Bizarre bizarre de lire un roman jeunesse quand on a 33 ans révolus. Des problèmes dont on se souvient mais qui ne sont plus les nôtres, et que l’on ne rencontre pas encore par le prisme de nos enfants qu’on n’a pas encore, ou qui n’ont pas encore l’âge de déraison. Heureusement, les journalistes ont en général une bonne mémoire, et le sujet évoqué par Françoise Jay dans son « Comme un frère » est toujours bien présent dans la tête de votre serviteur. Ici, il s’agit d’amitié entre mecs, de révolte contre des parents avides de réussite, et de conflit de milieu social. Gaspard et Lorenzo ont 18 ans, et ils se rencontrent d’une manière très spéciale : dans une chambre d’hôpital. Lorenzo était là le premier, après s’être ramassé sur une moto volée qu’il a encastrée dans un platane, au bout de même pas quinze mètres. Et pourtant, il est resté quinze jours dans le coma avant de se réveiller. Dans le lit d’en face, Gaspard, un jeune homme qui a voulu se suicider, et qui tarde un peu à sortir du silence. Peu à peu, les deux jeunes hommes vont lier un dialogue, à l’initiative de Lorenzo le délinquant occasionnel, qui voudra en savoir plus sur son voisin de chambrée, qui après avoir mis du temps à se réveiller, refuse de parler.

Ce que Françoise Jay a bien compris, ce sont les rapports conflictuels qui existent entre les enfants et leurs parents qui les voient trop beaux. Gaspard essaie de couper le dialogue par tous les moyens avec ses parents qui ne le voient que dans une carrière scientifique, alors que lui préfère les planches et la comédie. Lorenzo va être la seule lumière à teinter son insupportable couloir vers une grande carrière pleine de chiffres, et le seul à l’inviter, le plus simplement du monde, à s’en détourner. Une histoire de copains, une histoire de copines, aussi, puisque Lorenzo a des sœurs en pagaille, de tous le âges et de tous les styles. Le livre est parsemé de moments cocasses, autorisés par le mutisme que Gaspard oppose à ses parents. La rencontre entre les deux post-ados et leurs familles respectives sont également assez hauts en couleurs. Pour l’aspect « roman jeunesse », les critères sont respectés : il y a de l’amour et de la haine, des rêves, des illusions, des espoirs, des rencontres, et de l’évolution. On lit ça très vite, très facilement, et on s’y intéresse bien plus qu’à n’importe quelle catastrophe de Marc Lévy, même à 33 ans. Du bon boulot, Françoise Jay.

Françoise Jay – « Comme un Frère » – Editions Bayard Jeunesse

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