« La nouvelle vie de Paul Sneijder » est un film discret. Une claque en moufles. Un coup de pied au cul en pantoufles. Mais l’important là-dedans, c’est l’intention de frapper. Parce que si le film de Thomas Vincent n’est pas spectaculaire, ne donne pas dans le mélo extrême et ne met pas en scène de sordides et vitupérantes scènes de ménage, il ne rate pas pour autant sa cible : les récureurs de clapiers. Ou pour le dire carrément, les femmes vénales, les ados pourris de l’intérieur, les avocats véreux, et dans son ensemble, en filigrane, le système. Tout ça dans une histoire qui tourne autour de la vie d’un promeneur de chiens à Montréal ? Si ce n’était que ça !

Otis, mais pas Redding

Paul Sneijder est marié, il a trois enfants. De deux femmes différentes. Hélas, il n’a pas de chance. Et lors d’une rare entrevue avec sa fille aînée, qu’il ne voit a priori pas énormément, il échappe miraculeusement au décrochage d’un ascenseur dans un palace canadien. Pas elle. Momentanément handicapé, il est seriné par sa nouvelle épouse qui veut absolument qu’il se reprenne en main. Et ça, ça veut dire entamer une procédure contre le fabricant d’ascenseurs et l’entreprise d’entretien, pour ramasser une tonne de dommages et intérêts. Ça veut dire aussi retrouver son boulot bien payé, dans les hautes sphères du monde des affaires à Montréal. Paul Sneijder est un conquérant, c’est lui qu’elle a épousé, c’est le père qu’elle a voulu pour ses garçons, elle cherche à le retrouver. Sauf que Paul Sneijder a perdu sa fille, échappé à la mort, et que pour lui, l’urgence, ce n’est ni le tribunal, ni son travail d’ingénieur. Son cheval de bataille, c’est marcher droit, se débarrasser de sa néo-claustrophobie extrême, et apaiser sa douleur morale. Et là, il va y avoir une incompréhension d’un autre monde, surtout quand il abandonne son travail pour en prendre un qui l’oblige à se rééduquer naturellement en marchant toute la journée dans les parcs : Dog Walker, ou promeneur de chiens.

Remplacez tous les #### par le terme graveleux de votre choix.

Paul Sneijder est au fond de lui un #### de guerrier qui s’ignore. On le voit timoré et silencieux, et c’est même incroyable que le très volubile Thierry Lhermitte soit si bien rentré dans ce rôle de totale composition. Il en est encore plus attachant quand on devine la #### de #### qu’est son épouse, obsédée par la réussite de ses deux #### d’enfants, aspirés comme elle par les sphères de la réussite à tout prix. Va naître entre ces deux noyaux durs de la famille, une lutte morale sans merci, pour savoir quand et à hauteur de combien vont se négocier la douleur d’un père, et la mort d’une jeune fille de 25 ans. Thomas Vincent a choisi quelques partis pris amusants, en dotant Paul Sneijder d’un confident inattendu, et plus généralement, de soutiens psychologiques assez hauts en couleurs. Avec la famille de #### qui l’entoure, il lui faut au moins ça ! Même si sa femme et ses fils sont un poil caricaturaux, ils n’en sont pas moins parfaitement symptomatiques d’une époque et d’une manière de vivre, en adéquation avec l’époque. Hélas. La bonne nouvelle, c’est qu’avec ce fil conducteur simple et ces quelques touches d’originalité toujours savamment contenues, Thomas Vincent nous livre un film qui regorge de petites surprises, jamais décevantes, et saupoudrées au bon rythme. Un joli film qui ne porte pas les stigmates d’un pathos franco-français, pas larmoyant, pas sur-lent, et qui traite avec une franche philosophie la société de #### dans laquelle on vit. Et mort à ces #### de #### qui nous font ####. ####.

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