Un bon tacle bien sauvage, une cheville qui pète, un genou qui se plie dans le mauvais sens, un tibia qui se découvre une articulation. C’est aussi ça, le football : un sport de grande violence. Un sport où la grosse blessure est une énorme blessure. Parce qu’elle t’empêche de marcher pendant six mois, ou parce qu’elle te prive, carrément, d’une carrière au plus haut niveau. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne peux plus supporter les ralentis qui nous sont montrés des dizaines de fois quand il y a une véritable agression sur un terrain de sport. Ou même un mec qui se fait mal tout seul, comme lorsque le basketteur Paul George se fracture la jambe contre une protection en mousse dense avec l’équipe nationale américaine, ou Djibril Cissé qui voit sa jambe partir avec le maillot bleu sur les épaules (double sens de lecture assez amusant, je le laisse). Des choses absolument horribles, diffusées par les télés sous tous les angles possibles, et depuis que les moyens techniques ont commencé à sérieusement se développer, c’est devenu de la folie. La NBA diffuse même des images en real-time 3D, ou « Bullet Time », comme dans Matrix, comme si la caméra tournait en direct autour de la scène. Mais vous pouvez être sûrs que chez les Américains, si une horrible blessure s’invitait dans un match de la ligue, vous devriez patienter jusqu’au lendemain pour décortiquer les images longtemps, et ce serait sur YouTube. Chez nous en Europe, non. On y aurait droit 40 fois sous tous les angles. Jusqu’à ce que les commentateurs aient fini d’épuiser les diagnostics éventuels, la durée de la rééducation, les souvenirs de blessures similaires, quelques blagues pour détendre l’atmosphère, et même le Larousse Médical.

On est des grands malades. C’est nous qui avons rendu les diffuseurs avides de cette violence involontaire, ou ce sont eux les fautifs qui nous ont rendu comme ça ? Je ne sais pas trop qui de l’œuf ou de la poule, je vous avouerai. Mais ce que je sais c’est que la majorité des Français n’ont pas cette curiosité malsaine, en tous cas pas dans la longueur. La plupart d’entre nous veut à tout prix « savoir ce qui s’est passé », suffisamment pour se faire une opinion. Un joueur blessé, ok : il est blessé à tel endroit, de telle manière, c’est grave à tel degré, il en a pour cette durée, à peu près. J’ai vu les images une fois, c’est bon. Mais en aucun cas le désir de voir ces jambes se briser, ces poignets se retourner dans tous les sens, ces nuques se comprimer sous l’effet d’une chute, en aucun cas ces choses n’excitent positivement les masses. Le public n’a pas envie d’être confronté en boucle à ces images de violence réelle et injuste. Il est parfois suffisant d’évoquer, ou même d’expliquer une situation. La frustration ne dure qu’un temps, et « j’aurais aimé voir » est souvent très vite remplacé par « j’aurais jamais dû regarder ». Mais comment faire pour ne pas voir ? Rien qu’à la fin de cette chronique vous allez sans doute aller voir les blessures de Cissé et de Paul George, par curiosité. Et vous allez passer par tous les états. Donc pour vous délecter, prenez en d’autres : le tennisman Michael Stich, le combattant MMA Anderson Silva, et puis en bonus, l’accident de Nikki Lauda, comme ça on est complets. Et regrettez juste après. On n’est que des humains, vous inquiétez pas.

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