Il a régné sur la NBA pendant tellement longtemps qu’on ne se souvient presque plus des gens qu’il a poussé dans l’oubli, en tous cas dans une prison sportive qui aura terni des talents monstrueux. Michael Jordan a réinventé la façon de jouer au basket, à tel point qu’avec la retraite de Kobe Bryant, on s’est demandé si le seul héritier digne de ce nom qu’il ait jamais eu n’avait pas tiré une seconde fois la révérence du maître du monde de la balle orange. Aujourd’hui, Steph Curry, Lebron James ou Damian Lillard écrivent leurs pages, et elles sont belles, mais ce n’est plus la même époque. Le jeu est plus large, plus rapide, plus athlétique. Jordan a écrasé une époque où le basket NBA commençait à peine à filtrer à travers les médias internationaux, et il a posé, en 1992 à Barcelone, le basket américain tout en haut de la pyramide du sport mondial. Les extraterrestres avaient débarqué aux JO, et personne ne savait à quel point une équipe pouvait dominer un sport. Jordan l’a fait, avec des coéquipiers en équipe nationale, qui étaient ses souffre-douleurs au quotidien, dans la ligue nord-américaine de basket. On a sélectionné six joueurs qui auraient pu faire tellement mieux, si un être surnaturel n’avait pas ruiné leur armoire à trophées. Et pour fêter les playoffs qui sont actuellement dans une phase de guerre de tranchées sans merci, c’était le moment ou jamais !

1 – Charles Barkley

S’il y en a bien un qui aurait voulu naître à une autre époque pour briller plus, c’est bien lui. Sir Charles est l’un des meilleurs potes de Michael Jordan, et c’est peut-être ça qui rend leur dualité si spéciale. La même taille, le même âge, la même promotion de draft, mais pas du tout le même parcours, ni le même poste. Barkley, c’est l’antithèse de Jordan : dur sur l’homme à un point rarement égalé, bagarreur, carnassier, bouffeur de rebonds, c’est dans la soute que Sir Charles brille le plus. Pourtant il score à crever, 22 points de moyenne dans sa carrière. Il dunke sur la tête de tous les pivots de 2m13, il s’achète même un shoot à force de galérer avec ses Sixers, pour essayer de faire un peu mieux en post-season. Après la retraite de ses deux mentors à Philadelphie Julius Erving et Moses Malone (rien que ça), Barkley s’envole pour Phoenix où il réussira à retrouver Michael Jordan dans la finale 93. Un game 2 dans lequel les deux patrons scorent 42 points chacun, des matches serrés, mais les Bulls qui mènent 2-0 ne laisseront rien passer à des Suns qui auront pourtant arraché le match le plus serré, peut-être, de l’histoire des finales NBA, un match 3 à Phoenix en double prolongation, dans le quel His Airness a pourtant inscrit 44 points. Ce jour-là, Barkley aurait déclaré « il faut bien que j’admette que ce type est plus fort que moi ». Une fin de carrière chez les Rockets, jamais de titre, mais une légende écrite en gras pour un joueur atypique, attachant, et tellement athlétique que c’en était flippant.

2 – Patrick Ewing

Les Knicks ne battent jamais les Bulls. New-York Vs Chicago, c’est un peu le PSG – OM des années 90. Les deux sont très forts, mais n’ont pas du tout la même manière de jouer, et quand le PSG aligne George Weah aux portes du sommet de son art (il sera ballon d’or juste après, avec le Milan AC), l’OM est au taquet, avec Rudi Völler en pointe, Deschamps au milieu de terrain, Blanc et Dessailly en défense. C’est juste un peu plus fort, et ça passe. Chez les Bulls, c’est pareil. Jordan fait un peu mieux que Pat Ewing, dans une opposition qui n’est jamais directe, mais qui sonne toujours le glas des espoirs du grand pivot taillé comme un triangle. Des éliminations en playoffs quasiment tous les ans, des humiliations à la pelle au Madison Square Garden (on se souvient des 55 points de Jordan lors de son premier comeback avec le numéro 45 dans le dos), et surtout, un constat terrible pour les Knicks : jouer comme les Bad Boys de Detroit, qui avaient contenu les Bulls en 89 et 90 avec une défense à la limite de la légalité, un Rodman en chien et un Bill Laimbeer en Hulk Hogan des parquets, ça ne marche plus. Alors Patrick Ewing ne gagnera jamais son titre, même s’il a eu une vraie chance, dans la finale 95, face à son homologue Hakeem Olajuwon, juste un peu plus fort que lui. A peine.

