Vous les avez vues pendant tout l’été dernier, les quatrièmes de couverture qui ont orné notre journal. Trois mois et des brouettes de pubs vendues à la SAS Le Colisée, qui nous avait littéralement convoqués à un repas d’affaires pour nous expliquer, au mois d’avril 2015, que notre journal était génial, et que cette boîte de nuit construite par la mairie, et donnée en gestion à une société privée, allait devenir le bastion absolu de tous les noctambules de la Côte d’Azur, de France, d’Europe et même du monde. The Place To Be. Sans vous dire qu’on y croyait comme des dingues, on a fait à l’époque confiance à une entreprise qui avait été capable de mettre suffisamment d’argent sur la table pour monter ce beau projet, qui promettait monts et merveilles, avec des choses variées, des spectacles pour tous les goûts et pour toutes les bourses, et qui allait normalement donner à tout un chacun une bonne raison, un jour ou l’autre, d’y mettre les pieds. Bref, on leur a vendu de la pub à l’année, et on était partis là-dessus, engagés de part et d’autre à diffuser le message (ça c’était nous) et à payer des encarts (ça, c’était eux).

Au fur et à mesure que le temps avançait, on a très vite constaté que les soirées du Colisée se ressemblaient toutes : que l’on mette des dingues en maillot de bain dans une piscine à bulles avec des casques de foot US ou des meufs en robe de soirée imitation Gucci dans une soirée mousse avec un DJ Hollandais qui a 35 000 vues sur YouTube, ça reste du clubbing. Et quelques incursions de vintage de très mauvais goût (Début de Soirée, Cookie Dingler, l’évocation de Cerrone qui n’est jamais venu) n’y changeront rien. Même les énormes cartons annoncés comme Daddy Yankee ne rempliront pas, et les stars se désistent les unes après les autres, Lil John, DJ Snake, etc. Certaines soirées seront particulièrement grotesques, comme ce truc très bizare avec M.Pokora venu pour passer un moment au milieu des fans, avec trois chansons au milieu de la nuit, et une entrée sur-tarifée. Zéro, sur toute la ligne, et en parallèle, du monde au Caveau, à la Réserve, au Goa, alors que le Colisée ambitionnait de vider le Baoli et les boîtes de Saint-Trop’. Grand moment.

La Thune

Restait à récupérer notre pognon. Chose que les autres entreprises qui ont travaillé avec le Colisée n’ont pas plus réussi à faire que nous, dans des proportions souvent bien plus grandes. Nous, de bonne foi, voyant qu’on avait réussi à se faire payer le premier mois, on a fait confiance et on a continué d’imprimer le journal avec leur pub en page 12, sans essayer de trouver un annonceur pour lui proposer cet espace, qui est vous vous en doutez, l’une de nos principales offres commerciales. Et l’été passe, jusqu’à la venue de Booba, et le drame affreux, la mort d’un jeune garçon de Villeneuve, puis la fermeture. Passée l’émotion sincère qui nous a beaucoup affecté, parce que Villeneuve, son collège, ses habitants, pour Bah Alors ? c’est la maison, il a fallu songer à remonter la pente, financièrement. Et le Colisée avait disparu dans les méandres de l’oubli, avec des bons de commande signés à la machette, et jamais honorés. Nous, on a été obligés de rester silencieux pendant deux mois, avec pour ultime recours de fermer le journal et d’aller vendre des bananes sur le marché ou de retourner faire de l’intérim. C’est « passé à ça », comme on dit. Mais on a réussi à se retrousser les manches, comme jamais. Aujourd’hui, le trou laissé par cette désastreuse aventure est toujours là, mais on a arrêté de pleurer sur notre sort. Cela dit, quand on distribue le journal, ou qu’on croise des gens qui nous connaissent, ou même qu’on travaille sur nos sujets en discutant avec nos interlocuteurs, c’est fréquent que la question du Colisée se pose : « et vous, alors, vous vous en êtes sortis comment? » A la force du poignet, mesdames messieurs, en oubliant qu’on avait nous aussi été idiots de croire que cette horreur allait fonctionner. On n’a pas fait confiance aux gens, pensant qu’ils ne seraient pas comme nous, insensibles à la pauvreté de cette chose, mercantile et ratée, temple du mauvais goût, mal placée, mal gérée, et trop bien défendue pour être honnête. Mea Culpa.

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