On ne la connaissait qu’actrice, on l’adore parce qu’elle parle un Français parfait, on s’en souviendra à tout jamais comme la Clarisse Sterling qui restera la première victime « mentale » d’Hannibal Lecter. Jodie Foster est une francophile, et la France le lui rend bien. Mais qu’en est-il de la Jodie Foster réalisatrice ? On s’attendait à un film intelligent, et pas forcément marqué par la patte féminine d’une comédienne qui a toujours navigué entre deux eaux, un peu à l’image de Sigourney Weaver. Des personnages féminins, certes, mais jamais inutiles, comme on en voit souvent dans les films, vous savez, ces filles qui ne sont là que pour empêcher le héros d’avancer plus vite. Jodie Foster porte le caleçon mieux que beaucoup de bonhommes, et derrière la caméra, elle réfléchit, puis elle bosse. Et ça paye.

De quoi ça parle ?

Money Monster, c’est l’histoire d’un mec normal, Kyle, qui se retrouve dans une situation gravissime parce qu’il ne voit plus d’autre solution. C’est l’histoire d’un jeune homme ordinaire qui essaie de guérir le monde d’une maladie mortelle. C’est l’histoire d’un petit actionnaire qui prend en otage un système qui ne s’intéresse pas à lui. Et qui le fait avec si peu de moyens qu’il est contraint de taper fort. Et pour celà, il doit passer à la télé. Sa victime, ce sera donc Lee Gates (George Clooney, excellent, mais qui en doute ?), un animateur télé qui 5 soirs par semaine explique aux petits porteurs comment ils doivent placer leur argent pour en gagner un peu. Sauf qu’un soir parmi tant d’autres, Lee Gates a suggéré un mauvais placement, et que des milliers d’américains ont perdu, en cumulé, la coquette somme de 800 millions de dollars en quelques heures. Et Kyle en faisait partie. Alors, pour simplement qu’on lui explique ce qu’il s’est passé, le jeune homme très en colère va investir le plateau de l’émission de Lee Gates, avec un flingue et un gilet bourré de pains de plastique, pour faire sauter la banque.

Mécanismes simplifiés

Tout bon cinéphile se souvent du diptyque d’Oliver Stone sur Wall Street, avec Michael Douglas. Ce que Stone avait réussi à faire en développant de manière relativement simple les mécanismes très compliqués de la finance, Jodie Foster ne s’y est pas risquée. Elle a plutôt axé l’histoire sur les rapports entre l’agresseur et l’agressé, et elle avait besoin pour ça d’un duo efficace, ce qu’elle avait à disposition. Pour arbitrer tout ça, Julia Roberts en productrice de l’émission, prise en otage elle aussi, que l’on n’avait pas vue à pareille fête (si on peut dire) depuis un petit moment. Elle agit sur le mental de Lee Gates, en lui dictant à l’oreillette quoi faire pour gagner du temps, pour calmer l’agresseur, elle tire pas mal de ficelles depuis sa cabine. De son côté, Clooney est magnifique en animateur imbu de lui-même, en face d’un mec instable mais sincère, qui a perdu tout l’héritage familial dans un mauvais placement (c’est plus compliqué que ça, mais pour tout comprendre, il faut voir le film !).

Sans vous dévoiler le fil de l’intrigue, tout ce que qu’on peut vous dire, c’est qu’on ne ressort pas indemne de Money Monster. On s’interroge, on se demande si on est vraiment si peu de choses dans cette société ultra-capitaliste qui ne jure que par le profit, et qui ne sait rien faire d’autre avec de l’argent, qu’encore plus d’argent. Un film aussi sympa à regarder que triste à décortiquer, finalement, et un double niveau de lecture que Jodie Foster, derrière la caméra, était susceptible d’insuffler à son long-métrage. Pari gagné, madame.

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