Luigi Resetta est le tout nouveau président d’un club très particulier, le Club Italianiste de Provence. Plus de 1000 membres, tous affiliés de près ou de loin au pays de Dante et de Del Piero, qui se sont réunis au départ à quelques-uns pour apprendre, ou ré-apprendre à maîtriser leur langue maternelle. Depuis 2007, il s’est passé beaucoup de choses au CIP : des manifestations par dizaines, un nombre de membres en constante progression, le décès malheureux du président fondateur M. Calitri, et un nouveau départ avec l’arrivée de Luigi Resetta, qui essaie de structurer encore un peu plus une association qui a fait beaucoup de chemin depuis près de dix ans. Parce que les Italiens sont partout et nulle-part à la fois, parce que leur cuisine est extraordinaire, que leur style vestimentaire est en avance et qu’ils font les plus belles voitures du monde, et surtout, parce qu’ils ont contribué à faire de notre culture ce qu’elle est, il fallait bien qu’un jour, le journal soit en vert blanc rouge.

Luigi, c’est quoi, le Club Italianiste de Provence ?

Le club italianiste, c’est une association née du besoin de connaître la langue italienne. Tout a commencé parce que des gens de la mairie ne maîtrisaient pas leur langue maternelle, ou d’origine, à un niveau raisonnable. Tout simplement, c’est ça le point de départ. Moi je suis complètement étranger à l’administration, et le président fondateur, M. Calitri, qui me connaissait par le biais d’une autre association, m’a demandé de le rejoindre, ce que j’ai accepté volontiers parce que je voulais apporter quelque chose à ma communauté.

Vous avez toujours habité Fréjus, vous ?

Je m’y suis installé parce que j’ai de la famille en Italie, à Paris, en Allemagne, ici c’est un peu le point central…et en plus il fait beau. Lorsque vous voulez vous intégrer à une communauté vous essayez d’apporter quelque chose, donc au départ au CIP, j’ai dépanné les professeurs de langue attitrés, eux qui sont des anciens professeurs dans les écoles. J’ai commencé comme ça, cinquième roue du carrosse mais ça m’allait très bien ! Ensuite j’ai attaqué les conférences, par exemple sur l’immigration italienne en PACA au début du XXe. Je l’ai aussi donnée à Hyères, à Nice, ou pour la chambre de commerce italienne. Mais au départ, la naissance de l’association, ce sont les cours de langue, et ce sont les gens de la mairie, les employés, qui ont lancé l’idée en 2007, avec l’appui du maire. Et on a rencontré un succès notable !

C’est pour ça qu’elle est toujours debout !

On ne s’est pas arrêtés aux cours de langues, les gens ont vite développé d’autres centres d’intérêts. On a monté une chorale, elle est devenue le pilier de notre association. Pas du point de vue nombre, puisque c’est toujours dans les cours de langues qu’il y a le plus de monde, mais d’un point de vue convivial.

Vous ne dispensez que des cours d’italien ?

On donne aussi des cours de Français à des Italiens qui ne le maîtrisent pas très bien. Et pas seulement des gens de Fréjus, ils viennent des villes alentours, ou même de Sainte-Maxime, des Issambres ou de Cannes. On est la seule association de ce genre dans la région. Les Cannois ont « la Dante », mais ce n’est pas un cours empirique, comme chez nous. Les gens aiment ça, les anciens ont des réticences à assister à des cours structurés. La Dante, c’est une émanation du gouvernement italien, comme la Goethe Institute en Allemagne. C’est plus difficile de s’investir dans cette démarche-là que de simplement venir apprendre l’italien à notre manière. On a ciblé le public de cette manière-là et ça a marché, on a pu faire tout le reste.

C’est à dire ?

La cuisine, par exemple. On se réunit régulièrement pour partager, expliquer d’où viennent les recettes, les ingrédients, comment respecter certaines traditions, après on déguste ensemble et c’est génial. Il y a aussi l’informatique, on essaie d’éviter la marginalisation de nos membres, la plupart sont âgés. Il faut éviter qu’ils soient laissés de côté, et ces cours d’informatique marchent très bien !

