Il est arrogant, il est surpuissant, il paraît qu’il est beau, il est en tout cas gaulé comme un spartiate quand il est en slip, et il y a son nom systématiquement écrit sur l’élastique. Cristiano Ronaldo vient, une fois encore, de remporter la Ligue des Champions, la plus prestigieuse des compétitions de club. Et ce n’était pas gagné, puisqu’il a fallu pour cela que le Real de Madrid, son club, le plus mythique qui soit, se débarrasse de la pire équipe possible à rencontrer dans un match au couteau : l’Atletico. Un cadeau pour personne, cet assemblage de furieux dirigé par un malade mental de la défense, Diego Simeone, l’ancien milieu de terrain le plus lent de la planète. Bref, au milieu d’une myriade de stars qui ont, une fois de plus, accédé au trophée suprême, il y en a une qui brille plus fort que les autres : le deuxième meilleur joueur du monde, et pourtant le plus balèze intrinsèquement, un certain Cristiano Ronaldo, le mec aux slips.

Le plus fort en tout

Pour savoir qui est le meilleur joueur du monde, il y a deux méthodes, à la fois contradictoires et complémentaires. La première, à l’ancienne, c’est d’observer les suiveurs et de suivre les observateurs. Si on écoute les médias du monde entier, tous sont quasiment unanimes : Messi révolutionne la façon de joueur au football parce qu’il est la pièce maîtresse d’un incroyable collectif, et qu’il est petit, teigneux, silencieux, et statistiquement incomparable avec le reste de la planète (100 buts en une année civile, on va se détendre). Et face à lui, il a un bellâtre, une sorte d’icône gay de la mode épilée au cordeau (ou à la lumière pulsée, il en est capable), qui fait attention à ses cheveux, ses dents, ses fringues, ses meufs, et ses stats. Qui surpasse le petit argentin de mille lieues en ce qui concerne les capacités athlétiques, c’est une évidence. Plus rapide, plus fort, plus à même de gagner un match tout seul, de marquer des coups-francs de 42 mètres, et de planter 50 buts en une saison sans qu’on l’aide. Mais voilà, il n’a pas autant de ballons d’or, et ça, quand on juge un joueur « à l’ancienne », c’est le couperet. Il est moins fort. Après, il y a la deuxième méthode, celle de Football Manager et de Fifa, le jeu vidéo. Et là, c’est le carnage : pour gagner, il te faut CR7 dans ta team, parce qu’il court plus vite, frappe plus fort, dure plus longtemps, bref, c’est le « perso » le mieux taillé pour la victoire.

Et pourtant…

Et pourtant, on ne l’aime pas. Ou peu, ou mal, ou en tous cas rarement. Enfin, « ON »…le monde des amateurs de foot adultes ne l’aime pas. Justement parce qu’il est énervant de puissance et d’aisance. Parce qu’il n’a jamais fait preuve d’une grande intelligence ou de sympathie extrême. Parce qu’il n’est pas drôle, en fait. CR7 est un mec sérieux, qui bosse, qui performe, et qui nous divertit sur un terrain autant qu’il nous ennuie dans la vie. Il n’est pas spécialement discret comme sait l’être son rival du Barça. Ronaldo s’affiche en 30 mètres de haut sur un mur au Portugal, et en slip. Il roule dans des bagnoles énormes, se tape des mannequins, des actrices, des chanteuses, et même des grosses nazes qui ne savent rien faire, mais qu’on paye pour ça alors qu’elles ont déjà du blé à en crever (Paris Hilton, souvenez-vous). Alors on ne l’aime pas, non, en général. Et pourtant il cartonne, il gagne, il fait rêver les gosses, parce que c’est un super-héros. On imagine qu’il peut mettre un but à chaque fois qu’il touche le ballon dans la moitié de terrain adverse d’une équipe, et ça, c’est sûrement le seul dans le monde à le faire. Il suscite la crainte, la haine, la colère, le mépris, la fascination, mais rarement, très rarement l’amour. Trop fort, trop longtemps ? C’est pas un crime. Trop lisse ? Trop gay-friendly ? Les hooligans ne sont plus aussi bêtes qu’avant, quand même. Peut-être qu’il n’est finalement que le prototype sur lequel sont calqués les « mauvais » clones que le football mondial a fabriqués, des mecs avec des coupes zarbis, qui galopent et frappent comme des mules, mais en moins bien que lui. Mais qui gagnent des millions, sont stupides, jouent dans des clubs de chèvres, ne gagneront jamais rien, et n’ont pas la moitié de son talent. Alors voilà : pot commun, et tant pis pour le modèle numéro 1. Qui a gagné la ligue des champions, encore.

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