3 – Dominique Wilkins

Le joueur le plus athlétique, le plus puissant, le plus spectaculaire de l’ère Jordan, c’est probablement lui. Le basketteur au surnom le plus classe de l’après-guerre (The Human Highlight Film, what else ?) n’a jamais été au sommet des classements, ni même crédible en tant que candidat au titre NBA. Pourtant, c’est avec des stats de mammouth et un style de jeu beau à pleurer que le natif de Paris (d’où son prénom français) sévit sur la ligue. Son équipe des Hawks ne fera jamais mieux que gagner la division centrale, mais lui, il écrabouille des dunks tous les ans, en scorant plus de 20 000 points en carrière, et ça, à l’époque, ils n’étaient que 17 à l’avoir fait (Michael Jordan sera le 18e). Il est meilleur scoreur NBA en 1986, gagne deux fois le concours de dunks, mais perd les deux concours en finale contre qui vous savez, avec ses dunks depuis les lancers-francs. Il ira ensuite glander un peu du côté des nazes(à l’époque) des Clippers, puis de San Antonio ou de Boston, où il ne gagnera jamais rien non plus, parce qu’il est, pas de pot, dans les mauvais cycles de ces équipes qui ont pourtant raflé des titres à la pelle. Il se distinguera au Panathina¨kos, en Europe, avec une Euroligue et un titre de MVP en 96. Parce que quand même, c’est Do Wilkins, un génie du basket, et peut-être le dunkeur le plus incroyable de l’histoire ! Demandez à Vince Carter ce qu’il en pense !

4 – Karl Malone

Quel gâchis, la carrière de Karl Malone. Non pas qu’il soit complètement passé à côté de la possibilité d’entre dans la légende, il y est bien campé sur les appuis, et ses 36 928 points en carrière plaident pour lui. Mais le deuxième meilleur marqueur de l’histoire de la NBA n’a pas su saisir sa chance quand elle est passée devant son nez et ses 125 kilos de muscles au service de 2m08 d’adresse et de dureté absolue. Le MailMan aurait pu, aurait dû gagner le titre NBA en 1997, avec des Utah Jazz forts comme jamais, portés par un John Stockton à l’apogée de son basket, par un Jeff Hornacek réglé comme un coucou suisse, part un Bryon Russel enfin apte a défendre sur le 23, et même par un Howard Eisley qui s’était fait pour spécialité de scorer des paniers improbables au buzzer. Mais allez savoir comment, Jordan a gagné cette finale presque tout seul. En gagnant le premier match, laid, défensif àç mourir, d’un shoot au buzzer. Et en finissant les Jazz d’une interception improbable, suivie du tir de la gagne, peut-être l’image la plus diffusée de l’histoire du basket depuis. La fin en apothéose de l’ère Jordan avait besoin d’un faire-valoir de grande qualité, et c’était Karl Malone. Une fin de carrière de raccroc chez des Lakers recomposés autour de vieux rageux (avec Gary Payton dans le roster) n’y changera rien. Pas de titre pour le meilleur catcheur de l’histoire de la NBA.

5 – Clyde Drexler

Est-ce qu’il sautait encore plus haut que son altesse ? C’est fort probable. Clyde « La glisse » a tout pour remporter un titre avec ses Portland TrailBlazers. Un meneur de jeu absolument incroyable en la personne de Terry Porter, capable de prendre des crises inimaginables à 3 points. Un duo d’intérieurs à faire peur aux Celtics de la grande époque, avec l’addition des trois monstres Jerome Kersey, Buck Williams et Kevin Duckworth, plus que capables de faire mieux que le duo Bill Cartwright – Horace Grant. Mais c’est contre les Blazers que Jordan a décidé d’inscrire 6 paniers à trois points en une mi-temps, lors du Game 1, avec 35 points en 24 minutes de jeu. Alors Drexler va tout donner, et finira par faire comme Barkley, s’exiler à Houston. Mais un an avant, ce qui lui permettra, quand même, de gagner un titre de champion avec les Rockets d’Olajuwon, devenus imbattables en cette saison 94-95. La plus grosse branlée jamais infligée au jeune Shaquille O’Neal, elle est là : 4-0 en finale, bonsoir et à l’année prochaine. Mais bon, Drexler restera quand même comme celui qui jouait comme Jordan, avec les mêmes gestes, les mêmes shoots, la même polyvalence, et un truc en moins, qu’on cherche encore.

6 – Scottie Pippen

Et bien oui, parce que s’il y en a bien un qui aurait pu briller encore plus, c’est lui, Scottie. Avec son numéro 33, le lieutenant de Jordan est sûrement la principale raison de l’éclat du succès des Bulls, lors du premier triplé. Jamais une paire d’arrières n’avait été aussi forte, à tel point qu’en mettant les choses en perspective, on est en droit de se demander si le deuxième joueur le plus fort de la ligue, à l’époque, ce ne serait pas Scottie Pippen, capable de défendre sur n’importe qui, à n’importe quel endroit du terrain, de capter des rebonds impensables, de prendre des coups de chaleur à 3 points, bref, la même chose que le patron. Dans une autre équipe, il aurait sans doute été le pilier d’une franchise taillée pour le titre. Il a essayé de le faire, mais un peu tard, après avoir « sacrifié » ses meilleures années à gagner comme un dingue, mais dans l’ombre du super-héros. Pippen, c’est pas loin de 20 points de moyenne pendant l’ère Bulls, et même un titre de MVP du All-star Game en 94, plus une sélection dans les 50 meilleurs joueurs de l’histoire. Bref, c’est tout sauf un second couteau. Et pourtant, c’est le meilleur second couteau qu’MJ pouvait avoir. Un joueur éblouissant, qui n’a jamais rien gagné en solo. Mais à choisir entre sa carrière et celle de Karl Malone, vous prenez laquelle ?

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