07Lors de la finale de la coupe de la Ligue, c’est un stade complet qui a hué Maître Gims, alors que ce mec vient palper 50.000€ pour chanter 3 titres sur le terrain avant le match, exclusivement pour les gens ayant acheté leur ticket et avec un dj qui n’a même pas pris la peine de brancher ses platines. Pourtant Maître Gims fait partie des meilleurs vendeurs d’albume avec Soprano, Black M ou encore Kendji Girac en 2015. Alors pourquoi Maître Gims et par extension, comment le rap français en est arrivé là?

Bon alors pour commencer, en France, on est des champions du mauvais goût niveau musique. Preuve en est que dans la liste des singles les plus vendus on retrouve Licence 4, Vincent Lagaf, Bratisla Boys ou encore O-zone. Je n’ai même pas besoin de vous dire qui sont ces gens, vous avez de fortes chances d’avoir leur album à la maison vu les chiffres annoncés. Alors que dans les années 70, nos voisins se payaient du bon temps à coups de Beatles, de Led Zeppelin ou de Black sabbath, chez nous, on voyait l’ascension fulgurante d’un petit blond qui est l’un des champions historiques des reprises de morceaux anglophone en français (titre remporté haut la main par notre Johnny national qui a carrément une page wikipédia dédiée à cette spécialité). Bref, en France, on en chie. Et c’est pas les mélomanes ou amateurs de musique qui peuvent lutter car eux, mis à part faire naître des légendes de la musique, ils sont bien trop minoritaires pour faire de leur passion une vraie économie musicale.

Car oui, nous arrivons au chapitre sur l’argent. Maître Gims est une véritable pompe à fric. J’entends par la qu’il en gagne mais surtout, il en fait gagner beaucoup aux gens qui le côtoient. Il doit sa réussite à son omniprésence médiatique. Omniprésence qu’il doit simplement à la politique des majors.

Début des années 90 et jusqu’à la fin de l’ère Nirvana, les grandes compagnies du disques signaient le tout venant. Pour ne pas rater le prochain Nirvana, mais surtout pour avoir les émulations d’un monument. Je m’explique : quand Nirvana explose, la scène de Seattle n’est pas connue, et pourtant il y en avait, du beau monde. Alors les boîtes de prod’ ont décidé d’envoyer tous leurs directeurs artistiques là-bas, avec une mallette, de la paperasse et un stylo. Si au bar du coin ça sonne correctement, alors le DA va voir le groupe et le signe tout de suite. Parce que cette industrie n’existe que grâce au facteur chance. Dans les centaines de contrats conclus, il y a un artiste du style Madonna, qui va compenser les pertes de tous les autres, et faire grimper dans le positif le chiffre d’affaires de la maison de disque. Alors tout le monde avait sa chance.

Quelques années auparavant, les compagnies s’appelaient Atlantic, Motown ou Stax. Eux avaient encore un autre système : le système familial. Berry Gordi savait faire de l’argent avec des chanteurs, alors il en prend un, le colle avec un autre, demande à un troisième d’écrire les paroles et réveille son groupe de musique qui vit dans le studio pour faire un single avec la marque de la Motown. Diana Ross, c’était la secrétaire, Les Temptations c’était pas top, David Ruffin c’était pas top, mais quand Berry dit à David de rejoindre les Temptations ça cartonne. Mieux connaitre ses artistes c’est mieux les vendre. Encore faut-il avoir une oreille. Et bien sûr l’entreprise doit rester « à taille humaine »…

Aujourd’hui l’heure est au toyotisme dans la musique : stock zéro, flux tendu. On ne peut plus se permettre de parier sur tel ou tel artiste sous prétexte que musicalement ça sonne. Faut remplir son frigo, et payer ses impôts, alors on peaufine, à coup d’étude de marché, de sondage, LA star qui va plaire non seulement à la ménagère, mais aussi à son enfant, son mari, ses voisins etc, etc. Le but ultime c’est de rentrer un single dans les mariages. Puis qui dit stock zéro dit économie. En propulsant un artiste dans chaque catégorie musicale, on dépense moins, on peut se lâcher un peu plus en communication. Ça a franchement commencé avec Britney Spears : tout à coup on a eu le droit à Shakira et à Christina Aguilera. Des blondes, des voix, des post ados, de la surproduction et de la surmédiatisation. Le top du top c’est qu’on ne se colle plus une batterie de débile par pack de 6 pour faire un boys band qui ne plaît qu’aux gamines pré-pubères, là elle est sexy pour papa, elle a une belle voix pour maman, elle est b***e pour le petit et elle a un grand cœur comme tous les modèles de vie de la petite. Et les chaînes tv, et les radios applaudissent des deux mains. Plus besoin de se baffrer des centaines de morceaux, une playlist programmée, payée par Universal et hop le tour est joué. David Guetta va passer toutes les 30 minutes en spot tv, en single radio edit, en fond musical pour une boisson sucrée etc etc.

Et donc…

Alors pourquoi Maître Gims? Ce type est entre les trois modèles. Découvert avec Sexion d’Assaut, sa boite de prod’ s’est dit « tiens, tu devrais faire une carrière solo ». Ça coûte moins cher, ça lui enlève le côté misogyne et homophobe du groupe et en plus c’est le seul qui sait à peu près chanter. On lui colle une aide aux paroles et hop! Maître Gims se prend pour un manouche et chante Bella. La boite de prod’ envoie du lourd pour la promo. Ça prend, les gamines rejouent le morceaux avec la folk premier prix achetée à carrefour pour Noël. Maman trouve que c’est une belle chanson, papa secoue la tête, le mec en chien en boîte se dit qu’il a moy’ de se frotter un peu à de la meuf avec une chanson qui le fait passer pour un mec sensible, le petit veut faire plaisir à la nana qu’il aime bien dans sa classe. Tout le monde est content. En gros on n’écoute plus la musique, c’est juste fait pour danser, et si dans le tas, quelqu’un – pour le bien être de son gosse – lit les paroles, il est rassuré c’est une histoire d’amour. Et des Maître Gims, il n’y en a qu’un, enfin presque. De l’autre côté il y a 1995 qui marche bien, du coup on demande à Nekfeu de faire une carrière solo, mais lui plus réac dans les paroles, pour pas qu’on dise qu’il fait la même chose.

Mais là-dedans où est le modèle des années 90? Bah il est dans le fait que IAM et NTM ça a marché, et que depuis, les DA ont tenté des trucs : le ministère AMER, 113, Zebda. Des groupes mais qui marchent sur du one shot et surtout sur les morceaux les plus nuls de leur répertoire. « Tomber la chemise » ou « Tonton du bled » c’est plus grand public que « Ma benz » mais c’est quand même moins rigolo.

Petite nouveauté made in 2010, Maître Gims comme les autres font dans le goodies extrême. Alors qu’avant on se pointait à un concert pour avoir un beau t-shirt du groupe dont on est fan, là c’est carrément des collections de prêt à porter qui sortent. Parce que le mec sait très bien, au fond, que c’est une brêle musicale, il a déjà trouvé sa reconversion (comme les autres.). Du coup, c’est moins ringard que le Tees noir avec Maître Gims en photo, tout le monde peut en porter, parce que c’est bien taillé et que ça rassemble un peu.

Et Maître Gims chante du Pavarotti sur France 2, et Maître Gims est la cible de toutes les moqueries quand on parle de musique, et Maître Gims fait vomir un stade entier. Pourquoi Maître Gims? Parce que c’est de la merde et que finalement depuis le temps, on l’a aussi mérité!

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire