Comment ? Quoi ? C’est George Miller le président du jury ? Et ouais ! Le réalisateur-créateur-producteur-pas acteur mais il aurait dû de Mad Max est le patron, cette année, d’un jury qui sera, pour une fois, soumis à l’examen d’une liste de films qui s’annoncent plutôt intéressants, et surtout, moins ampoulés, moins cérébraux, et surtout, moins « de niche » que d’habitude. Avec au générique les Frères Dardenne, Sean Penn, Nicolas Winding Refn ou encore Pédro Almodovar, les festival de Cannes 2016 mélange plus habilement qu’à l’accoutumée le cinéma ultra-confidentiel et les œuvres grand public, comprenez, celles que le public lambda est susceptible d’aller apprécier en salle, et pas simplement le soir, tard dans la nuit, par un malheureux hasard insomniaque sur une chaîne franco-allemande.

Revue d’effectif !

C’est peut-être lui qui sera la vedette de ce festival. L’ex de Madonna, l’humanitaire, le patriote Sean Penn, qui a toujours quelque chose de fort à raconter lorsqu’il se lance dans la réalisation d’un nouveau long-métrage. La dernière fois qu’il avait cartonné au cinéma, c’était en 2007 avec Into The Wild, qui presque dix ans après reste gravé dans toutes les mémoires comme une oeuvre qui aura initié plusieurs choses : la carrière d’Emile Hirsch, le succès interplanétaire d’Eddie Vedder sans Pearl Jam, et surtout, la création d’une fan-base pour le côté pile de Sean Penn, le conteur, qui sait s’approprier une histoire pour la mettre en images. Sean Penn s’était placé avec ce road-movie d’un genre très particulier, dans la droite lignée du géant Clint Eastwood, à qui il avait emprunté certains codes, et un sens aigu du désir de bien faire. Belles images, belle musique, et une histoire incroyable. Ce sera la même chose, à n’en point douter, avec The Last Face, qui oppose et réunit (oui, oui) Charlize Theron et Javier Bardem dans une crise horrible, celle du Liberia, lors d’une mission humanitaire dans laquelle leur couple est confronté à leurs divergences de point de vue sur les bonnes méthodes pour aider le peule à s’en sortir. Bref, ça s’annonce puissant.

Un film français dirigé par le réalisateur de Basic Instincts et Robocop, vous y croyez ? Et bien vous devriez, parce que c’est bel et bien Paul Verhoeven qui dirige le duo Isabelle Huppert/Laurent Laffite dans Elle, un thriller à la française, mais probablement pas tant que ça. Et si cette histoire de femme sûre d’le et dominante, traquée du jour au lendemain par un furieux, était enfin la passerelle que l’on attend entre les prises de tête typiques du cinéma français, et l’entertainment à l’américaine ? C’est en tous cas un espoir légitime, même si Paul Verhoeven a quitté le haut du box-office depuis plus de 16 ans, puisque depuis Hollow Man en 2000, le Hollandais n’a que très peu tourné, et n’a réalisé que des films confidentiels.

L’OVNI Winding Refn

Et si le réalisateur de The Neon Demon créait la surprise avec son nouveau brûlot ? Car c’est bien d’un film contestataire qu’il s’agit, qui dénonce le culte absolu de la beauté dans le milieu du mannequinat. Au cœur du projet, Elle Fanning, qui essaie de percer dans l’univers de la mode, et qui va se heurter à toutes les jalousies possibles et imaginables. « N’essayez pas de comprendre les mannequins, elles se comprennent entre elles et elles se détestent », aurait pu déclarer Al Bundy. Et bien c’est exactement de ça que traite le film, avec une esthétique un peu cybernétique, très froide et très lisse, dont le réalisateur a fait sa marque de fabrique depuis le succès de Drive. On l’attend au tournant, et ça pourrait faire sensation.

Et les autres ? Et bien les autres, ils ne sont pas là pour piler des glaçons et servir des mojitos au Martinez. Pedro Almodovar est toujours très prolifique, et il sera cette année sur la Croisette pour défendre Julieta, une comédie dramatique qui met en scène surtout des femmes, qui comme par hasard, sont toutes très belles. Jim Jarmusch revient avec un film qui s’annonce étrange, Paterson, qui met en scène un poète obsessionnel (encore un de ses anti-héros qu’il aime bien, depuis toujours). Et puis Jeff Nichols retente le pari des conflits sociaux avec Loving, sur une partition différente du génial « Mud », mais avec un peu les mêmes ingrédients. Bon évidemment il y aura aussi pas mal de cinéma français, avec Nicole Garcia ou Olivier Assayas par exemple, et puis des films ultra-pointus comme Forushande (la caution iranienne du festival de Cannes, il en faut toujours un, de film comme ça, important sur le plan de la liberté d’expression et des droits de l’homme mais complètement dispensable pour les amateurs lambda -oui, on y va franchement), ou un film de Ken Loach, I, Daniel Blake, avec du chômage et des trottoirs gris. Voilà pour le menu, qui annonce de belles sorties en salles pour les semaines et les mois à venir !

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