Kazakhstan, 4500 ans avant Jésus-Christ. Voilà à quand remontent les premières traces connues de domestication du cheval par l’homme. Depuis, les chevaux ont suivi et contribué à l’évolution de l’humanité, grâce à une exceptionnelle relation, tantôt de travail, tantôt de plaisir, sur un panel allant de la guerre aux loisirs, en passant par le transport, et parfois même, allons-y carrément, l’amitié sincère. Pourquoi cet animal est-il si particulier ? Il faut pour le savoir se rendre dans l’œil du cyclone, dans un endroit où le cheval est religion. Un lieu où les hommes et les chevaux cohabitent, s’aiment, se déchirent, travaillent ensemble, et traversent une grande histoire d’amour. On appelle tout simplement ça un centre équestre, un lieu où les compétiteurs croisent les gamins qui apprennent, les gens qui pratiquent le métier ancestral de palefrenier, et où, surtout, l’on transmet un savoir. Et ça, c’est le métier de la responsable du centre Sarah Meurant, mais aussi de la monitrice Vanessa Sintes, qui connaît le centre équestre des Murettes à Roquebrune, peut-être aussi bien que la patronne.

Vanessa, vous êtes monitrice d’équitation, spécialisée dans quelle discipline ?

Dressage et obstacles, ici on fait un peu de tout. On a des chevaux polyvalents, et on accueille aussi beaucoup de touristes.

C’est une entreprise familiale ?

C’est en nom propre, la propriétaire c’est Sarah Meurant que vous avez rencontré. Elle l’a récupérée il y a une quinzaine d’années, mais avant l’entreprise n’était pas dans sa famille.

Comment on devient monitrice d’équitation ?

Maintenant ça s’appelle un BPJEPS, héritier de l’ancien BE. On suit une formation privée d’un an, ou une formation de deux ans où on travaille en structure, plus deux jours par semaine pour valider la théorie, la pédagogie, la gestion de structure.

C’était un rêve de petite fille ?

Pas au départ ! Disons que moi toute seule, oui, mais mes parents n’étaient pas pour. Alors je suis passée par d’autres stades, mais je suis vite revenue vers les chevaux, j’ai commencé tôt à monter, vers 7 ou 8 ans.

On a l’impression que les petites filles rêvent toutes de ça !

Beaucoup, oui ! Il y a aussi des garçons, mais c’est en minorité, c’est certain. Je rêvais de liberté, d’être en contact avec ces animaux qui sont impressionnants. Monter à cheval c’est la liberté, une complicité très particulière. Et puis à force, depuis le temps que je fais ce métier, ils sont mes collègues de boulot, je les connais par cœur, leurs attitudes et leur comportement. Je connais leur humeur, leurs habitudes, je sais s’ils sont malades ou pas, on apprend à les connaître vraiment.

A force de communiquer avec eux, vous les préférez aux humains ?

Sans aller jusque-là…mais c’est vrai que pour moi, comme je suis tous les jours avec eux, j’avoue que les choses sont plus simples quand on n’est qu’avec des animaux ! La chance, dans cette activité, c’est qu’on rencontre beaucoup de gens très sympas, à qui on apporte beaucoup de plaisir, que ce soient les gens de passage ou nos habitués.

D’ailleurs faisons la distinction : il y a ceux qui viennent en loisir pur, mais aussi des compétiteurs ?

On dissocie l’activité club et la compétition. Le club, c’est toutes les catégories d’âge confondues, enfants ou adultes qui viennent monter une ou deux fois par semaine, les weekends, le mercredi ou pendant les vacances. C’est pour le plaisir, pour apprendre, ils passent leurs galops (degrés de progression en équitation, ndlr). On leur apporte aussi tout l’aspect technique. Et puis nous avons des cavaliers, qui eux montent quatre fois par semaine et qui sont là pour préparer des compétitions, qui prennent part à des concours quasiment tous les weekends.

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Et vous faites du repérage chez les jeunes, pour les basculer d’une catégorie à l’autre, s’ils ont des facilités ?

Absolument, et c’est la responsable qui justement les récupère dans la partie compétition. En général, c’est moi qui les gère en premier, puis on voit ce qui les intéresse, s’ils sont prêts à faire ça plus sérieusement. Ici les trois disciplines classiques sont travaillées, mais on est particulièrement spécialisés dans l’obstacle.