Tout est donné en italien ?

L’informatique c’est en Français, la chorale est majoritairement en italien aussi, mais comme on va régulièrement dans les Ehpad pour chanter, on a varié un peu le répertoire et on chante aussi un peu en français. La cuisine par contre, c’est tout mélangé, italien et français !

Parlez-nous de ce que fait le CIP avec le cinéma…

Il y a eu à l’origine Françoise Cauwel et Paul-Louis Martin. Mme Cauwel a des origines italiennes, elle était membre de l’association, et on l’a abordée pour lancer cette séance de cinéma mensuelle, en italien. Elle nous a orientés vers Paul-Louis, puis vers Jérôme Reber (deux éminents spécialistes de cinéma, ndlr), et nous avons diffusé un film par mois au Vox, plus un film par semaine à la salle Agricola. Là-bas c’est un peu comme le cinéma à la maison, mais ça rencontre un succès notable. Si bien que nous avons de temps en temps des avant-premières de films italiens, qui sortent dans le circuit par la suite.

Et le cinéma permet d’attirer vers vous d’autres gens…

Oui, qui ne parlent pas forcément italien, même si les films sont bien sûr en VOST. C’est notre ambition d’animer la vie culturelle locale, et je pense que l’on y parvient. Nous sommes aussi partenaires avec l’académie de Nice, on organise des conférences sur le film italien dans le cadre d’échanges culturels entre les écoles, on participe au festival du court-métrage, on le fait depuis le début.

Pourquoi votre local est-il au stade Pourcin ?

Et bien nous avons demandé un local, peu importe où. On a d’abord été logés à la Base Nature, mais ici il y avait cette pièce, qui devait être bloquée entre les mains de Fréjus en attendant le déménagement du stade. Mais voilà, on nous la prête, et nous serons probablement là jusqu’à la destruction, tant qu’on paye notre modeste cotisation. Et on a besoin de cet endroit pour nos activités !

Car il y en a d’autres ?

Loisirs créatifs, intendance, un peu de régionalisme pour tous les gens qui aiment bien se retrouver entre eux. Il y a des avantages à ça, parce que les gens redécouvrent leurs racines et partagent. Alors on essaye d’apprendre aux adhérents les aspects culturels et historiques de leur région d’origine. Mis à part leur dialecte et leur village, souvent, ils ne connaissent pas bien leurs origines. C’est une activité qui permet d’intégrer nos adhérents. S’épanouir à l’intérieur d’une structure et de la cité, en leur donnant des pistes, des films à voir, des livres à lire, ça fait partie de notre rôle social.

Les Italiens vivent ici depuis très longtemps pour la plupart. Ils connaissent quand même bien l’Italie ?

Et bien non, et c’est pour ça qu’on les informe. Ils ne connaissent, pour 80% d’entre eux, que des choses très basiques. Moi par exemple j’y ai vécu quinze ans, et je suis toujours resté en contact avec mon pays d’origine. J’étais dans la grande consommation puis dans les Télécoms, directeur de filiale ou chef à l’exportation, parce que je maîtrisais différentes langues. J’ai beaucoup bougé, et je suis bien ici. D’ailleurs l’Italie ne manque pas spécialement à nos membres, de mon point de vue. Je n’imagine pas que nos membres ont envie de retourner en Italie. Il leur arrive de retourner dans leurs autres pays d’adoption, la Suisse, la Belgique, etc. Ils ont parfois un domicile secondaire en Italie, mais ils ne vont pas y prendre leur retraite.

Pourquoi, selon vous ?

Parce qu’ils ont immigré pour des raisons économiques, eux ou leurs parents. Ils ont quitté un endroit où régnait la misère. Ils se sont élevés socialement, et ne veulent pas rentrer dans un endroit où c’est, dans leur esprit, plus difficile. Ils n’ont pas la mentalité des italo-américains, qui rêvent de rentrer au pays une fois qu’ils ont réussi. Nos voyages vers l’Italie sont toujours pleins, mais ce contact leur suffit. Un voyage, de la culture, mais ça s’arrête là. !

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