver les exposants ?

J’ai eu beaucoup de demandes de la part de ceux qui proposent des produits gastronomiques. Mais je voulais de la diversité, pas seulement de l’alimentation ou de la rénovation de bâtiment. Se diversifier a impliqué d’aller à la pêche, j’étais sur la route tous les jours. Là j’ai un an pour préparer le prochain, je vais faire le tour de France pour amener de belles choses ici. J’ai vu des gens peindre de la porcelaine avec de la poudre d’or, récupérer cette poudre sur des pinceaux, j’ai vu travailler des dentellières, c’est incroyable.

Ce sont des choses qui vont toujours plu ?

La minutie se perd, le monde change, on ne prend plus le temps de rien, même pas d’élever ses enfants, ils sont à la crèche au bout d’un mois. On préfère travailler pour gagner de l’argent, parce qu’il faut dépenser, surtout dans cette région. Pourtant, même si elle a ses défauts, j’ai envie de promouvoir la région PACA, et je vais essayer de le faire dans un salon à Las Vegas !

On fabrique des choses, en PACA, ou ce n’est que du tourisme et du service ?

Tout ce qui est ici vient de la région. Je fais d’abord passer en priorité les artisans de la ville qui reçoit le salon, et je note tout ! Ce n’est qu’après que j’agrandis le périmètre. Ils viennent certes d’un peu partout, mais ça reste régional, et il n’y a pas que du service, il y a aussi de la fabrication !

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