Ils travaillent dans l’artisanat, ils se forment entre eux, ils se transmettent leurs savoirs, ils ont des principes, une identité, un héritage séculaire. On sait plus ou moins ce qu’ils font, mais on ne les connaît pas si bien que ça. Qui sont les compagnons du devoir ? Nous avons profité de leur présence à la Fête des Plantes de Fréjus pour en cuisiner un, ou plutôt une, Amélie, tailleur de pierres de 26 ans, qui nous a tout raconté sur son parcours singulier d’artisan super compétent. Parce que sinon, t’as pas le label, enfin, vous allez comprendre.

Qu’est-ce que c’est, un compagnon, Amélie ?

On est une association qui regroupe les jeunes issus de différents métiers, et c’est aussi un centre de formation. On passe par un CFA classique, puis ensuite on entame un cursus bien spécifique, qui s’appelle le Tour de France, une fois qu’on a passé le CAP. Chez nous il y a 27 métiers, avec des centres de formation disséminés dans toute la France.

On entre chez les compagnons en même temps qu’au CFA, donc ?

On sait qu’on se forme chez les compagnons. Mais on ne le devient pas encore. Il faut ensuite qu’un compagnon de sa branche reconnaisse notre savoir-faire. Moi je suis dans ma dernière année, donc c’est fait.

Que font les tailleurs de pierre à la Fête des Plantes ?

Je suis juste venue donner un coup de main à un collègue paysagiste, et puis les choses en amenant d’autres, j’ai proposé de venir montrer un peu ce que sont les pierres, le minéral.

C’est pas un métier du passé, tailleur de pierres ?

On a été catalogués « activité en voie de disparition », c’est un peu ancestral, oui ! J’ai démarré ça à 19 ans, c’est le matériau qui m’a beaucoup parlé. J’ai toujours travaillé un peu avec mon père qui était maçon, le côté manuel m’a toujours plu. Et puis ce matériau est intemporel, on s’en sert toujours, mine de rien. C’est une trace de nous, quand on rénove une église, dans 100 ans notre travail sera toujours visible. Chez les compagnons il y a des gens très doués, mais c’est parce qu’on s’en donne les moyens. La formation dure très longtemps, ça fait 8 ans que je suis là-dedans et je viens à peine de finir. On est des bons ouvriers parce qu’on le fait sérieusement, travaille en entreprise la journée, les cours théoriques le soir, et le weekend on travaille notre métier. Les anciens encadrent les plus jeunes, ça fonctionne très bien.

C’est déracinant, quand même, non ?

Je pense que ça fait énormément de bien. Je suis allée à Nîmes, moi la normande, mais j’en avais besoin. Il y a des jeunes qui sont prêts très tôt à partir, dès 15 ans, on peut aussi trouver des stages près de chez soi. Mais on peut aussi habiter dans le réseau des maisons de compagnons, il y en a un peu partout en France, ça ressemble à des foyers de jeunes travailleurs, mais tous dans le même domaine.

Et est-ce qu’on en sort, un jour ?

C’est très facile, j’aurais pu le faire il y a quatre ans. Il n’y a aucune obligation, on ne s’engage qu’envers nous-mêmes. On ne paye pas une formation, sur le Tour de France, on ne paye qu’un loyer. Nos contrats d’apprentissage sont faits pour que nos formations soient payées, en général. Quand on devient itinérant on bouge tous les ans, et à la fin on réalise une pièce, notre « chef d’oeuvre », et on est reconnus par nos pairs. Ensuite, une fois qu’on est compagnon, on transmet notre savoir, c’est notre fonctionnement de base. Je ne me vois pas dans les maisons toute ma vie, mais transmettre, aucun problème. Cette notion nous est très chère et c’est ça, qui me plaît.

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