Ici vous avez 70 chevaux, mais comment faites-vous pour les sélectionner ? Vous en élevez ?

Certains sont en pension, ils appartiennent à d’autres propriétaires qui les laissent ici. On a nos chevaux personnels, et notre cavalerie de club, qui comprend des chevaux et des poneys de différentes tailles, pour qu’ils soient adaptés à tous nos cavaliers, c’est une question de sécurité et de plaisir. Il nous faut aussi des chevaux performants et polyvalents pour les cavaliers qui sont en compétition mais qui ne sont pas propriétaires. Et pour les enfants qui débutent, il nous faut des chevaux gentils. Adorables, mêmes, et on en a. Et puis on fait parfois des saillies sur place pour avoir des poulains issus de nos chevaux à la retraite, mais ça arrive très peu souvent. Et Sarah les garde, en général.

Il y a parfois des compétitions ici ?

Oui, et ce ne sont que des concours d’obstacles. On en organise 6 par an, et ça attire énormément de monde. Plus des grands concours qui durent trois jours, deux fois dans l’année. Il y a tout un cahier des charges à suivre pour respecter un protocole, il faut que le site soit adapté.

Est-ce que c’est concurrentiel, comme secteur, le centre équestre ?

Il y a beaucoup de clubs, mais beaucoup s’ouvrent et ferment très vite. C’est difficile de tenir. Mais chez nous par exemple, l’intérêt pour l’équitation ne baisse pas. Les gens restent fidèles à cette activité, même s’il y a un âge où les jeunes changent de sport, quand ils savent un peu mieux ce qui les intéresse. Mais s’ils restent dans l’équitation, quand ils commencent à passer leurs galops, ils restent au club très longtemps.

Ils ne sont pas terrifiés par ces grands animaux, au début ?

Et bien ça peut arriver ! Mais il faut avoir une approche ludique, c’est de la découverte, il faut prendre le temps d’établir un contact. C’est à nous de leur expliquer les réactions que ces animaux peuvent avoir, parce que c’est ça qui peut les effrayer, en plus de la taille. Les enfants apprennent à comprendre le langage des chevaux pour se sentir à l’aise.

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Le fait de travailler avec le vivant, ça monopolise tout votre temps ? Vous vivez cheval 24/24 ?

Moi je ne vis pas sur place, mais la responsable vit ici. Et il faut toujours qu’il y ait quelqu’un sur le site. C’est une organisation, il faut s’occuper d’eux jour et nuit. On accueille du monde quasiment tous les jours. En période de vacances scolaires c’est ouvert 6 jours sur 7, on ferme un jour pour que les animaux puissent comme nous être tranquilles au moins un petit peu. Et il nous faut aussi un peu de temps pour entretenir le site.

Il y a beaucoup de monde, d’ailleurs, qui travaille là ?

On est 4, donc non ! La responsable, moi, et deux palefreniers : un qui vient plutôt le matin, qui s’occupe des box, qui nourrit les chevaux, et qui fait de l’entretien, et un autre l’après-midi, qui lui gère les paddocks, s’occupe de rentrer les chevaux le soir, et de les nourrir le soir. Et puis on se démultiplie !

En ce moment on entend beaucoup parler du militantisme qui s’attaque à l’exploitation animale. Vous vous sentez concernés ?

Je pense que de toute façon, c’est pas nouveau. Et c’est vrai qu’avec l’inondation de Marineland, par exemple, ça a pris une plus grande ampleur ces derniers temps. Nous, on fait au mieux pour respecter nos chevaux le plus possible, on passe beaucoup de temps avec eux, on les aime énormément et on les soigne ; on les respecte, on fait tout ce qu’on peut. Après, faut-il les monter ? Les prairies sauvages c’est fini, il reste quelques endroits dans le monde mais en France c’est fini, et puis on monte à cheval depuis tellement longtemps. Ce que je sais c’est que moi, pour l’instant, je ne pourrais pas faire autre chose comme métier. Le mien c’est monitrice, j’aime ça, transmettre un savoir, travailler dehors, avec des chevaux, on les emmène loin, on leur change les idées, ils ne sont pas dans une carrière à tourner en rond, on est ensemble.

Et ce voisinage avec le domaine de marchandises, c’est pratique ?

En fait oui, les vignes nous éloignent un peu de la route, et ça fait du domaine un endroit un peu caché, mais pas trop, c’est pas plus mal !

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