Planète Disco a fourni une grande partie du mobilier au Colisée. Et n’a bien évidemment jamais vu la couleur d’un chèque, d’un billet ou d’un virement. C’est sur la brèche que la société basée à Puget, zone des Vernèdes, continue aujourd’hui de travailler d’arrache-pied pour garder la tête hors de l’eau. En tous cas, on peut dire qu’en discutant avec Laurent Attard, salarié mandaté par son patron absent (mais confiant) pour répondre à nos questions, on apprend des choses intéressantes.

Première question, allons-y franchement : le Colisée vous doit combien ?

Un peu plus de 150 000 euros. En chiffre d’affaires, ça représente bien 15% du chiffre d’affaires?

Est-ce que vous avez des voies de recours ?

Et bien il existe ce qui s’appelle la réserve de propriété. Dans nos conditions de vente, il est stipulé que la marchandise nous appartient à 100% jusqu’au paiement total de la marchandise. Les loges, le mobilier de bar, le coin VIP c’était nous. Même les éviers, mais pas les pompes à bière. Aujourd’hui, tout le mobilier est toujours là-bas. Aujourd’hui, la réserve de propriété reste à être jugée. Le liquidateur du Colisée essaie de nous faire croire que ce que nous avons posé ce sont des « immeubles par destination », c’est à dire qu’ils sont scellés au Colisée, alors que ce n’est pas le cas.

Quel est l’intérêt du liquidateur là-dedans ?

Récupérer de l’argent au maximum. Mais je suppose qu’il en faut beaucoup, avec les procédures en cours, le personnel à payer, et le seul moyen de le faire, c’est d’en récupérer sur ce qui reste au Colisée.

Est-ce que la future propriétaire souhaite garder certaines choses ?

Pas à ma connaissance, parce qu’elle n’aura pas la même activité. C’est son droit, on est en train d’en discuter, elle souhaite peut-être garder un ou deux modules de bar, mais pas tout.

Comment on se relève d’un trou pareil ?

On travaille 7/7, très tard le soir, et on est dans la merde parce qu’on a des retards. Notre trésorerie a été flinguée. Pour continuer à exister il faut une équipe soudée et faire des heures pas possibles. M. Flores notre directeur ne cesse de travailler, on n’est que 3 dans la boîte. On déballe, on emballe, on va livrer, mais on travaille beaucoup plus. On a eu un gros retard de TVA, elle était déclarée mais on n’avait pas reçu l’argent. On a été en danger, et on l’est encore aujourd’hui. Mais on ne se pose plus de question, on avance. Heureusement que l’on a bien bossé ces dernières années pour se faire connaître, dans les salons où l’on a beaucoup investi. On a les retombées de ce travail depuis peu, et notre business tourne. Mais ce roulement ne suffit pas pour se relever de ce coup de bâton.

Que va devenir ce que vous allez récupérer ?

On va le vendre, histoire de récupérer quelque chose. On a déjà fait des propositions plus qu’à perte. Heureusement que l’on a réussi à ne pas laisser sur le carreau nos prestataires de services, parce qu’on aurait très mal vécu d’entraîner quelqu’un dans notre sillage. Il faut trouver des arrangements, sinon c’est impossible pour nous de survivre. Les institutions ont été indulgentes avec nous jusqu’à maintenant, elles le sont de moins en moins, notamment les impôts. Donc on se réorganise en interne pour faire des économies.

Vous êtes en contact avec d’autres, dans le même cas que vous ?

Oui, Samba Music, qui a fourni la technique. Eux les pauvres c’était encore plus, 250 000 euros, le patron a dû investir ses deniers personnels pour garder sa boîte. La distribution de boissons a aussi une grosse créance. Le bâtiment appartient à la mairie, heureusement.

Quand vous vous êtres rencontrés, avec le Colisée, vous étiez méfiants ?

Moi, j’étais méfiant. M. Flores, moins. On s’est dit « la mairie est derrière », donc on a fait confiance à M. Ginesta, on savait que la sélection avait été rude, il y avait eu un appel d’offres. Mais on avait eu un client sur le coup, qui avait été évincé à cause d’un passé soi-disant trouble alors que l’on a toujours travaillé avec cette personne et ça s’est toujours bien passé. A partir de là, on se demande pourquoi cette boîte existe. Ils ont voulu emmerder toutes les boîtes du bord de mer, fermées les unes après les autres, et la population se disait « vous fermez tout, alors pourquoi vous construisez ça ? » J’ai appris qu’il y avait eu une étude de marché, par le liquidateur, qui dit que le bâtiment et le lieu ne sont pas aptes à l’activité de boite de nuit. N’incriminons pas la mairie, ça restait un beau projet, il y a des gens qui ont travaillé dur, par respect on reste silencieux. France 3 nous tanne toutes les semaines pour faire un reportage. Mais on ne peut pas prendre les journalistes pour des imbéciles, il faudra bien finir par répondre aux questions. Nous, on ne demande qu’une chose : que notre réserve de propriété soit respectée, et qu’on puisse vendre tout ça même à perte. Ce ne sont pas les seuls à avoir une ardoise chez nous, mais celle-là est grosse. Moi en tant qu’employé, je me dis : « que fais la mairie ? » Qui a mandaté la personne, qui a fait attention à tout ça ? Et puis ce bâtiment, il a la gueule d’une discothèque ? C’est une arène, ce truc ! Le projet de la dame qui reprend ça a l’air plus en phase, et à part ça, qu’est-ce que vous voulez faire avec ça ?

Vous attendez quelque chose de la reprise de l’établissement ?

Oui, pourquoi pas ? On peut travailler avec madame Camus, sans aucune méfiance. On ne peut pas confondre Dupond et Durand. Il faudra bien que cet endroit devienne quelque chose. Je pense que la mairie ne fera pas deux fois l’erreur. Elle est connue, elle a derrière elle un passé solide, elle connait très bien le monde du spectacle, elle ne dérivera pas. Patrick Vincent, il suffisait de taper son nom sur Internet, et on dirait que la mairie ne l’a pas fait.

 

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