Andy Byatt, Cyril Barbançon, Jaqueline Farmer. Ce trio de réalisateurs vient d’offrir au monde du cinéma un objet d’un genre nouveau, sachez-le. Ouragan n’est ni un film, ni un documentaire. C’est une pièce d’art contemporain, en quelque sorte, mais qui n’a pas besoin d’être expliquée. En filmant la naissance, la vie et la mort d’un ouragan de force 4, les trois compères ont repoussé les limites de ce qu’il est possible de filmer, donc de montrer. Et le public hallucine, tranquillement, en espérant qu’il fera beau en sortant. Allez, explication !

Avant-première d’une renaissance

Recevoir un carton d’invitation pour une avant-première, c’est souvent à double tranchant. Parce qu’on est en France, ne l’oublions pas, et que le cinéma français est au moins une fois sur deux assez chiant. Alors là, c’était différent : un documentaire en 3D, déjà, c’est assez rare. Sur un ouragan, c’est pas banal. Et bonne nouvelle, ça dure 1h23, ce ne sera donc a priori pas trop verbeux, ni trop didactique, et on devrait en prendre plein la tronche, à condition que les auteurs aient trouvé un moyen de nous montrer tout ça sous un angle qu’on ne connaît pas. Et bien quelques toutes petites minutes après avoir pris place dans la salle 5 du Lido, et après un pitch très efficace de Jacqueline Farmer, c’est peu dire que la surprise fut de taille : on a cru qu’on allait mourir d’une catastrophe naturelle qu’on ne vivait pas pour de vrai. Pourquoi ? Parce que ces malades mentaux sont allés filmer un ouragan de l’intérieur, avec des moyens techniques qu’ils ont dû concevoir spécialement. C’est donc ce qu’ont filmé des inconscients, avec des caméras baptisées Wall -E1 et Wall -E2, enfermées dans des caissons hermétiques, qui est projeté en 3D sur cet écran. Et croyez-le bien, vivre de l’intérieur un ouragan qui avoine des rafales à 240 km/h, avec des arbres qui s’arrachent de la terre en gros plan, des plans de rues dévastées par le vent et la pluie, des maisons de fortune qui s’envolent littéralement, des glissements de terrain qui modifient carrément la géographie de la forêt cubaine, c’est du jamais vu. Twister, le film à moitié nul avec Pierce Brosnan, à côté, c’est Martine au couvent.

Si on n’évite pas le nécessaire témoignage des sinistrés (Sénégalais, cubains, puis américains, dans l’ordre de progression de l’ouragan Lucy, puisque c’est de celui-là qu’il s’agit), la story-line (parce qu’il y en a une) n’en fait pas trop. On n’enfonce pas les portes ouvertes d’un drame, on le constate et on le traite avec une pudeur qui rappelle qu’il est possible, aussi, de taire les choses pour mieux les faire comprendre. Ouragan, c’est l’anti BFM TV : de belles images et peu de commentaires, des visions saisissantes et uniques, qu’il faut attraper au vol car elles ne passeront qu’une seule fois, une vraie catastrophe, tempérée par la science et la raison. Car l’ouragan est nécessaire à la vie de notre planète. Et c’est difficile à croire quand on découvre ce que peut faire, en direct, un vent surpuissant. Ceux qui étaient dans la salle, et par extension, tous ceux qui verront le film en salle, se rappelleront longtemps de ces images d’une famille cubaine cloîtrée dans un abri de fortune, ou de ces rues de La Havane dévastées, en pleine nuit, par les pires moments de Lucy. La désolation, l’apocalypse, si bien qu’on se demande comment la planète peut subir de telles choses sans vraiment broncher, depuis des milliards d’années. On est peu de choses, vraiment.

PS : regarder ce truc-là sur un smartphone, c’est comme apprendre à nager dans un bidet. Faites l’effort, vous n’avez jamais vu (ni entendu, c’est important) un truc pareil. Le peuple migrateur pour les furieux !

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