Le Colisée, au départ, c’était plus de 40 salariés. Parmi eux, beaucoup de jeunes, qui voyaient en cet établissement l’opportunité de passer un été chouette et bien payé dans une boîte qui promettait des trucs de fou. Bilan : des salaires versés au compte-gouttes, des soirées nazes et vides, et un imbroglio social très pénible pour des gens qui sont comme tout le monde, et qui ne travaillent pas pour la gloire. Yohanne Romain a fait partie de la faction qui s’est réveillée en premier, en allant voir le maire de Saint-Raphaël pour lui expliquer la situation. L’agent de sécurité est aujourd’hui retourné à son vrai métier, celui de coach sportif, et c’est sans planquer son mètre 96 qu’il nous rappelle les faits, avec force circonstances.

Yohanne tu as fait partie des salariés permanents du Colisée. On est venu te chercher, en te proposant un job mieux payé que celui que tu avais déjà. Comment ça s’est passé ?

Mal…J’ai eu l’opportunité de travailler pour cette société, mais je ne me sentais pas à l’aise dans ce projet au départ. Mais une fois qu’on est parti dans quelque chose, autant voir le positif. J’y suis allé, on était trois physios, on s’entendait bien, le responsable était quelqu’un de sympa, aucun problème. Avant, je travaillais dans une salle de sport, et j’ai heureusement fait mon préavis d’un mois avant de partir, en cumulant les deux postes. Si je n’avais pas fait ça, j’aurais été dans la merde tout de suite. On a commencé le 25 mai, pour rencontrer les gens, on avait des choses à mettre en place, apprendre un alphabet militaire, etc. Il fallait pour travailler en bonne intelligence, qu’on se voie tous. Il fallait qu’on fasse tout ça sans la clientèle. Ensuite on a ouvert fin mai, faisant quelques soirées. Et pour ça, on devait toucher un salaire de 400 ou 500 euros fin mai, qu’on a attendu jusqu’à fin juin, et encore, parce qu’on a gueulé. C’était la troisième fois qu’on gueulait, et quand on a eu l’ordre de virement,; la date correspondait au jour où un de mes collègues était allé se plaindre, tu vois ? Donc ça partait mal. Mais c’était le début, normal, ça se met en place..

Mais, vous avez bossé tout le mois de juin, et là..

Toujours pas de salaire. Et le directeur qui nous fait croire que ça va venir mardi. Puis le mardi suivant, puis le mardi d’après. Et ainsi de suite. On a pété les plombs, une partie d’entre nous, un cuistot, des serveurs, la sécu, une petite dizaine, et on est allés voir le maire.

Et ça, la direction de la boîte l’a très mal pris.

Je ne regrette pas du tout de l’avoir fait, parce que j’ai été payé, et mon but, c’était ça. Une force de travail fournie pendant plus d’un mois sans salaire, c’est pas normal. Il était censé, même, nous payer un supplément parce qu’il nous devait plus d’un mois, on n’a pas été chiens. Mais c’était bien de mettre un coup de pied dans la fourmilière, on est prêts à travailler, mais pas pour la gloire.

Et c’était bien que ça vienne de la sécu, ça.

Mis à part nous, il y avait plein d’autres gens qui avaient du mal à se faire payer. Le chef du snack n’avait ni boissons ni sandwiches, les fournisseurs refusaient de livrer s’ils n’avaient pas l’argent au cul du camion. C’était un problème pour la clientèle, à terme ! Un snack sans boissons et sans bouffe ? On nous a vendu ça comme un établissement tenu par des ténors de la nuit, des gens qui avaient bossé à Courchevel, 33 ans de boutique, et bien ça a été la recette pour tout flinguer en trois mois. Tout ce qu’il ne faut pas faire, ils l’ont fait : ne pas payer ses employés, ne pas payer ses fournisseurs, j’ai des potes strip-teasers qui ne sont jamais fait payer, des 150 000 euros par ci, des mille euros par là, des agents de sécu qui n’ont jamais vu leur argent. Il y a eu trois boîtes de sécu successives, qui allaient voir ailleurs en l’absence de règlement. J’ai vu aussi beaucoup de gens qui me disaient « moi je m’arrête là, demain je viens pas ». Et tout ça, en saison !

Et tu connais ce métier, la nuit. A quel moment tu as senti le vent tourner vraiment ?

Début août, quand les investisseurs principaux sont venus de Corse. A mon niveau, ça commençait à être compliqué : un jour c’était noir, le lendemain c’était blanc, le jour d’après c’était gris, et ça c’était vraiment très chiant. D’un autre côté j’avais Bruno, mon responsable, qui me disait « faut tenir, ça va le faire », alors j’y croyais, on a presque fini la saison, à partir de septembre ça va être plus tranquille. Mais j’avais cette boule eu ventre, j’avais pas envie, et j’y suis pas allé, d’autant que j’avais un problème personnel. Alors pas payé, je reste chez moi. J’y suis retourné le lendemain, on m’a dit « c’est fini », mais je m’en foutais, c’était ce que je voulais, et une semaine après, ça a fermé suite au drame qui a touché le jeune Hichem. Dans tout ce que je fais, j’attends un signe pour voir si j’ai fait le bon choix, mais je ne m’attendais pas à ce que ça vienne si vite. Une semaine, je me souviens encore. On est au mois d’août, le dimanche, ma mère m’appelle :  » y a un jeune qui est mort, t’étais là? », « Non maman, ça fait une semaine que j’y suis plus, trouve moi du travail ! ». Tout le monde m’a dit « je sais pas comment t’as fait, t’es parti au bon moment ».

Tu as eu des échos, de la situation des autres employés ?

On s’est revus un peu. Moi j’avais démissionné c’était différent, mais j’avais pas mal de procédures en cours avec eux, je suis passé par trois administrateurs judiciaires, c’était vraiment très très chiant, mais j’ai fini par récupérer ce qu’on me devait. Mais il y en a pour qui c’est pire, ils sont passés par les prud’hommes et ça a été vraiment très compliqué.

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