Il était jusqu’alors connu pour être un guitariste fameux, capable de tenir en respect une salle comble de mélomanes avec sa guitare, seul en scène, en évoquant entre chaque morceau, de quelques mots, l’origine de ses inspirations. Quelques mots, pas plus. Pas assez, peut-être. C’est pour ça que Régis Mannarini a franchi le cap : il fallait qu’il devienne chanteur. Avec son album « J’ai pas la clef », il entre dans une caste où il est difficile de se faire une place, celle des chanteurs à texte. Sauf qu’il a pour lui beaucoup d’arguments à mettre en avant : une voix, une personnalité, une vie pour l’instant courte mais déjà chargée d’histoires qui méritaient d’être racontées. Et aussi, une amitié puissante avec un pianiste, Quentin Pradel, un binôme parfait pour mettre en place une seconde carrière, micro à la main.

Régis, pourquoi as-tu voulu changer de registre, passant de la guitare au micro ?

J’étais dans un registre, la guitare d’inspiration corse, et au bout d’un moment je me suis senti comme dans un carcan. J’avais besoin d’un autre moyen pour exprimer certaines idées, autre chose. Le vecteur de l’écriture va plus loin que celui de la musique quand on veut exprimer quelque chose de profond. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les poètes et les grands chanteurs.

Même quand tu ne jouais « que » de la guitare on était dans quelque chose de très imagé.

Justement, je défendais ça. J’essayais toujours de donner une grille de lecture au public, pour lui expliquer de quoi j’allais parler. Et souvent les gens me disaient « mais pourquoi il n’y a pas de mots ? ». Je répondais que je préfère dire « je t’aime » avec des notes, par pudeur, je pense. Maintenant j’écris, par besoin de régler des comptes avec moi-même, si je suis parfaitement honnête c’est ça, et la guitare ne suffisait plus. Il s’est passé beaucoup de trucs, des accidents de parcours, il y a eu des choses détruites et d’autres reconstruites !

Tu pourrais t’accompagner seul, tu as choisi de faire autrement.

J’ai composé les premières chansons, et rapidement j’ai voulu être libre de mes mains. Je savais que je ne voulais pas être fixe, avec la guitare su scène. Et ce projet est devenu indissociable de mon ami Quentin Pradel, pianiste et compositeur, il est exceptionnel. Naturellement je lui ai montré mes textes et je lui ai proposé de travailler avec moi sur la mise en musique, parce que je savais qu’il était capable de tirer tout ça vers le haut. On a fait tout ça ensemble. J’aurais pu laisser tous ces textes dans un tiroir, mais ceux qui me connaissent savent que je n’aime pas les tiroirs, je suis plutôt bavard comme garçon. Quand j’écris un texte j’ai déjà un univers, alors j’en parle avec Quentin, il s’imprègne, on trouve une mélodie, et on arrive bien souvent à une évidence. Et puis un piano et une contrebasse, pour accompagner un chanteur, je trouve ça très beau. Surtout quand c’est le travail d’une bande d’amis.

Est-ce que le fait de jouer de la guitare seul en scène te manque ?

Un peu, mais je pallie à ça, évidemment ! Je me produis beaucoup moins, avant c’était un besoin vital, je voulais jouer partout et tout le temps. Maintenant je passe voir les copains, qui souvent jouent du jazz, et quand ils font la pause, j’attrape une guitare. Mais tous les jours je joue de la guitare chez moi, en me levant le matin, je ne chante pas ! Je me greffe à ma bande de copains musiciens, je continue à jouer. Ma coloc’ Florence m’engueule, parfois !

Est-ce que ça a été difficile au départ, de chanter devant du monde ?

Je savais que l’écriture allait me mener à ça. La musique était entre de bonnes mains. Mais s’est posée la question de la voix, il a fallu savoir si j’avais un organe. Et à force de travail, j’ai trouvé un certain plaisir à chanter. Alors après, quand tu rentres sur scène tu te dis « qui je suis pour aller raconter mes trucs sur scène? ». Heureusement tout ça est allé assez vite, parce que je pense que tout ça me pendait au nez. C’est la pudeur, essentiellement, qui m’a freiné. Je me disais qu’un gars qui écrit c’est moins viril, quelque part, qu’un guitariste, pour exprimer des choses. Mais quand ce carcan-là a pété, j’ai découvert un univers fantastique. On n’a qu’une vie, merde !

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Parle-nous du rôle de Jean-Marie Charvet, là-dedans.

Sans lui il n’y aurait sans doute rien. Il nous a vus dans le cadre des Nuits Off à Fréjus. Chez lui, au Vox, il nous a fait le son. D’après sa compagne il n’en a pas dormi pendant quatre jours, il voulait travailler avec nous, et nous envoyer en studio trois mois plus tard. Alors on a accepté, il a produit l’album en nous mettant entre les mains d’un excellent ingénieur du son, au Labo à Antibes. C’est un album très acoustique, avec quatuor à cordes, piano, trompette, trombone, percussions, moi à la guitare, accordéon, bandonéon, c’est fait maison. On a arrangé tout ça, un boulot de titan, il a fallu pondre des partitions, ou laisser les musiciens prendre des solos. Sur l’album il n’y a que des copains, j’ai monté une brigade comme dans Ocean’s Eleven ! J’ai un pote qui est descendu de Lille, un autre de Dijon, de Haute-Marne, ils sont venus volontiers mettre leur talent et leur générosité au service de cet album. Pour moi, c’était un tapis rouge. JM nous fait le son en live, c’est le capitaine de ce bateau, il nous remonte les bretelles et le moral, sans arrêt.

Comment tu fais pour faire vivre cet album ? C’est plus facile que par le passé pour trouver des dates ?

Jean-Marie a beaucoup contribué, surtout au départ, puisqu’en sa qualité d’exploitant de cinéma il avait des créneaux un peu partout. Alors on a ouvert des ciné-concerts, on s’est fait connaître comme Yves Montand, par exemple, en étant une animation avant les films ! On en a fait un peu partout, en Bourgogne, dans le Var ou dans le 06. Et puis Anna Franceschini, l’assistante de production de Jean-Marie, nous a permis d’aller faire l’ouverture du Mas. J’avais fait de la lumière là-bas à 16 ans en 2004, un 14 juillet ! Au balcon, la poursuite !

Quels sont les projets immédiats ?

Le plus gros ce sera le 10 août au Jardin Bonaparte, avec Quentin, Jean Waché à la contrebasse, ainsi qu’Emmanuelle Auger, professeur de violoncelle au conservatoire de Saint-Raphaël. J’y suis allé au culot, dans sa classe, il me manquait un violoncelle sur l’album et elle a adhéré. De fil en aiguille elle nous a suivi sur scène, on a eu de la chance, ça tombait bien dans sa vie. C’est une grande pro, elle a de l’expérience, la savoir dans nos rangs c’est génial. Le 10 août, 500 places assises, à la maison, j’ai le trac avant. Je l’ai déjà maintenant. Tu sais pour moi les concerts, c’est comme la boxe. Maintenant je monte sur scène sans être paralysé par le trac, parce que je ne suis plus seul. Il y a maintenant une synergie, avec les copains derrière. C’est une belle aventure qui démarre, avec des amis qui gravitent autour de ça.

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